Séminaire de l’IGF : Luzolo Bambi plaide pour la dépénalisation du délit de presse afin de renforcer la lutte contre la corruption

« Qui n’a jamais dîné avec la corruption ? ». C’est par cette question aussi provocatrice qu’interpellatrice que le professeur ordinaire de droit pénal et ancien ministre de la Justice, Luzolo Bambi Lessa, a ouvert son intervention vendredi 12 juin 2026, au séminaire de renforcement des capacités des partenaires des médias et de la société civile organisé par l’Inspection générale des finances (IGF) autour du contrôle systémique.

Face aux journalistes, acteurs de la société civile et experts de la gouvernance publique, l’universitaire a dressé un diagnostic sévère de la situation de la corruption en République démocratique du Congo, tout en proposant plusieurs pistes de solutions pour renforcer son éradication.

Une corruption devenue un défi national

D’entrée de jeu, Luzolo Bambi a rappelé le classement peu reluisant de la RDC parmi les pays les plus touchés par la corruption dans le monde.

Selon lui, le pays continue d’enregistrer des performances préoccupantes malgré les efforts engagés ces dernières années pour améliorer la gouvernance publique.

« Nous sommes dans un pays riche avec une population pauvre. Cette situation doit interpeller chacun de nous », a-t-il déclaré devant l’assistance.

Pour l’ancien coordonnateur de la lutte contre la corruption, le phénomène ne peut plus être considéré comme un simple problème institutionnel. Il constitue désormais un défi sociétal qui concerne aussi bien les gouvernants que les citoyens.

Des lois et des institutions existent, mais les résultats restent limités

Au cours de son exposé, Luzolo Bambi a rappelé que la RDC dispose d’un arsenal juridique relativement important pour lutter contre la corruption.

Il a notamment cité les conventions internationales ratifiées par le pays, les dispositions constitutionnelles, le Code pénal ainsi que la loi anticorruption de 2005, qu’il estime encore insuffisamment vulgarisée auprès de la population.

Sur le plan institutionnel, il a évoqué le rôle de l’Inspection générale des finances (IGF), de l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), de la justice et d’autres structures chargées de promouvoir la transparence dans la gestion publique.

Cependant, s’est-il interrogé, pourquoi la corruption demeure-t-elle aussi persistante malgré l’existence de ces mécanismes ?

« Les lois existent. Les institutions existent. Mais pourquoi continuons-nous à enregistrer des résultats aussi faibles dans la lutte contre la corruption ? », a-t-il lancé.

Les immunités, un obstacle à la répression

L’ancien ministre de la Justice a également pointé du doigt certains obstacles juridiques qui compliquent les poursuites contre les auteurs présumés de corruption.

Selon lui, plusieurs catégories de responsables publics bénéficient de privilèges de juridiction et d’immunités qui ralentissent ou bloquent parfois l’action judiciaire.

« Plus les responsabilités sont élevées, plus les montants gérés sont importants. Pourtant, les procédures permettant de poursuivre certains gestionnaires publics restent particulièrement complexes », a-t-il expliqué.

Pour Luzolo Bambi, la faiblesse des sanctions contribue à entretenir un sentiment d’impunité préjudiciable à la crédibilité de l’État.

« Je plaide pour la suppression du délit de presse »

Abordant le rôle des médias dans la prévention de la corruption, l’ancien ministre a estimé que les journalistes doivent bénéficier d’un environnement juridique plus protecteur afin de remplir pleinement leur mission de dénonciation.

Il a ainsi plaidé ouvertement pour la suppression du délit de presse.

« Je plaide pour la suppression du délit de presse. Lorsque les journalistes sont exposés à des poursuites pour diffamation ou atteinte à l’honneur, cela peut constituer un frein à leur rôle de dénonciateur », a-t-il soutenu.

S’inspirant de certaines expériences internationales, notamment américaines, il a insisté sur la nécessité de renforcer la protection des lanceurs d’alerte et des professionnels des médias engagés dans la lutte contre la corruption.

Pour lui, une presse libre et protégée constitue un instrument essentiel de prévention et de sensibilisation.

La corruption commence parfois dès l’école

Dans la partie la plus marquante de son intervention, Luzolo Bambi a insisté sur la dimension culturelle et éducative de la corruption.

À travers plusieurs exemples tirés du quotidien, il a démontré comment certains comportements apparemment anodins contribuent à banaliser la corruption dès le plus jeune âge.

Il a notamment évoqué le cas d’un parent habitué à remettre de l’argent pour permettre à son enfant d’accéder à l’école malgré son retard, soulignant que ces pratiques façonnent progressivement la perception des futures générations.

« La corruption n’est pas seulement une affaire d’institutions. C’est une affaire de société. Chacun doit se regarder en face », a-t-il affirmé.

L’intégrité comme rempart contre la corruption

En conclusion, l’ancien ministre de la Justice a appelé les intellectuels, les dirigeants publics et l’ensemble des citoyens à faire de l’intégrité une valeur cardinale dans la construction de l’État.

S’appuyant sur sa propre expérience, il a raconté avoir refusé une importante somme d’argent qui lui avait été proposée lorsqu’il exerçait des responsabilités publiques.

Selon lui, la lutte contre la corruption ne pourra produire des résultats durables que si elle repose à la fois sur des institutions fortes, des sanctions effectives et des femmes et hommes capables de résister à la tentation.

« Le Congo a besoin d’hommes et de femmes intègres. L’intégrité est cette capacité à résister à la corruption. C’est avec des personnes intègres que nous construirons notre pays », a-t-il conclu.

Par cette intervention, Luzolo Bambi a invité les médias, la société civile et les institutions publiques à assumer pleinement leur part de responsabilité dans la promotion d’une culture de transparence, de redevabilité et de bonne gouvernance en République démocratique du Congo.

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