Un climat d’asphyxie économique s’installe progressivement en République démocratique du Congo, où une large frange de la population affirme subir de plein fouet une pression fiscale jugée excessive, désorganisée et parfois opaque. Une récente enquête menée par « Sondage Les Points » révèle une détresse sociale profonde et un ras-le-bol généralisé face à la multiplication des taxes.
Réalisée du 20 au 22 janvier 2026 auprès de 1.000 personnes âgées de 18 ans et plus, l’enquête a couvert Kinshasa et plusieurs grandes villes à forte densité démographique. L’étude, commanditée par NEW PELICAN et conduite selon la méthode des quotas, visait à mesurer l’état d’esprit des Congolais face à la fiscalité actuelle.
Les résultats dressent un constat alarmant. Près de 76 % des personnes interrogées déclarent vivre dans une situation économique très précaire. Plus de 82 % affirment avoir vu leur pouvoir d’achat chuter au cours des six derniers mois, une baisse qu’ils associent notamment aux fluctuations du dollar américain et à la répercussion fiscale sur les prix.
Selon les répondants, la pression fiscale ne provient pas uniquement des services habilités de l’État. Beaucoup dénoncent des prélèvements multiples émanant de certaines entités provinciales, communales, voire de structures non autorisées. Ce qu’ils décrivent comme un harcèlement fiscal quasi permanent, affecterait toute la chaîne économique : production, transport, distribution et vente au détail.
Les conséquences sont visibles dans la vie quotidienne. 85 % des sondés constatent une hausse spectaculaire des prix des denrées alimentaires de base, des produits pharmaceutiques, des matériaux de construction et du transport. Cette flambée des prix alimente, selon eux, une spirale de pauvreté, d’insécurité alimentaire et de tensions sociales croissantes.
Sur le plan politique, les citoyens interrogés rappellent les orientations annoncées par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo lors du Conseil des ministres de septembre 2025, appelant à une révision de la fiscalité nationale et à la protection de l’économie locale. Pourtant, 84 % des répondants estiment qu’aucune mesure concrète n’a réellement été mise en œuvre pour traduire ces engagements en actions visibles.
Les administrations fiscales, notamment la DGDA, la DGI et la DGRAD, sont régulièrement citées par les participants comme symboles d’une multiplication de prélèvements mal coordonnés. Les petits commerçants évoquent un quotidien marqué par des paiements répétés de tickets et jetons, sans clarté sur l’utilisation des fonds collectés.
Face à cette situation, 87 % des personnes interrogées réclament des réformes structurelles urgentes : simplification du système fiscal, audit national des taxes, instauration d’un Code général des impôts, révision du Code des douanes, moratoire sur les nouvelles taxes touchant les produits de première nécessité et renforcement de la transparence dans la gestion des finances publiques.
L’étude souligne également une inquiétude majeure : la pression fiscale excessive risque de décourager l’initiative privée, freiner l’investissement et affaiblir durablement le climat des affaires. Plusieurs opérateurs économiques parlent d’un environnement hostile à la création d’emplois, susceptible d’hypothéquer la croissance future.
Dans un contexte déjà marqué par des crises multiples, la population estime que la stabilité sociale dépend désormais de réformes rapides, cohérentes et courageuses. Sans correction urgente, préviennent de nombreux répondants, l’asphyxie fiscale pourrait fragiliser davantage le tissu économique et social du pays.


