Dossier sinistrés des pluies diluviennes d’avril dernier à Kinshasa : Le ministre provincial Patricien Gongo devant les députés ce mercredi 12 novembre

Plus de six mois après les pluies diluviennes qui avaient endeuillé la capitale les 4 et 5 avril 2025, la gestion des sinistrés refait surface au cœur de l’actualité politique et humanitaire.

Face aux tensions grandissantes dans plusieurs quartiers touchés, les élus provinciaux exigent désormais des explications claires sur la gestion du cantonnement, de l’indemnisation et du suivi post-catastrophe.

Une interpellation parlementaire pour exiger des comptes 

Dans une démarche de contrôle parlementaire, les députés provinciaux ont décidé d’interpeller en plénière le ministre provincial Patricien Gongo, en charge de l’Hygiène, de la Prévention, des Affaires sociales, des Actions humanitaires et des Personnes vulnérables.

Cette initiative du député Jared Phanzu, élu de Bandalungwa, vise à obtenir des éclaircissements sur la gestion du processus d’assistance, à évaluer les mesures réellement mises en œuvre et à vérifier les dispositions prises par le gouvernement provincial pour prévenir de telles situations à l’avenir.

La plénière est programmée pour le mercredi 12 novembre 2025, au siège de l’Assemblée provinciale de Kinshasa (APK).

Un climat de frustration parmi les sinistrés

Depuis plusieurs semaines, des sinistrés des communes de Mont-Ngafula, Selembao et Ngaliema dénoncent le non-paiement de leurs indemnités et le manque de suivi concret promis après leur relocalisation temporaire.

Certains évoquent même des promesses non tenues de la part des autorités provinciales, alors que la saison des pluies s’annonce de nouveau dans la capitale.

Cette grogne populaire met en lumière un manque de coordination entre le gouvernement central et celui de la ville-province, malgré les fonds débloqués pour la gestion de l’urgence humanitaire du 5 avril.

L’ombre d’un audit réclamé par le ministère de l’Intérieur 

« L’audit rigoureux, c’est la justice des chiffres », dit-on. C’est sous cet angle que le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières, Jacquemain Shabani, entend connaître la vérité sur la gestion des sinistrés du 5 avril dernier.

Le patron de l’Intérieur a haussé le ton en adressant depuis aout dernier une correspondance officielle au gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, lui enjoignant de produire un rapport complet sur la crise humanitaire déclenchée par ces pluies diluviennes.

Cette instruction, perçue comme un rappel à l’ordre, intervient après plusieurs semaines de critiques publiques sur la lenteur et le manque de transparence dans la prise en charge des victimes. Elle vise principalement à clarifier la gestion de l’aide humanitaire et à responsabiliser les autorités locales, souvent accusées de manque de coordination et de réactivité face à l’urgence.

Une prise en charge jugée insuffisante

Plus de six mois après le drame du 5 avril, qui avait fait plusieurs dizaines de morts et causé d’importants dégâts matériels, de nombreuses familles sinistrées continuent de vivre sans assistance durable.

Des organisations de la société civile dénoncent l’absence d’un suivi post-crise structuré et la disparition présumée de certains fonds d’urgence, pourtant alloués pour venir en aide aux victimes.

Selon plusieurs observateurs, cette situation met en évidence les failles structurelles de la gouvernance humanitaire en RDC.

Une occasion de redresser la gouvernance locale 

L’initiative du vice-premier ministre Jacquemain Shabani qui vient d’être appuyée par le député provincial Jared Phanzu, s’inscrit dans une volonté de remettre de l’ordre dans la chaîne de responsabilité entre le gouvernement central et les autorités provinciales.

Elle constitue également un test de transparence pour l’administration du gouverneur Daniel Bumba, souvent critiquée pour sa gestion administrative et financière jugée opaque.

Au-delà de la réponse humanitaire, ce rappel à l’ordre relance le débat sur la résilience urbaine et la préparation face aux catastrophes naturelles récurrentes à Kinshasa.

Les experts appellent à une réforme en profondeur de la planification urbaine, associée à une traçabilité stricte des fonds publics.

Vers un audit global ?

D’après certaines sources, un audit indépendant pourrait être initié par le ministère de l’Intérieur afin d’évaluer la gestion de la crise et d’identifier les défaillances administratives et financières constatées.

Si cette démarche se concrétise, elle pourrait marquer un tournant majeur dans la gouvernance des urgences humanitaires en RDC, où la reddition des comptes demeure encore l’exception plutôt que la règle.

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