L’ingouvernabilité de la province du Kasaï oriental caractérisée par une crise entre d’une part, l’Assemblée provinciale et le gouverneur de province, et d’autre part entre les députés provinciaux eux-mêmes, les pro et les anti gouverneur, préoccupe le pouvoir central en ce sens qu’elle freine le développement de cette province natale du président de la République et ne profite nullement à la population déjà pauvre.
Face à cette situation et surtout au non-respect de l’acte d’engagement relatif au moratoire sur les motions de censure, de défiance et des recommandations signé par les institutions provinciales, le président de la République a instruit depuis le 28 octobre dernier, à travers son directeur de cabinet, le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, sécurité et affaires coutumières, à s’y pencher en vue d’assurer le strict respect de ses directives dictées lors de la 44ième réunion du Conseil des ministres, mais aussi la mise en œuvre effective de l’acte d’engagement évoqué ci-haut.
« …la Haute Hiérarchie fait observer qu’en dépit dudit acte d’engagement, il se manifeste dans certaines provinces une tendance à déstabiliser les institutions provinciales à travers des motions dirigées contre les exécutifs provinciaux. Une telle dynamique apparait en inadéquation non seulement avec ses instructions données lors de la 44ième réunion du Conseil des ministres, mais également avec les engagements expressément souscrits par les animateurs concernés », peut-on lire dans la correspondance d’Anthony Nkinzo adressée à VPM Jacquemain Shabani au nom du président de la République.
C’est dans cette optique que ce dernier a convoqué à Kinshasa les gouverneurs de province et les membres des bureaux des assemblées provinciales pour leur communiquer les directives de sa hiérarchie en traçant une ligne rouge ferme aux institutions provinciales face à leurs guéguerres.
Il a exigé des gouverneurs par exemple, une gestion orthodoxe et transparente des fonds, en consultation permanente avec les assemblées. En même temps, il a sommé les bureaux des assemblées provinciales de suspendre toute motion de défiance par résolution pour garantir la stabilité. Ils doivent cependant continuer à exercer leurs missions de contrôle parlementaire.
Jacquemain Shabani a été, selon un député provincial du Kasaï oriental qui s’est confié à Scoop RDC, clair et direct envers les députés provinciaux qu’il a reçus à aparté : « Le gouvernement ne laissera en aucun cas les provinces sombrer dans des cycles d’ingouvernabilité sans fin ». Et pour montrer le caractère sérieux de sa menace, il a brandi les dispositions constitutionnelles qui permettent de maintenir l’ordre en cas de crise entre les institutionnelles provinciales.
En effet, l’article 197 à son alinéa 6 stipule : « Lorsqu’une crise politique grave et persistante menace d’interrompre le fonctionnement régulier des institutions provinciales, le Président de la République peut, par une ordonnance délibérée en Conseil des ministres et après concertation avec les bureaux de l’Assemblée Nationale et du Sénat, dissoudre l’Assemblée provinciale. Dans ce cas, la Commission électorale nationale indépendante organise les élections provinciales dans un délai de soixante jours à compter de la dissolution ».
Le député provincial qui s’est confié à Scoop RDC ne cache pas son inquiétude : « Je crains que notre Assemblée, surtout qu’elle est de la province du chef de l’Etat, ne serve de cobaye à cette disposition constitutionnelle pour après voir les autres assemblées être facilement dissoutes à cause de notre méconduite ».
Derrière les motions, quête d’argent de corruption
Il est établi que la plupart de motions initiées et dirigées contre les gouverneurs de province avec généralement les mêmes motifs de gestion opaque et d’incompétence, ne le sont pas par souci de bonne gouvernance. En effet, certains députés provinciaux qui veulent vivre en bourgeois, au-delà de leurs moyens, ont tendance à faire des gouverneurs, leurs vaches à lait, estimant, à tort ou à raison, que ces derniers bouffent trop. Ainsi, ils sont inscrits dans la logique de « Tu manges, je mange, nous mangeons ». Pour eux, les gouverneurs doivent leur créer des « invisibles » pour qu’il soient en paix. En cas d’opposition, c’est la guerre qui leur est faite à travers des motions de défiance qui, généralement ne respectent pas la procédure parce que les motionnaires le font dans la précipitation.
D’autres députés provinciaux sont dans la logique de renouvellement du gouvernement après un certain temps. Cela non pas parce que le gouverneur qui est là a démérité, mais parce qu’en le faisant partir, l’organisation d’une nouvelle élection s’impose. Celle-ci est une aubaine pour eux de se faire de l’argent, en se laissant corrompre par les prétendants candidats avec des sommes qui, généralement varient entre 20 à 50 mille USD, selon la force financière du candidat.
Voilà comment les élus provinciaux, pour leurs intérêts personnels, se livrent à déstabiliser constamment les gouvernements provinciaux. Ce qui a poussé le président de la République, et d’ailleurs c’est l’avis de plusieurs analystes politiques, d’exiger la révision de certaines dispositions de la Constitution concernant le mode d’élection des gouverneurs de province pour arrêter toutes ces dérives des députés provinciaux. Certains congolais très durs exigent carrément la suppression pure et simple des assemblées provinciales qu’ils jugent improductives et inutilement budgétivores.


