Mercredi 17 juin dernier, la ville d’Isiro, chef-lieu de la province du Haut-Uele, était paralysée. La population excédée par la recrudescence de l’insécurité et l’absence de réponses efficaces des autorités provinciales, a exprimé sa colère et son ras-le-bol. Commerces, marchés, stations-services, dépôts, alimentations, comptoirs d’achat d’or et établissements scolaires étaient restés fermés. Une ville habituellement animée s’est ainsi retrouvée presque déserte, illustrant l’ampleur du mécontentement populaire face à une situation sécuritaire devenue alarmante.
En effet, à travers des calicots portant les slogans « Pas d’école », « Pas de travail » et « Pas de marché », les manifestants ont voulu démontrer qu’il n’est plus possible de mener une vie normale dans une ville où les citoyens vivent quotidiennement dans la peur caractérisée par des enlèvements, des braquages, des vols à main armée, des violences sexuelles et des assassinats qui se multiplient, laissant la population à la merci des criminels.
Après une marche qui s’était achevée devant le gouvernorat provincial où un mémorandum a été remis aux autorités, les organisateurs y dressaient un constat sévère : malgré les promesses et les dispositifs annoncés, les autorités provinciales peinent à garantir la sécurité des personnes et de leurs biens. Cette incapacité nourrit un sentiment d’abandon au sein de la population, qui estime être livrée à elle-même face à la criminalité.
Cette mobilisation s’était tenue malgré son interdiction préalable par les autorités provinciales. Un choix qui a traduit la détermination d’une population décidée à faire entendre sa voix face à ce qu’elle considère comme l’inaction des responsables censés assurer sa protection. Et au-delà d’Isiro, cette colère populaire est intervenue dans un contexte sécuritaire préoccupant dans plusieurs territoires du Haut-Uele. Les récentes incursions armées signalées dans la région de Mungbere, finalement repoussées par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), en sont une illustration.
Soupçons sur Jean Bakomito
Face à la montée de la criminalité et à la multiplication des actes de violence, des sérieux soupçons pèsent sur le gouverneur du Haut-Uele, Jean Bakomito, accusé de laisser à dessein cette entreprise criminelle créer des remous et des désordres à travers l’insécurité généralisée. Certaines langues le soupçonnent, à tort ou à raison, de préparer le lit à Corneille Nangaa qui serait son oncle.
Elles racontent que n’ayant plus confiance aux Rwandais, confiance détériorée depuis l’élimination physique de Magloire Paluku et la maltraitance de certains de ses collaborateurs, le coordonnateur de l’AFC-M23, Corneille Nangaa, se sentirait lui aussi en insécurité et remuerait ciel et terre pour retrouver sa terre d’Isiro où, facilement, il pourrait trouver refuge et asile en toute sécurité, se servant de sa famille provinciale comme bouclier humain.
Originaire du territoire de Wamba comme l’actuel gouverneur Jean Bakomito, l’ancien président de la CENI/chef rebelle de l’AFC-M23 aurait jeté ses appendices charnus, souples et très mobiles dans la province pour permettre à son « neveu » de gouverneur de lui dérouler le tapis rouge afin d’installer le siège de sa rébellion au Haut-Uélé avec certains éléments de l’armée acquis à sa cause.
Ce qui fait croire aux accusateurs de Jean Bakomito que l’insécurité organisée par ce dernier dans la province serait donc une manipulation qui ouvrirait la voie à ce plan machiavélique qui vise à faire passer le Haut-Uelle dans les mains de Corneille Nangaa. Fausses ou vraies accusations, Kinshasa à travers ses services de sécurité est appelée à anticiper en lieu et place d’attendre et subir ce que vivent aujourd’hui Goma et Bukavu. Toutes les fermes de Corneille Nangaa devraient ainsi être perquisitionnées de manière à éviter le pire, et le gouverneur tenu à l’œil pour voir s’il est réellement est impliqué dans cette sale besogne. Etant donné qu’il est familier à Nangaa, l’adage qui dit que « lorsque l’on a un problème avec le cochon, on ne prend pas pour témoin le sanglier », doit interpeller et appeler à la prudence.



