C’est une décision qui dépasse le simple cadre administratif. En annulant un arrêté provincial du Kasaï Oriental relatif à l’affectation des agents de la santé, le gouvernement central réaffirme son autorité sur la gestion des agents publics et rappelle, en filigrane, les limites des compétences provinciales dans l’architecture institutionnelle congolaise.
Dans une correspondance officielle datée du 22 mars 2026, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le Dr Samuel Roger Kamba Mulanda, a déclaré nul et sans effet l’arrêté provincial n°001/0041/CAB.PROGOU/K.OR/MKJ/2026 du 16 mars 2026, portant affectation collective des agents de la Division provinciale de la santé.
Selon le ministre, cet acte administratif est entaché d’irrégularités substantielles, notamment l’incompétence de son auteur et la violation des textes légaux régissant la fonction publique en République démocratique du Congo. En clair, la province aurait outrepassé ses prérogatives en procédant à l’affectation des agents publics, une compétence qui relève exclusivement du pouvoir central.
À travers cette décision, Kinshasa rappelle un principe fondamental de l’administration publique congolaise : les agents de carrière des services publics de l’État sont gérés par le pouvoir central, y compris en matière d’affectation, de mutation ou de mise en place. Les provinces, quant à elles, interviennent principalement dans la coordination, la supervision et la mise en œuvre des politiques publiques, notamment dans le secteur de la santé.
Qualifiant cette initiative d’« immixtion manifeste » dans les compétences de l’État, le ministre a instruit le gouverneur du Kasaï-Oriental de mettre fin immédiatement aux effets de l’arrêté concerné, d’en assurer le retrait formel et de s’abstenir, à l’avenir, de toute décision similaire susceptible de créer une confusion dans la gestion administrative des services publics.
Au-delà de l’annulation d’un arrêté provincial, cette décision apparaît comme un rappel à l’ordre du pouvoir central dans un contexte où la décentralisation continue de poser la question de l’équilibre entre autonomie provinciale et autorité de l’État. Une équation institutionnelle encore fragile, où chaque décision administrative peut rapidement prendre une dimension politique.


