La République démocratique du Congo franchit une étape décisive dans la modernisation de son système d’immatriculation automobile. La Direction Générale des Impôts (DGI) a annoncé officiellement le lancement à partir de ce 6 janvier 2026, des nouvelles plaques minéralogiques sécurisées destinées aux véhicules automobiles circulant sur l’ensemble du territoire national.
L’annonce a été faite à travers un communiqué officiel signé par le Directeur général de la DGI, Barnabé Muakadi Muamba, précisant que ces nouvelles plaques, conçues selon les standards internationaux, remplacent définitivement l’ancien système, longtemps jugé vulnérable aux fraudes et aux falsifications.
Sécurité, traçabilité et harmonisation administrative
Selon la DGI, cette réforme vise principalement à renforcer la sécurité des véhicules, à assainir le secteur de l’immatriculation automobile et à faciliter le contrôle routier par les services compétents, notamment la Police nationale congolaise.
Elle s’inscrit également dans une dynamique d’harmonisation du système national d’immatriculation, confronté depuis plusieurs années à des pratiques irrégulières.
Dans ce contexte, tous les propriétaires de véhicules sont invités à se conformer à la nouvelle réglementation en se procurant la plaque minéralogique sécurisée, conformément aux dispositions en vigueur.
Un cadre juridique clairement établi
Cette réforme repose sur l’arrêté ministériel n°048, signé le 10 novembre 2025 par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde-Libotayi, fixant les taux des opérations relatives à l’immatriculation des véhicules automobiles et aux services connexes.
Ledit arrêté s’appuie sur plusieurs textes légaux majeurs, notamment : l’article 93 de la Constitution de la République démocratique du Congo ; la Loi n°78/022 du 30 août 1978 portant Code de la route ; la Loi n°11/011 du 13 juillet 2011 relative aux Finances publiques ; ainsi que les ordonnances et décrets encadrant l’organisation du Gouvernement et les compétences de la DGI.
Le ministère des Finances justifie cette décision par la nécessité de lutter contre les pratiques frauduleuses, d’assurer la traçabilité des opérations d’immatriculation et de renforcer la gouvernance des recettes publiques, tout en veillant à la soutenabilité économique pour les usagers.
Les tarifs officiels désormais connus
Pour les personnes physiques, les principaux taux applicables sont fixés comme suit :
• Immatriculation d’un véhicule automobile : 115 USD
• Changement de plaques : 72 USD
• Mutation de véhicule : 24 USD
• Duplicata de la paire de plaques : 54 USD
• Duplicata d’une demi-paire de plaques : 30 USD
• Duplicata du certificat d’immatriculation : 24 USD
• Changement d’adresse sur le certificat d’immatriculation : 24 USD
Pour les personnes morales, ces tarifs sont majorés de 50 %, conformément à l’article 2 de l’arrêté ministériel.
Plaques personnalisées : un service haut de gamme
L’arrêté prévoit également l’immatriculation personnalisée, fixée à l’équivalent en francs congolais de 1.500 USD par caractère alphanumérique.
Ce service reste toutefois réservé exclusivement aux personnes physiques, selon les autorités.
Application immédiate
Toutes les dispositions antérieures contraires sont abrogées, et le Directeur général des Impôts est chargé de l’exécution du présent arrêté, lequel est entré en vigueur dès sa signature.
À travers cette réforme, le gouvernement congolais entend moderniser durablement l’administration fiscale et routière, renforcer la transparence, améliorer la sécurité sur les routes et consolider les recettes publiques issues du secteur automobile.
Quatrième changement en moins de 30 ans
Ce changement des plaques d’immatriculations sous le régime Tshisekedi est le quatrième après deux sous Mzee Laurent Désiré Kabila (en 1998 et 1999) et un sous Joseph (2009).
En effet, lorsque le maréchal Mobutu est renversé, avec le changement de régime en 1997, les nouvelles autorités entreprirent de remplacer les symboles de la Deuxième République, y compris les plaques minéralogiques. Ainsi, la plaque verte du Zaïre frappée de lettres et chiffres en jaunes, couleurs du drapeau, est remplacée en 1998 par une plaque de fond jaune aux écrits en noir.
Un an plus tard, en 1999, elles retrouvèrent les couleurs du drapeau de l’indépendance : les écrits en jaune sur fond bleu.
En 2009, soit dix ans après, la plaque actuelle fut instaurée sous Joseph Kabila. Elle se présente sous la forme d’un fond blanc avec inscriptions noires, incluant le drapeau congolais, le sigle CGO, quatre chiffres, deux lettres et deux autres chiffres.

Si cette évolution témoigne des différentes époques qu’a traversées la République démocratique du Congo, reflétant à la fois son histoire et son identité nationale, des intérêts pécuniaires parfois personnels interfèrent derrière ces opérations. Non sans raison en effet, car avec le changement des plaques en 2009, le nom de Zoé Kabila, jeune frère du président de la République à l’époque, avait été cité comme la personne derrière ce marché. Il avait, selon certaines indiscrétions de la DGI, sa part dans les 65% qui revenaient à la société ayant gagné le marché et chargée d’imprimer les plaques minéralogiques pour les véhicules en RDC. Dans ce marché, a-t-on appris à Scoop RDC, la DGI n’avait que 35% sur les produits de vente.
Avec ce nouveau marché, des personnes proches du président de la République sont aussi citées. Et celui-ci risque de rester le même, alerte-t-on dans les couloirs de la DGI, c’est-à-dire 35% pour l’administration fiscale et 65% pour le fournisseur qui, dans sa part, fera des rétrocommissions à des individus qui rempliront leurs poches sur le dos de citoyens et de la République. Bonnet blanc, blanc bonnet.


