Alain Daniel Shekomba ou la politique en apesanteur : De la présidentielle à la montgolfière politique

Il est des hommes politiques qui, une fois redescendus sur terre après une élection, reprennent le travail, recomposent, reconstruisent. Et puis il y a ceux qui refusent l’atterrissage. Alain Daniel Shekomba appartient manifestement à cette seconde catégorie : un ancien candidat à la présidentielle qui continue de planer au-dessus du Congo, suspendu à un statut provisoire devenu, dans son esprit, permanent.

Depuis des mois, sa parole publique donne l’impression d’une montgolfière politique évoluant à basse pression démocratique : beaucoup d’altitude symbolique, très peu de traction réelle. Il parle comme s’il représentait encore quelque chose, comme si la présidentielle n’avait pas de lendemain, comme si la République devait rester figée au moment précis où son nom figurait sur un bulletin de vote.

Or, en démocratie, un candidat n’est pas une institution. Une candidature n’est ni un mandat ni un patrimoine transmissible à vie. Elle expire le soir des résultats, sauf à être prolongée par une réalité très simple : des élus, des députés, une représentation parlementaire. À ce stade, le constat est froid et sans passion : Shekomba ne dispose d’aucun député à l’Assemblée nationale. Zéro. Rien. Le vide institutionnel.

Cela n’interdit pas la parole. Mais cela en fixe la portée. En République démocratique du Congo, on peut critiquer, proposer, interpeller. Mais on ne peut pas s’auto-ériger en contre-institution simplement parce qu’on a été candidat un jour. À force de parler au-dessus des faits, Shekomba semble désormais évoluer dans un déni assumé des institutions existantes, comme si celles-ci étaient illégitimes dès lors qu’elles ne lui renvoient plus son reflet.

Le plus troublant n’est donc pas son discours, mais la confusion qu’il entretient volontairement entre opinion personnelle et autorité politique. Il parle comme s’il incarnait encore une alternative structurée, alors qu’il ne représente plus qu’un souvenir électoral, aussi respectable soit-il, mais politiquement inopérant.

La politique n’est pas un état d’âme, encore moins une rente mémorielle. Elle est une mécanique concrète : des électeurs, des élus, des lois, des institutions. Tout le reste relève du commentaire, parfois bruyant, souvent solitaire.

À un moment, il faut accepter de redescendre. Non pas pour se taire, mais pour reconstruire sur le sol réel de la République, et non continuer à survoler le Congo comme si l’altitude pouvait remplacer la légitimité. Car en politique, ce qui ne s’ancre pas finit toujours par se dissiper dans l’air.

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