Tribune libre de Gilbert MUHIKA MUDIKAKA
Quand un accident de circulation devient le prétexte d’une polémique sur la qualité des travaux, l’indignation est légitime. Mais la vérité technique doit primer sur les passions.
L’accident d’un véhicule poids lourd sur la Rocade de Kinshasa a suscité une polémique qui mérite une sérieuse interpellation. Comment un incident de circulation peut-il soudainement se transformer en procès public contre la qualité d’une infrastructure aussi stratégique pour l’avenir de notre capitale ?
Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont alimenté des accusations selon lesquelles l’épaisseur réglementaire de la chaussée n’aurait pas été respectée. Pourtant, une descente sur le terrain du Directeur général de l’ACGT, Nico Nzau Nzau, accompagné notamment de conseillers de la Présidence de la République et du journaliste Israël Mutombo, aurait permis, selon les explications rapportées, de contester cette interprétation des images.
Une question fondamentale se pose : pourquoi transformer systématiquement un incident isolé en suspicion généralisée contre un projet d’intérêt national ?
La critique est légitime dans une démocratie. Le contrôle citoyen des investissements publics est même indispensable. Mais critiquer exige des faits, des preuves et une certaine responsabilité. L’épaisseur d’une chaussée ne se détermine ni par une photographie prise après un accident ni par des commentaires sur les réseaux sociaux. Elle se vérifie par des mesures techniques, des carottages et des contrôles de conformité aux cahiers des charges.
Si des défaillances existent, elles doivent être identifiées et corrigées. Si les accusations sont infondées, elles doivent être démenties avec la même rigueur.
La Rocade de Kinshasa n’est pas une œuvre destinée à satisfaire les ambitions personnelles d’un dirigeant. C’est un investissement collectif, un instrument de désengorgement de la capitale et un patrimoine destiné aux générations futures.
L’ACGT, en sa qualité de maître d’ouvrage délégué, et les entreprises chinoises chargées de l’exécution des travaux doivent pouvoir poursuivre leur mission dans un climat de sérénité, tout en demeurant soumises aux exigences normales de qualité, de transparence et de contrôle.
Il serait profondément regrettable que des polémiques insuffisamment documentées viennent fragiliser la confiance de la population dans un chantier dont elle attend des retombées concrètes.
Notre indignation porte donc sur une pratique : celle qui consiste à substituer le soupçon à la preuve, l’émotion à l’expertise et la polémique à l’intérêt général.
Que les autorités publient, lorsque cela est nécessaire, les résultats des contrôles techniques. Que les entreprises respectent scrupuleusement leurs obligations contractuelles. Et que les citoyens exercent leur vigilance sans céder aux accusations prématurées.
Kinshasa a besoin de routes, pas de rumeurs. Elle a besoin d’infrastructures durables, pas de procès d’intention.
Il convient également de saluer la vision du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a porté l’ambition de doter Kinshasa d’une infrastructure routière de cette envergure. Dans une capitale confrontée depuis des décennies aux embouteillages et aux difficultés de mobilité, la réalisation de cette Rocade représente une réponse structurelle particulièrement attendue. Cette initiative présidentielle mérite d’être reconnue, accompagnée et surtout évaluée à l’aune de ses résultats. Car au-delà des considérations politiques, ce sont les Congolais qui doivent être les premiers bénéficiaires de cette transformation.
Encourageons les réalisations utiles, exigeons leur qualité et gardons à l’esprit cette vérité essentielle : une infrastructure publique réussie n’est pas la victoire d’un directeur général ou d’une entreprise étrangère. C’est la victoire de toute la République démocratique du Congo.



