ONU : l’Afrique doit apprendre à parler du monde de demain à la tribune des Nations unies

Par Gilbert MUHIKA/Analyste politique et Administrativiste 

L’Afrique ne doit plus se contenter de raconter ses crises au monde. Elle doit désormais contribuer à penser son avenir.

À chaque Assemblée générale des Nations Unies, un contraste interpelle : pendant que certaines grandes puissances développent des visions géopolitiques, économiques, technologiques et stratégiques sur l’évolution du monde, plusieurs dirigeants africains consacrent encore une part importante de leurs interventions à dénoncer les coups d’État, les conflits internes, les ingérences étrangères et les injustices historiques.

Certes, ces préoccupations sont légitimes. Mais à force de parler essentiellement de ses blessures, l’Afrique risque de manquer les grands rendez-vous de l’histoire.

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Le monde avance à une vitesse vertigineuse. L’intelligence artificielle bouleverse les économies, les nouvelles technologies redéfinissent la souveraineté des États, les minerais stratégiques deviennent des instruments de puissance et les mutations climatiques et énergétiques annoncent une nouvelle configuration des rapports internationaux.

Pendant ce temps, l’Afrique semble parfois prisonnière d’un discours de réaction plutôt que d’anticipation.

Il ne s’agit pas de demander aux dirigeants africains de taire les guerres, les injustices ou les souffrances de leurs populations. Il s’agit plutôt de les inviter à dépasser la seule dénonciation pour proposer une véritable doctrine africaine du monde de demain.

Pourquoi l’Afrique ne porterait-elle pas, à la tribune des Nations Unies, des initiatives majeures sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, la souveraineté numérique, la transformation locale des ressources naturelles, la sécurité alimentaire, la transition énergétique ou encore la réforme du système financier international ?

Pourquoi ne deviendrait-elle pas une force de proposition sur la prévention des conflits futurs, plutôt qu’une voix qui intervient principalement après leur éclatement ?

L’Afrique dispose pourtant d’atouts considérables : sa jeunesse, ses ressources naturelles, son potentiel énergétique, sa position géographique et son poids démographique croissant.

Ce qui lui manque parfois, ce n’est pas la légitimité de parler, mais l’audace de déplacer le débat.

La tribune des Nations Unies ne devrait pas être seulement le lieu où l’Afrique expose ses malheurs. Elle devrait devenir celui où elle présente ses ambitions, ses solutions et sa vision du nouvel ordre mondial.

Car, dans les relations internationales, les nations qui anticipent les mutations du monde participent à l’écriture de ses règles. Celles qui se contentent de réagir risquent de subir les décisions des autres.

L’Afrique doit donc passer d’une diplomatie de la lamentation à une diplomatie de l’anticipation, de l’innovation et de la proposition.

C’est aussi à ce prix qu’elle cessera d’être principalement un sujet de préoccupation internationale pour devenir un véritable acteur de la transformation du monde.

L’Afrique ne doit plus seulement demander au monde de l’écouter. Elle doit désormais lui donner des raisons de suivre ses idées.

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