« Le secret du changement consiste à concentrer son énergie pour construire le nouveau, et non pour se battre contre l’ancien ». Cette pensée attribuée à Socrate semble désormais inspirer la nouvelle dynamique engagée au sein de la fonction publique congolaise.
Lors d’un briefing spécial organisé ce lundi 18 mai 2026, le vice-premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, accompagné du ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya, a dressé un diagnostic sans complaisance de l’administration publique congolaise.
Face à la presse, les deux membres du gouvernement ont abordé plusieurs dossiers sensibles : effectifs réels de l’État, mécanisation des agents, disparités salariales, recrutements anarchiques, départs à la retraite ainsi que les grandes réformes destinées à moderniser l’administration congolaise. Mais c’est surtout la question des effectifs qui a retenu l’attention.
Selon les chiffres dévoilés par le ministère, la Fonction publique de la République démocratique du Congo comptait officiellement plus de 1,4 million d’agents déclarés au moment de la prise de fonctions de l’équipe gouvernementale actuelle. Pourtant, après les opérations de certification, d’identification biométrique et d’assainissement des fichiers administratifs, seuls environ 677 000 agents ont été reconnus comme réguliers. Un écart vertigineux qui met en lumière l’ampleur des irrégularités accumulées durant plusieurs années dans la gestion de l’administration publique.
« Nous ne voulons plus rémunérer des numéros, mais des travailleurs réels », a martelé Jean-Pierre Lihau, déterminé à mettre fin au phénomène des “fonctionnaires fantômes” qui pèse lourdement sur les finances publiques.
Le gouvernement pointe particulièrement du doigt les recrutements effectués entre 2018 et 2019. Selon les explications fournies lors du briefing, des centaines de milliers d’agents ont intégré la fonction publique sans planification budgétaire claire, parfois en dehors des procédures administratives normales. Conséquence : une administration devenue progressivement pléthorique, désorganisée et difficilement contrôlable.
Dans certains services, le nombre d’agents présents dépasserait largement les besoins prévus dans les cadres organiques. Le vice-Premier ministre dénonce également une forte politisation de l’administration publique.
« On recrutait parfois des listes entières de militants politiques sans tenir compte des compétences réelles », a-t-il regretté.
Pour corriger cette situation, le gouvernement promet désormais des recrutements plus rigoureux, basés sur les besoins réels, la disponibilité budgétaire et l’organisation de concours compétitifs.
Au-delà de l’assainissement des effectifs, les autorités évoquent également une réforme salariale progressive. Le salaire moyen dans la fonction publique est passé d’environ 125.000 francs congolais en 2019 à plus de 500.000 francs aujourd’hui, même si les disparités restent importantes entre administrations et provinces.
Le gouvernement annonce ainsi une nouvelle politique salariale nationale à partir de 2027 afin d’harmoniser les rémunérations et réduire les inégalités persistantes au sein des services publics.
Parallèlement, l’exécutif veut accélérer la mise à la retraite des agents éligibles pour favoriser le rajeunissement de l’administration. Plus de 17.000 départs à la retraite sont déjà enregistrés depuis 2022, tandis que des dizaines de milliers d’agents ont bénéficié d’avancements en grade après plusieurs années de blocage.
À travers cette série de réformes, le gouvernement congolais affiche l’ambition de bâtir une administration plus crédible, plus moderne et davantage orientée vers la performance.
Mais malgré les annonces et les chiffres avancés, les défis restent immenses. Des milliers d’agents attendent encore leur mécanisation, plusieurs services publics dénoncent des traitements inégaux et certaines administrations provinciales continuent d’évoluer dans des conditions précaires.
Reste désormais à savoir si cette volonté de réforme survivra aux résistances internes, aux lourdeurs administratives et surtout aux contraintes budgétaires auxquelles fait face la République.



