Leurs sévères critiques portées sur la conférence de presse du président de la République animée le mercredi 06 mai dernier, ont suscité la riposte de L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), à travers une longue conférence de presse tenue, ce lundi 11 mai au siège du parti présidentiel à Limete.
Face aux médias, le secrétaire général et président national a.i. de l’UDPS, Augustin Kabuya, n’a pas mâché ses mots ni porté des gants pour s’attaquer aux propos à certaines figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Corneille Nangaa, Delly Sesanga et Olivier Kamitatu à qui, il a attribué à chacun un qualificatif. Leur péché, les accuse-t-il, est d’avoir, selon lui, « dénaturé » le message du président Félix Tshisekedi après sa récente conférence de presse à la Cité de l’Union africaine.
Dans une ambiance électrique, le patron de l’UDPS a affirmé avoir convoqué la presse pour « rétablir la vérité » et « recadrer » ces opposants précités, après leurs « mensonges relayés dans l’opinion nationale ».
« Nous avons remarqué que certains responsables politiques ont manqué de respect à la presse et au peuple congolais par leurs déclarations après la conférence de presse du Chef de l’État. Et nous pouvons pas laisser passer cela », a déclaré Augustin Kabuya dès l’ouverture de la rencontre.
Fayulu dans la ligne de mire
L’essentiel de la sortie médiatique du secrétaire général de l’UDPS était dirigé contre Martin Fayulu.
Kabuya a rejeté avec fermeté les affirmations du leader de l’ECiDé selon lesquelles il aurait contribué à la survie politique de l’UDPS entre 2006 et 2010.
Pour Kabuya, ces propos relèvent d’une « falsification de l’histoire politique congolaise ».
« En 2006 et 2007, l’UDPS avait boycotté le processus électoral pendant que Fayulu était député provincial. Comment quelqu’un engagé dans le système pouvait-il venir soutenir un parti qui combattait ce même système ? », a-t-il lancé.
Le secrétaire général de l’UDPS a longuement retracé les relations entre Martin Fayulu et le parti d’Étienne Tshisekedi, soutenant que l’opposant avait rejoint l’UDPS non pas pour la soutenir, mais pour « se faire connaître politiquement ».
Selon lui, Fayulu aurait même tenté, à plusieurs reprises, de « déstabiliser » le parti présidentiel de l’intérieur.
« Nous l’avons fabriqué politiquement. Fayulu était un acteur politique mineur avant de se rapprocher de l’UDPS », a affirmé Kabuya devant des journalistes parfois médusés par la virulence de ses propos, en traitant cet opposant tout simplement de menteur, de mensonger.
Corneille Nangaa accusé d’utiliser le « tribalisme politique » contre Tshisekedi comme arme de désorientation et de conditionnement de l’opinion
L’autre cible majeure de cette conférence de presse de Kabuya fut Corneille Nangaa, ancien président de la CENI et actuel coordinateur de la rébellion de l’AFC/M23.
AK47 Kabuya a vivement dénoncé la stratégie utilisée par Nangaa, celle d’accuser souvent Tshisekedi de tribaliste pour désorienter et conditionner l’opinion, monter la population contre ce dernier.
« Le président Tshisekedi est le chef de l’État qui a le moins pratiqué le tribalisme dans ce pays », a soutenu et martelé Kabuya.
Pour étayer son argumentaire, il a cité plusieurs personnalités occupant de hautes fonctions dans les institutions sans être originaires du Kasaï : le président de l’Assemblée nationale Aimé Boji, le président du Sénat Jean-Michel Sama Lukonde, la première ministre Judith Suminwa, ou encore plusieurs responsables sécuritaires issus d’autres provinces notamment les patrons de l’ANR et de la DGM, les numéros 1 de l’Armée et de la Police.
Selon lui, le discours de Nangaa qu’il a qualifié de « petit de course de Kabila » vise à « présenter faussement le chef de l’État comme un dirigeant tribaliste », dans le seul but de le discréditer maladroitement dans l’opinion.
Delly Sesanga, un frustré
Quant à Delly Sesanga qui a osé critiquer aussi la conférence de presse de Tshisekedi, Augustin Kabuya l’a tout courtement traité de frustré.
« Il se voyait déjà dans le gouvernement un vice-premier ministre ou un ministre d’Etat. N’ayant pas bénéficié d’un poste ministériel, il est devenu ce qu’il est. Il sait de quoi je parle », a tranché.
Kamitatu, un politique sans vision
S’attaquent à Olivier Kamitatu, Augustin Kabuya ne comprend pas que quelqu’un qui avait son propre parti politique bien assis (Ndlr : ARC avait 15 députés nationaux en 2011), puisse l’abandonner pour adhérer à un autre, pour enfin devenir porteur de mallette du président de cet autre parti. Olivier Kamitatu c’est homme sans vision politique, a déclaré Kabuya.
« Nous allons faire face aux actions de l’opposition »
Interrogé sur les appels de Martin Fayulu à des actions de terrain contre une éventuelle révision constitutionnelle, Augustin Kabuya a affiché une posture de fermeté.
« Nous attendons Fayulu sur le terrain. Lui organisera ses actions et nous aussi nous allons nous organiser », a-t-il prévenu.
Le secrétaire général de l’UDPS a toutefois évité de se prononcer directement sur la question du référendum ou d’un éventuel changement constitutionnel, renvoyant systématiquement les journalistes aux propos déjà tenus par Félix Tshisekedi.
L’UDPS assume désormais son statut de parti au pouvoir
Questionné sur la posture actuelle de l’UDPS face aux manifestations de l’opposition, Kabuya a reconnu sans détour que le parti ne pouvait plus agir comme lorsqu’il était dans l’opposition.
« L’UDPS est au pouvoir. L’UDPS ne peut pas se comporter comme un parti de l’opposition », a-t-il déclaré.
Une phrase qui résume, à elle seule, le changement de ton observé au sein du parti présidentiel depuis l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême.
Ferré Gola, réseaux sociaux et “polémistes”
Au cours de cette rencontre marathon, Augustin Kabuya a également été interrogé sur sa récente rencontre avec l’artiste Ferré Gola, sujet ayant alimenté de nombreuses spéculations sur les réseaux sociaux.
Là encore, le secrétaire général de l’UDPS a balayé toute polémique.
« Il n’y avait aucune contrainte. Ferré Gola est venu librement échanger avec moi. Il y a des gens qui ne vivent que de polémiques », a-t-il répondu.
Une conférence sous haute tension
Pendant près de trois heures, les échanges entre Augustin Kabuya et les journalistes ont parfois viré à de véritables joutes verbales. Entre rappels historiques, règlements de comptes politiques et piques contre l’opposition, l’UDPS a voulu afficher une image de fermeté et de maîtrise du terrain politique.
Mais derrière cette démonstration de force, cette conférence de presse traduit également la crispation croissante de la majorité présidentielle face aux offensives politiques de l’opposition, à l’approche des grands débats autour des réformes institutionnelles et de l’avenir politique du pays.
Une chose est sûre : à Kinshasa, la bataille du narratif politique est désormais totalement relancée.



