Contrôle systémique à l’IGF sur le plan triennal 2026-2028 : Christophe Bitasimwa Bahii passe numériquement du contrôle réactif à un contrôle préventif ! 

« Éteindre les incendies ne suffit plus, il faut empêcher qu’ils ne se déclarent », telle est désormais la philosophie actuelle qui va guider l’Inspection Générale des Finances (IGF).

C’est ainsi qu’après avoir incarné successivement le contrôle a posteriori, puis le contrôle a priori devenu emblématique depuis 2020 sous l’impulsion du président de la République, l’IGF s’apprête à franchir une nouvelle étape décisive de son histoire : celle du contrôle systémique.

Cette vision ambitieuse a été présentée lors du séminaire de renforcement des capacités organisé à Kinshasa à l’intention des professionnels des médias et des acteurs de la société civile, dans le cadre de la vulgarisation du Plan stratégique triennal 2026-2028 de l’IGF.

Face à une assistance attentive, l’Inspecteur général des finances, chef de service, Christophe Bitasimwa Bahii, a exposé les contours d’une réforme qui ambitionne de transformer profondément l’institution et, au-delà, la gouvernance financière de l’État congolais.

D’un contrôle réactif à un contrôle préventif

Longtemps concentrée sur la détection des irrégularités après leur commission, l’institution veut désormais agir en amont grâce à l’exploitation intelligente des données et à l’identification précoce des risques.

Le contrôle systémique repose sur une approche moderne : analyser les mécanismes qui occasionnent les détournements, les fraudes ou les mauvaises pratiques afin de corriger durablement les faiblesses structurelles de l’administration publique.

« La bonne gouvernance exige le consentement et la participation des gouvernés », a insisté Christophe Bitasimwa, soulignant que la réussite de cette transformation passe également par l’implication active des médias et de la société civile.

Une révolution numérique au cœur de l’État

Premier pilier de cette mutation : la transformation digitale.

L’IGF prévoit la mise en place d’une vaste plateforme numérique centralisant les données économiques et financières du pays. Ce système permettra une connexion avec les principaux systèmes d’information publics afin d’assurer une surveillance continue des flux financiers.

Grâce à des tableaux de bord intelligents, à la cartographie des risques et à l’analyse prédictive, l’institution entend détecter les anomalies en temps réel et intervenir de manière ciblée avant que les pertes pour le Trésor public ne deviennent irréversibles.

L’objectif affiché est clair : faire de l’IGF une véritable « vigie numérique » de l’État.

Le patrimoine public sous haute surveillance

Le nouveau plan stratégique accorde également une place importante à la protection du patrimoine public.

Au-delà des recettes budgétaires, l’IGF veut désormais renforcer le suivi des biens mobiliers et immobiliers de l’État, souvent mal recensés ou insuffisamment valorisés.

L’ambition est de rendre chaque actif public traçable, mesurable et productif afin d’accroître les recettes nationales et de limiter les pertes liées à la mauvaise gestion.

Gouvernance, performance et qualité de la dépense

Le contrôle systémique vise aussi à renforcer la discipline de gestion au sein des entreprises publiques, des provinces, des entités territoriales décentralisées et des administrations.

L’IGF entend harmoniser les pratiques, améliorer les dispositifs de contrôle interne et introduire davantage d’indicateurs de performance.

Parallèlement, une attention particulière sera portée à la qualité de la dépense publique. Les surfacturations, les projets inachevés, les dépenses improductives et les marchés publics irréguliers seront davantage surveillés grâce aux nouveaux outils numériques.

Chaque franc dépensé devra désormais démontrer son impact réel sur le développement et l’amélioration des services publics.

Justin Kabombo Tshiswaka rappelle les origines de l’IGF

Au cours de ces assises, l’Inspecteur général des finances émérite Justin Kabombo Tshiswaka a replongé les participants dans l’histoire de l’institution.

Revenant sur les premières années de l’indépendance, il a rappelé que le départ massif des colonisateurs en 1960 avait plongé l’administration congolaise dans une période de profondes turbulences, obligeant l’État à reconstruire progressivement ses mécanismes de contrôle financier.

Il a notamment évoqué les réformes majeures de 1978 qui ont consacré l’IGF comme organe supérieur de contrôle administratif, doté d’une mission générale de surveillance de la gestion publique.

À travers plusieurs anecdotes marquantes de sa carrière, il a insisté sur l’importance de l’intégrité des inspecteurs des finances dans la lutte contre la corruption et les détournements.

« Les hommes passent, les institutions restent », a-t-il rappelé, appelant les nouvelles générations à préserver l’esprit de rigueur qui a forgé la réputation de l’IGF.

Une vision pour les trois prochaines années

Pour l’Inspection Générale des Finances, le plan triennal 2026-2028 ne constitue pas une simple réforme administrative.

Il s’agit d’un changement de paradigme visant à faire passer l’institution :

* d’un contrôle réactif à un contrôle préventif ;

* d’interventions ponctuelles à une surveillance permanente ;

* d’une gestion essentiellement manuelle à une gouvernance fondée sur la donnée et l’intelligence numérique.

En d’autres termes, après l’ère du contrôle a posteriori et celle du contrôle a priori, l’IGF ouvre désormais le chantier du contrôle systémique, avec l’ambition de devenir l’un des principaux leviers de modernisation de l’État congolais.

Un pari audacieux dont la réussite pourrait redessiner durablement la gestion des finances publiques en République démocratique du Congo.

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