RDC-Finances : Quand une bourde administrative du parquet général près la Cour de cassation a failli capoter eurobond !

Par Gilbert Muhika Mudikaka

La crédibilité financière d’un État est un patrimoine immatériel. Elle ne se construit ni en quelques jours, ni au prix de déclarations politiques. Elle résulte d’années d’efforts, de réformes, de discipline budgétaire et de confiance patiemment gagnée auprès des partenaires financiers internationaux.

C’est précisément cette confiance qui semble aujourd’hui avoir été gravement ébranlée par une bourde administrative du parquet général près la Cour de cassation sur une fausse affaire de corruption, faux en écritures et blanchiment de capitaux présumés collée à Rawbank et à l’ancien IGF Jules Alingete.

Alors que la République démocratique du Congo poursuivait ses ambitions d’accéder durablement aux marchés internationaux des capitaux à travers un Eurobond, un dossier administratif mal conduit est venu compromettre un travail de longue haleine. Si les informations qui circulent se confirment, une initiative institutionnelle inopportune aurait provoqué une onde de choc dont les conséquences dépassent largement le cadre d’un simple différend administratif.

Dans les marchés financiers, la confiance est plus importante que les ressources naturelles. Les investisseurs internationaux évaluent autant la qualité des institutions que la richesse du sous-sol. Une décision perçue comme imprudente ou contradictoire peut suffire à faire naître le doute sur la sécurité juridique et financière d’un pays.

Ce qui est préoccupant, ce n’est pas seulement l’erreur elle-même, mais l’absence apparente de coordination entre les institutions de l’État. Lorsqu’un ministère travaille pendant plusieurs années pour convaincre les investisseurs internationaux, aucune autre institution ne devrait poser un acte susceptible d’anéantir ces efforts sans une analyse approfondie de ses conséquences économiques.

L’État ne peut fonctionner comme une juxtaposition de services agissant chacun selon sa propre logique. Les dossiers stratégiques exigent une coordination permanente, une maîtrise technique irréprochable et une parfaite compréhension des enjeux internationaux.

Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire révèle un problème plus profond : le déficit de culture économique et financière dans certains centres de décision. Les conséquences d’un document administratif ne s’arrêtent plus à son destinataire. Elles peuvent désormais influencer la notation du pays, la confiance des bailleurs, le coût de la dette publique et les perspectives d’investissement.

La République ne peut se permettre un tel luxe

Les citoyens sont en droit d’exiger que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Si des fautes professionnelles ont été commises, elles doivent être établies dans le respect des procédures et donner lieu aux responsabilités qui s’imposent. L’impunité administrative est incompatible avec l’ambition d’un État moderne.

La RDC aspire à devenir une puissance économique africaine. Cet objectif ne sera atteint ni par l’improvisation, ni par l’amateurisme. Il exige des institutions compétentes, coordonnées et pleinement conscientes que chaque décision administrative peut désormais avoir des répercussions internationales.

Plus qu’une polémique, cette affaire doit servir de leçon. Non sans raison, car dans un monde où la confiance vaut parfois davantage que les minerais, protéger la crédibilité de l’État est devenu un impératif de souveraineté nationale.

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