Libération de Constant Mutamba : Tshisekedi accédera-t-il à la demande populaire ?

La ville de Kinshasa n’a pas seulement célébré le dimanche 05 avril dernier une qualification héroïquement historique de l’équipe nationale de football. Elle a parlé. Et son message a claqué, fort. Très fort.

En effet, sur l’esplanade du Palais du Peuple, la capitale congolaise s’est muée en une marée humaine aux couleurs nationales. Une foule compacte, vibrante, portée par une même fierté : celle de voir les Léopards de la RDC écrire une page que plusieurs générations attendaient.

Artisans d’un exploit inédit depuis plus d’un demi-siècle, les fauves congolais ont été célébrés comme des héros. Chants à l’unisson, drapeaux déployés, cris de joie : tout y était pour sceller un moment d’unité nationale rare, presque sacré.

Mais au cœur de cette liesse, une autre voix s’est levée. D’abord timide. Puis insistante. Enfin, dominante : « Libérez Mutamba ! »

Le slogan, porté par des groupes épars, s’est propagé comme une traînée de poudre. En quelques instants, il a transcendé la fête pour devenir un cri collectif, une interpellation directe, presque une sommation citoyenne.

Face à cette clameur, le président de la République, Félix Tshisekedi, en pleine allocution, a suspendu son discours. Le silence s’est imposé, chargé de sens. Puis, dans une sobriété maîtrisée, il lâchera : « J’ai entendu. »

Une phrase courte, mais lourde de symboles. Suffisante pour provoquer une vague d’applaudissements mêlant espoir, approbation et interprétations multiples.

Car derrière cette scène, il y a un arrière-plan politique bien réel.

Quelques mois plus tôt, le Chef de l’État avait laissé entrevoir, dans un message adressé aux joueurs, une possible ouverture à certaines requêtes en cas de qualification. Une déclaration devenue, au fil du temps, un levier d’attente pour une partie de la population, qui n’a pas hésité à la réactiver en plein moment de gloire nationale. Au centre de cette revendication : Constant Mutamba.

Ancien ministre de la Justice, aujourd’hui détenu après une condamnation à trois ans de travaux forcés pour « tentative de détournement de fonds publics liés à un projet de prison à Kisangani », il continue de clamer son innocence.

Dans une lettre ouverte publiée en février, il dénonce une détention à caractère politique, évoquant ses prises de position critiques et ses dénonciations de l’insécurité persistante dans l’Est du pays et d’un système judiciaire malade.

Se présentant comme une figure d’opposition républicaine, il plaide pour un dialogue national encadré par des garanties claires : décrispation politique, sécurisation des opposants en exil, transparence du processus. Et surtout, une exigence ferme : éviter toute dérive vers un partage opportuniste du pouvoir ou une « blanchisserie politique ».

Ainsi, la scène vécue au Palais du Peuple dépasse le simple cadre sportif. Elle révèle une vérité congolaise profonde : ici, le football ne fait pas taire la politique. Il lui offre parfois une tribune amplifiée.

Entre euphorie populaire et revendication politique, Kinshasa a livré une image saisissante : celle d’un peuple capable de célébrer ses héros. Tout en rappelant ses attentes à ceux qui le dirigent.

Une fête, certes. Mais surtout, un message. Tshisekedi qui est garant de la Nation et qui a les prérogatives de gracier un prisonnier, accédera-t-il à cette demande populaire ? Son « j’ai entendu » acclamé par la foule se transformera-t-il en acte positif ? Wait and see, comme nous conseillent les Anglais.   

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