Kasaï oriental : Le phénomène « Kuluna » dans les installations de la SACIM met en péril la vie des travailleurs et le climat des affaires, les autorités vivement interpellées

La Société Minière Anhui -Congo d’investissement (SACIM) installée à Tshibwe dans la province du Kasaï oriental vivrait peut-être ses derniers jours. Et pour cause, elle fait face à des graves violations de sa zone de haute sécurité faisant courir chaque jour à ses travailleurs les gros risques pour leur vie.

En effet, depuis un certain temps, il s’observe une montée de la criminalité à Tshibwe, avec la particularité que la zone de haute sécurité de la société d’exploitation de diamant y implantée, la SACIM donc, endroit censé être une forteresse, est prise pour la cible privilégiée, malgré la présence des gardes-miniers appuyés par les militaires bien armés. Or c’est au sein de la zone de haute sécurité que s’effectuent les opérations de concentration des minerais et le classement des diamants. Dans ce périmètre, l’accès est strictement interdit à toute personne étrangère et les moyens de dissuasion adéquats sont mis à la disposition des gardes-miniers et des militaires pour contrer toute contrevenance. Curieusement, malgré ce dispositif sécuritaire renforcé, la zone de haute sécurité de la SACIM est devenue le tendon d’Achille pour les malfrats qui y opèrent avec une facilité déconcertante, armés de machettes, marteaux, barres de mine, bâtons en bois, chaînes à motos, etc.

Pendant leurs incursions devenues récurrentes dans la zone de haute sécurité, les travailleurs payent un lourd tribut, car ces bandits s’en prennent à eux avec l’objectif de semer la terreur afin d’accéder aux concentrés de minerais. Les cas suivants qui ne sont pas exhaustifs, ont été recensés au courant de cette année : Monsieur Katende Mfunyi, garde-minier affecté au poste communément appelé Camp Chinois 3, a été agressé par 4 inciviques à son poste de travail aux environs de 5 heures du matin. Le pauvre avait reçu des coups au bras droit et à la main gauche, administrés avec une barre de mine, et s’en était tiré avec une fracture de l’index et du majeur droits.

Les nommés Mukendi Katembua et Mulungu Mutamba, gardes-miniers affectés à la centrale de triage de l’usine 1, ont reçu des coups atroces de bâton à la tête et se plaignent de céphalées qui n’en finissent pas ; ils continuent de suivre le traitement. Pascal Kasongo Ntambwe a, quant à lui, reçu un projectile sur le flanc gauche à l’usine 1, précisément au poste communément appelé PLANT 2, et s’est tiré avec une lacération de la rate et une intervention chirurgicale qui s’est soldée par l’ablation de l’organe.

L’opérateur de télésurveillance à l’usine 1, Bansedeka Kitenge, ayant reçu un projectile sur l’arcade sourcilière droite au poste PLANT 1, gisait par terre, trempé dans son sang lorsque ses assaillants se servaient le concentré de minerais dans l’usine. L’opérateur DMS (Module de Séparation en Milieu Dense), Patrick Kazadi Kayembe, travaillant à l’intérieur même de la laverie de l’usine 1, a eu la vie sauve grâce à ses réflexes de sportif, mais s’en est tiré avec une luxation et une plaie ouverte à la jambe droite.

Ces agressions qui ont déjà causé mort d’homme, en la personne de Kasongo Nsaka, garde-minier de son état, n’épargnent pas le camp des travailleurs où les multiples assauts de bandits font des victimes tant d’agression corporelle que de leurs biens personnels. En outre, ce banditisme impose au quotidien l’arrestation temporaire de la chaîne de production de la société tant par les opérateurs chinois que congolais, obligés d’arrêter le travail pour se mettre à l’abri de la menace et ce, au moment crucial où la SACIM fait face à des nombreux défis d’ordres social et économique.

Cette situation soulève le débat sur la sécurité de l’usine à la SACIM, celle des travailleurs ainsi que sur la qualité des éléments composant les unités de sécurité sur place, car on déplore le fait que la plupart d’incidents ont lieu juste au moment où les éléments armés prétendent avoir été au petit coin pour se mettre à l’aise. De quoi éveiller les soupçons sur leur complicité ou sinon leur passivité, non sans raison, car comment comprendre que les endroits hautement gardés par des unités spécialisées deviennent tout d’un coup des points faibles par où les assaillants attaquent ?

Les travailleurs de la SACIM, désespérés, lancent un appel pathétique au commandant de protection de la société, à la hiérarchie congolaise de l’entreprise ainsi qu’aux autorités de la République, en particulier celles de la province du Kasaï oriental, de prendre des mesures afin de stopper cette criminalité qui, non seulement perturbe la chaîne de production de la société, mais aussi pollue le bon climat des affaires prôné par le président de la République, chef de l’État. Il est de leur devoir, si elles sont patriotes, de se mettre à la hauteur de leur responsabilité en vue de ne pas choquer les partenaires qui, dans les coulisses, murmurent déjà en évoquant la défaillance de la partie congolaise censée sécuriser l’investissement tel que stipulé dans l’accord de partenariat entre les deux parties.

Pour rappel, la SACIM est une société du portefeuille de l’État congolais, à économie mixte, née du partenariat Public -Privé entre la RDC et l’AFECC (entreprises de droits chinois).

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