« Déshabiller Saint Pierre pour habiller Saint Paul », c’est exactement ce que les autorités urbaines de Kinshasa ont fait en chassant les motards (wewa) de la place Kintambo-Magasin pour les laisser s’installer à l’arrêt Quado, dans le tronçon compris entre l’avenue Kasavubu et l’avenue Nguma, direction Mont-Fleury.
Si cette mesure a permis de mettre fin à la congestion qui paralysait quotidiennement ce carrefour très fréquenté, elle semble avoir créé un nouveau foyer de préoccupations pour les occupants du nouvel espace occupé par les motos-taxis. Entre insalubrité grandissante, désordre, nuisances sonores et inquiétudes sécuritaires, plusieurs riverains estiment que le problème n’a pas été résolu, mais simplement déplacé.
Décidée pour fluidifier la circulation et améliorer l’accessibilité à la place Kintambo-Magasin, la réorganisation a produit des résultats visibles. Les embouteillages ont considérablement diminué et les activités commerciales se déroulent désormais dans un environnement plus dégagé. Mais derrière ce constat positif, les habitants du nouveau site de regroupement des motards dressent un tableau beaucoup moins reluisant.
« Kintambo-Magasin est aujourd’hui dégagé et c’est une bonne chose. Mais le problème a simplement changé de place. Là où les motards ont été installés, il n’y a ni toilettes, ni poubelles, ni aucune structure d’encadrement », déplore un habitant du quartier.
Un environnement de plus en plus insalubre
Au fil des jours, les riverains observent une accumulation de déchets sur et aux abords du site. Bouteilles en plastique, sachets, emballages alimentaires et autres détritus s’entassent progressivement le long de la route.
Plus préoccupant encore, certains habitants affirment que l’absence de toilettes pousse plusieurs usagers à adopter des comportements inappropriés, avec pour conséquence la multiplication des mauvaises odeurs et la dégradation du cadre de vie.
« Tout ce que les gens consomment durant la journée est abandonné sur place. La route devient de plus en plus sale. Nous craignons que cet endroit ne se transforme en dépotoir à ciel ouvert », s’inquiète une riveraine.
Pour les habitants, cette situation constitue également un risque sanitaire dans une commune où les questions d’assainissement demeurent un défi majeur.
Désordre et inquiétudes sécuritaires
Au-delà de la question environnementale, plusieurs résidents dénoncent les nuisances générées par la concentration des motos dans cette partie de la commune.
Le bruit quasi permanent des moteurs, les stationnements anarchiques, les attroupements et l’occupation désordonnée des espaces publics alimentent le mécontentement des riverains.
Certains évoquent également un sentiment d’insécurité croissant, particulièrement à la tombée de la nuit.
« À partir d’une certaine heure, il devient difficile d’identifier qui est réellement motard et qui ne l’est pas. Il y a beaucoup de mouvements et les habitants ne se sentent plus totalement rassurés », confie un résident.
Sans accuser directement les conducteurs de motos-taxis, plusieurs habitants estiment néanmoins que l’absence d’organisation et de contrôle favorise les désordres et complique la surveillance du secteur.
Les habitants réclament un encadrement urgent
Si personne ne remet en cause la nécessité de désengorger le carrefour Magasin, les populations locales appellent les autorités compétentes à accompagner cette mesure par un véritable plan d’aménagement.
Installation de toilettes publiques, mise en place de poubelles, évacuation régulière des déchets, présence des services d’hygiène et encadrement plus strict des activités des motards figurent parmi les principales revendications.
« Nous ne sommes pas contre les motards. Ils rendent un service important à la population. Ce que nous demandons, c’est une organisation qui permette à chacun de vivre dans un environnement propre et sécurisé », explique un notable du quartier.
Pour les riverains, la réussite de cette opération ne se mesurera pas uniquement à la fluidité retrouvée autour du carrefour Magasin, mais aussi à la capacité des autorités à empêcher que le nouveau site ne devienne un point noir en matière d’assainissement et de sécurité.
Si le carrefour Kintambo-Magasin respire aujourd’hui mieux, nombreux sont ceux qui estiment que les nuisances, elles, n’ont pas disparu. Elles ont simplement changé d’adresse.



