LINAFJ U-17 : Les clubs de l’Ituri bloqués à Bunia, faute de moyens

Par Moïse Ulang’u.

Qualifiés sportivement pour le tournoi national des moins de 17 ans organisé à Kinshasa par la Ligue Nationale de football des Jeunes (LINAFJ), Gambela Junior et Canal City, deux clubs de Bunia, n’ont pas pu effectuer le déplacement. À plus de 2000 kilomètres des terrains de la capitale, les jeunes joueurs de l’Ituri ont vu leur rêve s’effondrer, rattrapés par la réalité financière.

La province de l’Ituri brille par son absence au tournoi national U17, de la LINAFJ, saison sportive 2025-2026, qui se déroule actuellement à Kinshasa. Une absence d’autant plus regrettable que cette compétition est considérée comme l’une des principales scènes de détection des talents du football des jeunes en République démocratique du Congo.

À l’issue d’un championnat provincial très disputé, Gambela Junior et Canal City, deux formations de la ville de Bunia, avaient validé sur le terrain leur ticket pour la phase nationale. Gambela Junior s’est adjugé la première place au classement, juste devant Canal City, deuxième, conformément aux critères de qualification fixés par la LINAFJ. Dans les quartiers de Bunia, l’enthousiasme était total : les familles espéraient voir leurs enfants fouler les pelouses de Kinshasa, les supporters parlaient déjà de la “représentation de l’Ituri” au niveau national.

Un rêve brisé par les contraintes financières

Entre la qualification sportive et la participation effective, un obstacle majeur s’est dressé : l’argent. Pour rallier Kinshasa, les deux clubs devaient mobiliser un budget conséquent, couvrant les formalités administratives, les billets de transport sur plus de 2000 kilomètres, l’hébergement et la restauration des joueurs, ainsi que la logistique de base. Rapidement, les dirigeants ont constaté que leurs caisses ne permettaient pas d’assumer une telle dépense.

Des plaidoyers restés sans réponse

Face à cette impasse, Gambela Junior et Canal City ont engagé plusieurs plaidoyers auprès des personnalités influentes de la province. Hommes d’affaires, autorités politico-administratives, responsables sportifs : tous ont été sollicités. Des lettres ont été envoyées, des réunions ont été tenues, des promesses ont parfois été faites. Mais, concrètement, aucune aide financière significative n’a été débloquée pour permettre le déplacement des équipes à Kinshasa.

La mobilisation locale insuffisante

En parallèle, les clubs ont tenté de compter sur la solidarité locale. Parents, supporters, habitants des quartiers de Bunia ont été invités à contribuer, à travers des collectes de fonds, des appels publics et même l’organisation de matchs amicaux payants. Malgré la bonne volonté de certains, les montants récoltés sont restés en deçà des besoins. Dans un contexte socio-économique fragile en Ituri, où beaucoup de familles peinent déjà à répondre aux besoins essentiels, il était difficile de demander des sacrifices supplémentaires.

Un tournoi qui se joue sans l’Ituri

Pendant que ces démarches se multipliaient à Bunia, le tournoi national démarrait, le 1er août, sur les terrains de Kinshasa. 

Les délégations des autres provinces ont pris place dans la capitale, les matchs se sont enchaînés, et la compétition a progressivement gagné en intensité. Aujourd’hui, alors que le tournoi a atteint le stade des quarts de finale, aucun club de l’Ituri ne figure sur les feuilles de match. La province est totalement absente de cette édition.

Une génération de jeunes laissée à quai

Pour les jeunes joueurs concernés, le choc est immense. Certains se trouvaient à un niveau de forme prometteur et espéraient profiter du tournoi pour se faire remarquer par des recruteurs, des encadreurs techniques ou des académies de formation. Au lieu de cela, ils sont restés à Bunia, à suivre de loin une compétition pour laquelle ils s’étaient préparés sportivement. Au-delà de la frustration, cette situation peut avoir un impact sur leur motivation et leur confiance en l’avenir.

Un problème structurel du sport des jeunes

L’absence de l’Ituri au tournoi LINAFJ met en lumière des faiblesses plus profondes dans la structuration du football des jeunes en RDC. Dans de nombreuses provinces, les clubs fonctionnent avec des moyens très limités, dépendant souvent de quelques dirigeants passionnés, sans subventions régulières ni soutien durable des autorités. En Ituri, les défis sécuritaires et économiques accentuent encore cette précarité, faisant du sport un secteur souvent relégué au second plan, malgré son importance pour la jeunesse.

Une alerte pour les autorités et partenaires

Au-delà de cet épisode douloureux pour Gambela Junior et Canal City, le cas de l’Ituri devrait servir d’alerte. 

La qualification d’un club à une compétition nationale ne peut rester une simple ligne sur un document, elle doit être suivie d’un accompagnement concret. Des mécanismes de financement dédiés au sport de jeunes, des partenariats avec des entreprises, des fonds provinciaux ou nationaux pour les déplacements des équipes pourraient éviter, à l’avenir, que des provinces entières soient absentes des grands rendez-vous faute de moyens.

En attendant une éventuelle prise de conscience, les talents de l’Ituri restent invisibles sur la scène nationale (U17), bloqués à Bunia, loin des projecteurs de Kinshasa. Un gâchis sportif, mais aussi humain, pour une jeunesse qui ne demande qu’une chose : jouer et représenter sa province.

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