2e jour du séminaire sur Contrôle systémique à l’IGF : Christophe Bitasimwa Bahii apporte une réforme ambitieuse articulée autour de six axes stratégiques pour transformer durablement la gouvernance financière

« Étudier le passé pour définir l’avenir ». Cette pensée attribuée au philosophe chinois Confucius a trouvé un écho particulier lors de la deuxième journée des travaux consacrés à l’avenir de l’Inspection Générale des Finances (IGF).

Après avoir revisité l’histoire et les grandes réformes qui ont marqué l’institution depuis sa création, les responsables de l’IGF ont présenté leur vision stratégique pour la période 2026-2028, fondée sur un nouveau modèle de contrôle baptisé « contrôle systémique ».

Prenant la parole au nom de la direction de l’IGF, l’Inspecteur Général des Finances Chef de Service adjoint, Emmanuel Tshibingu Nsenga, a d’abord présenté le diagnostic stratégique ayant servi de base à l’élaboration du futur plan triennal.

Un exercice qui a permis d’identifier les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces auxquelles l’institution est confrontée.

Selon lui, les résultats obtenus grâce à la patrouille financière et au contrôle a priori ont considérablement renforcé la visibilité nationale et internationale de l’IGF, tout en contribuant à l’amélioration de la discipline financière dans les administrations publiques et les entreprises de l’État.

Cependant, ce diagnostic a également mis en lumière plusieurs défis majeurs : insuffisance du personnel pour couvrir l’ensemble du territoire national, faible niveau de digitalisation, absence d’accès direct aux bases de données des entités contrôlées, concentration des inspecteurs à Kinshasa ainsi que des difficultés à pérenniser les effets du contrôle après le retrait des équipes de terrain.

De l’organe de contrôle à un centre d’intelligence financière

S’appuyant sur ces constats, Christophe Bitasimwa Bahii a présenté ce qu’il considère comme la prochaine révolution de l’IGF.

Pour lui, l’État doit désormais être appréhendé comme un vaste système composé de plusieurs sous-systèmes économiques, fiscaux, sociaux, éducatifs, sécuritaires et administratifs.

Dans cette logique, le rôle du contrôleur ne consiste plus seulement à constater les irrégularités, mais à comprendre les mécanismes qui produisent les risques afin de les prévenir avant qu’ils ne causent des pertes pour le Trésor public.

« L’efficacité d’un service de contrôle ne se mesure pas uniquement à sa capacité de découvrir des fraudes déjà réalisées, mais surtout à sa capacité d’empêcher qu’elles se produisent », a-t-il expliqué.

Le haut cadre de l’IGF estime ainsi que l’institution doit évoluer vers un véritable centre d’intelligence financière capable de collecter, analyser et exploiter les données publiques en temps réel afin de détecter les anomalies, prévenir les détournements et proposer des réformes structurelles durables.

Un plan stratégique bâti sur six axes majeurs

Pour concrétiser cette ambition, l’IGF a élaboré un plan stratégique couvrant la période 2026-2028 et articulé autour de six axes prioritaires.

Le premier concerne la transformation digitale et la maîtrise de l’information, avec pour objectif de connecter progressivement l’IGF aux différentes plateformes numériques de l’État afin de disposer d’un accès permanent aux données financières publiques.

Le deuxième axe porte sur le contrôle systémique des recettes et des dépenses publiques, considéré comme le futur mode opératoire principal de l’institution.

Le troisième vise la protection du patrimoine et des ressources de l’État, notamment à travers l’identification, la cartographie et le suivi des actifs publics ainsi que la sécurisation des recettes.

Le quatrième axe concerne le renforcement de la gouvernance des entreprises publiques, établissements publics et entités territoriales décentralisées, avec un accent particulier sur leur digitalisation.

Le cinquième axe est consacré à l’amélioration de la qualité, de la régularité et de la performance de la dépense publique, afin que les ressources mobilisées produisent réellement des effets sur le développement économique et social.

Enfin, le sixième axe vise l’efficacité institutionnelle de l’IGF elle-même, notamment à travers la modernisation de son administration, le renforcement des capacités de ses agents, la sécurisation de ses systèmes informatiques et son déploiement progressif dans les provinces.

Le contrôle systémique, une évolution et non une rupture

Face aux nombreuses interrogations suscitées par cette nouvelle approche, Christophe Bitasimwa Bahii a tenu à préciser que le contrôle systémique ne remplace ni la patrouille financière ni les autres mécanismes de contrôle existants.

Selon lui, il s’agit plutôt d’une méthode intégrée permettant d’exploiter massivement les données numériques pour renforcer l’ensemble des formes de contrôle prévues par les textes.

« Le contrôle systémique n’est pas une méthode personnelle ni une formule magique. C’est un projet institutionnel qui englobe le contrôle a priori, concomitant et a posteriori grâce à l’exploitation intelligente des données », a-t-il insisté.

À terme, l’IGF ambitionne d’être connectée aux principaux systèmes d’information de l’État afin de surveiller en temps réel les flux financiers, détecter automatiquement les anomalies et intervenir avant que les pertes ne se produisent.

Une réforme soutenue par le Chef de l’État

Pour les responsables de l’IGF, cette transformation n’aurait pas été possible sans l’appui politique accordé par le Président de la République, Félix Tshisekedi, qui a permis à l’institution de consolider son indépendance, de renforcer son cadre juridique et d’améliorer ses moyens de fonctionnement.

« Nous voulons capitaliser cette période favorable pour construire une institution moderne, solide, transparente et capable d’assurer une gouvernance financière conforme aux standards internationaux », a conclu Christophe Bitasimwa Bahii.

À travers cette réforme, l’IGF entend ainsi passer d’une logique de contrôle essentiellement fondée sur la présence physique des inspecteurs à une logique d’intelligence financière reposant sur la donnée, la technologie et l’anticipation des risques, avec l’ambition affichée de transformer durablement la gouvernance publique en République démocratique du Congo.

À ne pas rater

À la une