RDC : 13 pages de remontrances de Constant Mutamba à la Justice congolaise

Le crocodile ne fuit pas les eaux boueuses, il y apprend à nager plus fort, dit-on. Et cette  métaphore riche résume la posture de Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice, face aux épreuves qu’il traverse aujourd’hui. Comme le mathématicien, physicien et astronome italien Galilée qui s’en était tenu à sa vérité scientifique malgré sa condamnation, le Croco de Lubao ne change pas sa perception d’une justice congolaise malade qui doit impérativement être soignée pour les choses aillent et marchent bien dans le pays. Selon lui, la justice rd-congolaise est un cancer qui est pire que la colonisation.

En effet, depuis son lieu de détention, le Président du regroupement politique Nouvelle Génération pour l’Émergence du Congo (NOGEC), a adressé au peuple congolais et africain, une lettre poignante de 13 pages au manuscrit. Ne sachant pas utiliser sa bouche muselée, l’ancien ministre de la Justice condamné à trois ans de travaux forcés avec privation des droits civiques pour une affaire de « tentative de détournement », grief qui l’a toujours contesté en parlant d’une erreur administrative que d’une infraction, utilise sa main pour s’exprimer.

Dans ce message signé 7 novembre 2025, Constant Mutamba dénonce un « complot politique » orchestré contre lui et affirme avoir été victime d’un « procès illégal et arbitraire » visant à l’éloigner de la scène politique.

« Ils ont voulu m’humilier, mais ils ont humilié tout un pays »

Mutamba estime que sa condamnation à trois ans de travaux forcés est le fruit d’un système mafieux mêlant intérêts politiques, judiciaires et étrangers. 

Il accuse certains réseaux d’avoir dépensé plus de deux millions de dollars pour le salir dans l’opinion publique et transformer une simple procédure administrative en une affaire pénale.

« Ils ont voulu m’humilier, mais ils ont plutôt humilié tout un pays, tout un continent et le chef de l’État lui-même », déclare-t-il, réaffirmant avoir accepté cette épreuve comme « le prix à payer pour la lutte de toute une génération ».

Une justice devenue instrument de règlement de comptes 

Dans son message, l’ancien ministre déplore la dérive de la justice congolaise, qu’il accuse d’être devenue « un instrument d’oppression des faibles et de musèlement  des voix qui s’élèvent ».

« La justice, censée être la colonne vertébrale de l’État, se transforme désormais en outil de règlement de comptes. Une justice rendue au nom du peuple, mais dans laquelle le peuple ne se reconnaît plus, est-elle encore une justice ? », s’interroge-t-il.

Mutamba plaide pour des réformes courageuses et impartiales, des sanctions exemplaires et un retour à une justice véritablement protectrice des droits et libertés fondamentaux.

Selon lui, seule une justice indépendante peut garantir un climat d’affaires stable et un État de droit authentique.

Hommage à ceux tombés pour la cause 

Dans cette même lettre,  Constant Mutamba rend hommage à ceux qu’il considère comme des martyrs de la justice et de la liberté, citant notamment Maître Alidor Kahisha et Madame Bonette Elombe, morts dans des circonstances qu’il juge liées à leur engagement.

« Ils ont payé de leur vie le prix de la vérité. Je plaide pour que leurs funérailles soient célébrées avec la dignité due aux héros de la République », écrit-il.

Une vision panafricaine de la résistance 

Mutamba inscrit sa lutte dans la lignée des figures emblématiques du panafricanisme : Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Thomas Sankara, Sékou Touré, Julius Nyerere et Nelson Mandela.

« Cette nouvelle génération congolaise et africaine a décidé de prendre son destin en main », affirme-t-il, dénonçant « le cancer de l’injustice et des inégalités » qui gangrène le continent.

« Ce cancer est pire que la colonisation, car il dévore nos nations de l’intérieur », ajoute-t-il.

Entre douleur et espérance

Malgré la détention et les conditions qu’il décrit comme « inhumaines et illégales », Constant Mutamba se dit déterminé à poursuivre son combat pour une justice équitable, symbole d’un Congo debout et digne.

« J’ai accepté ces conditions comme un signe de résistance, de lutte et de solidarité envers le peuple congolais et africain », écrit-il.

Un appel à l’action et à la conscience citoyenne 

Enfin, l’ancien ministre lance un appel vibrant à ses compatriotes :

« J’invite les peuples congolais et africains à ne plus se plaindre, mais à agir et à lutter pour la vraie justice, celle qui protège les droits et libertés fondamentaux des citoyens ».

 Il sied de rappeler que Constant Mutamba, ancien ministre de la justice sous le  gouvernement Suminwa 1 a été condamné de trois ans de travaux forcés et privé de ses  droits civils et politiques par la Cour de cassation. Ses relations avec les magistrats, mais surtout avec le procureur général près cette cour, Firmin Mvonde, avaient été tumultueuses. Son grand péché c’est d’avoir exigé une enquête conjointe de l’IGF, l’ANR et la CENAREF sur l’acquisition présumée d’un bien immobilier d’une valeur estimée à 900.000 euros à Bruxelles par le PG près la Cour de cassation, Firmin Mvonde (lire l’article de Scoop RDC : Acquisition suspecte d’un bien immobilier très valeureux en Belgique : le PG Firmin Mvonde serait pris la main dans le sac !).

Finalement, comme dit-on que « lorsque l’on a un différend avec le cochon, on prend pas le sanglier pour témoin », le PG Mvonde a eu raison de lui dans un dossier bien concocté par la CENAREF dirigée par un avocat général.  

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