« Quand les institutions se renforcent, les antivaleurs reculent ». Cet adage illustre parfaitement la vision qui a guidé la transformation de l’Inspection Générale des Finances (IGF) entre 2020 et 2025. En effet, devant les journalistes, les partenaires techniques et financiers ainsi que les représentants de la société civile, l’Inspecteur général des finances-chef de service honoraire et émérite, Jules Alingete Key, a levé le voile sur les réformes qui ont profondément remodelé cette institution devenue l’un des principaux instruments de lutte contre la corruption en République démocratique du Congo.
Au cours de son intervention ce lundi 08 juin 2026 dans un séminaire organisé par son successeur Christophe Bitasimwa, Jules Alingete a dressé le bilan de cinq années marquées par une série de réformes administratives, juridiques et opérationnelles destinées à moderniser l’IGF et à renforcer son efficacité dans la surveillance des finances publiques.
Selon lui, la période 2020-2025 constitue un véritable tournant dans l’histoire de l’institution créée en 1987. Pour la première fois, a-t-il expliqué, l’IGF a bénéficié d’un soutien politique fort lui permettant de jouer pleinement son rôle dans la promotion de la bonne gouvernance et la lutte contre les détournements des deniers publics.
Une institution repensée pour répondre aux défis actuels
Parmi les principales innovations, Jules Alingete a cité la redéfinition du statut de l’IGF comme service supérieur d’audit placé auprès du pouvoir exécutif. Une réforme qui a permis d’étendre son champ d’intervention aux provinces et aux entités territoriales décentralisées.
L’ancien chef de service a également rappelé la restructuration des brigades opérationnelles. De cinq brigades à son arrivée, l’IGF est passée à dix unités spécialisées couvrant notamment les recettes fiscales, les douanes, les marchés publics, les entreprises publiques, les provinces, l’audit et le contrôle qualité.
À cela s’est ajoutée la création d’une brigade chargée de la certification des remboursements de TVA afin de renforcer le contrôle des finances publiques et prévenir les fraudes.
Des inspecteurs dotés de nouveaux pouvoirs
Pour accroître l’efficacité des contrôles, plusieurs réformes ont été adoptées afin d’élargir les prérogatives des inspecteurs des finances.
Désormais, ces derniers peuvent accéder aux systèmes informatiques des services contrôlés, bloquer certaines opérations financières irrégulières, suspendre des exonérations fiscales jugées illégales ou encore recommander des mesures conservatoires à l’encontre des gestionnaires mis en cause.
Selon Jules Alingete, ces pouvoirs ont permis à l’IGF d’agir non seulement comme organe de contrôle, mais aussi comme instrument de prévention des actes de mauvaise gestion.
Le contrôle a priori, une révolution dans la gestion publique
L’une des réformes les plus emblématiques demeure l’instauration du contrôle a priori et du contrôle concomitant.
Cette approche consiste à intervenir avant ou pendant l’exécution des dépenses publiques afin d’empêcher les irrégularités plutôt que de les constater après coup. Grâce à ce mécanisme, l’IGF a pu assurer un suivi permanent de la chaîne de la dépense publique et du compte général du Trésor.
Un recrutement pour assurer l’avenir de l’institution
Jules Alingete a également évoqué le défi du vieillissement du corps des inspecteurs des finances. À son arrivée, la moyenne d’âge des inspecteurs atteignait près de 60 ans.
Pour éviter une disparition programmée du service, martèle-t-il, 87 nouveaux inspecteurs ont été rapidement recrutés pour rajeunir l’équipe. Les critères de recrutement ont été élargis aux ingénieurs informaticiens et aux ingénieurs en construction afin d’adapter l’IGF aux exigences de la modernisation de l’administration publique.
Une contribution à l’augmentation des recettes publiques
L’ancien patron de l’IGF estime que les réformes mises en œuvre ont contribué à améliorer la mobilisation des recettes publiques, à réduire les exonérations abusives et à renforcer le contrôle des régies financières.
Il a également cité plusieurs missions marquantes, notamment les contrôles menés à la Banque Centrale du Congo, les audits des entreprises publiques, le suivi des fonds Covid-19 ainsi que plusieurs dossiers ayant donné lieu à des poursuites judiciaires.
La communication comme arme contre les antivaleurs
Autre innovation majeure : l’ouverture de l’IGF vers la presse et la société civile.
Selon Jules Alingete, la publication des rapports, les campagnes de sensibilisation et la médiatisation des cas de mauvaise gestion ont permis de renforcer la culture de la redevabilité et d’exercer une pression morale sur les auteurs d’actes répréhensibles.
« Il fallait démontrer à la population qu’une sentinelle veille sur la protection des finances publiques », a-t-il souligné.
Un héritage institutionnel
Au terme de son exposé, Jules Alingete a affirmé que les réformes engagées entre 2020 et 2025 ont profondément transformé l’Inspection Générale des Finances.
D’un simple organe de contrôle, l’IGF est devenue une institution stratégique au cœur de la lutte contre la corruption, de la mobilisation des recettes publiques et de la promotion de la bonne gouvernance.
Un héritage que l’ancien chef de service considère comme une base solide pour poursuivre les efforts d’assainissement de la gestion publique et renforcer davantage la transparence au sein des institutions de la République.



