Gaël Kakuta : dix ans d’errance, une seule destination

Il y avait quelque chose d’inévitable dans tout ça. Un gamin de Kinshasa formé à Londres, adoré à Madrid, ignoré à Paris — et qui finit par devenir l’âme d’une équipe nationale qu’il n’a rejointe qu’à 25 ans, mais dont il n’est devenu le vrai patron que vers la trentaine. L’histoire de Gaël Kakuta est celle d’un talent trop grand pour une seule ville, et d’un homme qui a mis du temps à comprendre où il appartenait vraiment.
La taxe Chelsea : quand le monde entier connaissait son nom

En 2009, Kakuta avait 18 ans et la FIFA faisait trembler Stamford Bridge. Chelsea avait recruté le gamin de Lens à 15 ans — et la sanction est tombée : deux fenêtres de transferts interdites, 780 000 euros d’amende. Ce n’était pas un transfert ordinaire, c’était une affaire internationale. Du jour au lendemain, tout le monde connaissait Gaël Kakuta.

Ancelotti le décrivait comme «le futur du club». Il avait gagné l’Euro U19 2010 aux côtés de Griezmann et Lacazette — meilleur joueur du tournoi. Les scouts notaient : gaucher, dribbleur, vision du jeu exceptionnelle. Tout y était.

Ce qui a suivi, c’est une carte de 12 clubs en 12 ans. Vitesse, Rayo Vallecano, Amiens, Reims, Lens — des hauts, des bas, des blessures, des faux départs. Le talent était là. La continuité, jamais.

Le retour des Léopards et la méthode Desabre

Tout a changé avec Sébastien Desabre. Le technicien français a fait ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé : il a retiré Kakuta du flanc gauche pour le placer dans l’axe, sous Bakambu. Libéré de l’obligation du sprint répété, Gaël est devenu chef d’orchestre. Ses jambes ne courent plus autant — mais ses yeux voient tout.

«Gaël voit la passe une seconde avant que la tribune ne la voit», dit Desabre. Cette phrase circule dans les cercles techniques de la CAF depuis deux ans. Elle explique pourquoi, à 34 ans, Kakuta reste indispensable dans un groupe qui compte des joueurs dix ans plus jeunes.

Sa présence en équipe nationale augmente le taux de possession de la RDC de 15 à 20%. Ce n’est pas un chiffre inventé — c’est ce que les analystes du staff congolais observent depuis trois ans.

Au CAN 2025, il a transformé le tournoi en démonstration personnelle. Entré en jeu contre le Botswana le 31 décembre, il termine le match avec 2 buts et 1 passe décisive — dont cette talonnade lumineuse pour Nathanaël Mbuku qui restera dans les mémoires comme l’une des plus belles actions du tournoi. La RDC avait trouvé son Modric.

Sakaryaspor, Larissa : les dernières étapes avant Mexico

Avant de poser ses valises en Grèce, Kakuta avait passé la première moitié de la saison 2025/26 au Sakaryaspor turc — 8 buts en demi-saison, son meilleur retour offensif depuis Lens. En février 2026, nouveau chapitre : l’AE Larissa. Quatre matchs, déjà meilleur passeur décisif de l’équipe. Dernière rencontre — 14 mars contre l’Asteras, 1-1, Kakuta passeur sur l’égalisation.

À 34 ans, il passe 10,5 kilomètres par match — son meilleur chiffre de carrière. Le secret ? Un préparateur physique personnel recruté en France, une hygiène de vie reconstruite, un corps enfin traité comme un instrument de précision.

Sa mission est claire : tenir jusqu’au 31 mars 2026. Jusqu’au match retour des barrages intercontinentaux au Mexique. Les Léopards ont battu le Nigeria en novembre 2025 pour atteindre ces stades — Kakuta était là. Le 26 mars, match aller. Le 31 mars, match retour. Ce sont les 180 minutes les plus importantes de l’histoire récente du football congolais.

Modric en noir, blanc et bleu

La comparaison circule depuis deux saisons dans les médias congolais. Kakuta pour la RDC, c’est ce que Modric a représenté pour la Croatie — le joueur qui n’a pas le gabarit d’un héros mais qui porte l’équipe sur ses épaules de technicien discret.

Il n’a jamais été le plus rapide. Jamais le plus fort. Mais il est celui que les défenseurs adverses cherchent en priorité à neutraliser — ce qui libère Banza, Mbuku, Bakambu dans les espaces.

Les supporters qui suivent les Léopards via 1xbet apk rdc le savent mieux que quiconque — à chaque fois que Kakuta est titulaire, les cotes congolaises bougent dans le bon sens. Pas parce qu’il va marquer. Parce qu’il va décider qui marquera.

Le dernier cadeau

Il a attendu des années pour devenir ce joueur. Des années de clubs, de valises, de promesses non tenues — les siennes et celles des autres. En 2026, Gaël Kakuta n’a plus rien à prouver à Chelsea, à la France, aux recruteurs européens.

Il a juste une chose à finir. Emmener les Léopards là où ils n’ont plus été depuis longtemps.

Le 26 mars, à Mexico, la réponse commencera à s’écrire.

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