Par Siméon Tuendele
À Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, la tension monte parmi les chauffeurs après la multiplication de dénonciations liées à la surfacturation du permis de conduire.
Alors que les tarifs officiels annoncés lors du lancement du programme provincial, le 9 août 2025, étaient fixés entre 90 et 137 dollars américains, plusieurs candidats affirment être contraints de payer plus de 150 dollars pour constituer leur dossier. Une situation qui alimente frustrations, soupçons de corruption et perte de confiance envers les services concernés.
Des témoignages concordants sur des montants jugés abusifs
Dans différents points de la ville, les plaintes se multiplient. Tous les chauffeurs interrogés pointent du doigt des pratiques qu’ils jugent « arbitraires » et contraires aux directives officielles.
Christus Mike Aloka, président de l’association des chauffeurs du célèbre arrêt Kigoma, dénonce un système devenu, selon lui, « incohérent et injuste » : « Normalement, je devrais payer 90 dollars pour mon permis, mais on me demande 155 dollars. Si je refuse, mon dossier reste bloqué. Cette majoration ralentit le processus et décourage de nombreux candidats ».
Alain-Jean, conducteur de bus, rapporte de son côté la présence de prétendus « frais techniques » dont la justification n’a jamais été clairement fournie : « On nous parle de frais supplémentaires, mais personne ne nous explique pourquoi. Pour nous, c’est devenu de la corruption pure et simple ».
Un coût devenu inaccessible pour de nombreux candidats
Pour certains chauffeurs, ces montants représentent un obstacle insurmontable. Benjamin Kalombo fait partie de ceux qui ont renoncé : « Moi, je ne suis pas concerné, je ne peux jamais y aller. Le gouverneur avait fixé un montant de 90 USD. Comment voulez-vous qu’on trouve 150 dollars alors qu’on gagne au jour le jour ? Beaucoup n’ont plus confiance dans le système ».
Ces témoignages soulignent l’écart croissant entre les directives officielles et la réalité du terrain, plongeant de nombreux travailleurs de la route dans un désarroi profond.
La société civile appelle à une intervention urgente
La société civile, alertée par la multiplication des plaintes, monte à son tour au créneau. Pour Gracia Tshilemb, cadre d’une organisation de défense des droits des citoyens, la situation est préoccupante : « Ces pratiques mettent à mal la crédibilité du système. Le permis de conduire ne doit pas devenir un moyen de générer des profits additionnels. Les autorités doivent intervenir pour rétablir les tarifs officiels et garantir l’égalité d’accès ».
Elle appelle à une action rapide et transparente, estimant que la régularisation des tarifs constitue une urgence pour restaurer la confiance du public.
Les autorités restent silencieuses
Malgré la vive contestation et les nombreuses dénonciations relayées par les chauffeurs et les organisations citoyennes, aucune réaction officielle n’a pour l’instant été enregistrée.
Ce silence entretient l’inquiétude dans un secteur où la formalisation des documents de conduite est pourtant essentielle pour réduire les accidents, renforcer la sécurité routière et améliorer l’ordre public.
Un test de transparence pour la gouvernance provinciale
La gestion de cette crise sera déterminante pour l’image du programme de délivrance des permis de conduire lancé en août. L’enjeu dépasse le simple coût financier : il touche à la crédibilité des institutions, à la lutte contre les pratiques illicites et au respect des décisions publiques.
Les chauffeurs, eux, espèrent une clarification rapide et la restauration des tarifs initiaux, afin que leur droit d’obtenir le permis de conduire ne dépende plus de leur capacité à payer des frais non officiels.


