Finances publiques : La mafia au bout du souffle réclame le retour impossible de l’Al Capon (Tribune de Clément Banguma)

Et si le plus grand danger pour l’économie congolaise n’était pas seulement ce qui a été fait hier, mais la tentative de faire croire aujourd’hui qu’il faudrait recommencer l’est vraiment.

Depuis le Haut-Katanga, Clément Banguma livre à Scoop RDC une analyse tranchante sur une séquence économique que certains voudraient réhabiliter à coups de communication, malgré ses zones d’ombre, ses dérives et ses lourdes conséquences sur le vécu des Congolais.

Une tribune qui secoue les récits installés et pose une question simple : peut-on sérieusement présenter comme solution ceux que beaucoup considèrent encore comme une partie du problème ?

La République démocratique du Congo est un pays atypique et particulier. Une nation appelée au destin commun, avec une jeunesse exceptionnelle et des talents sans pareil. Une nation où les corrompus d’hier pensent être les donneurs de leçons d’aujourd’hui.

Pour ce faire, et loin des recettes abracadabrantes, la mise en œuvre des politiques macroéconomiques structurelles et cohérentes reste le chemin idéal pour atteindre un développement socio-économique.

Fort malheureusement, contrairement au populisme et aux actions à court terme, la réalité de la trajectoire macroéconomique de la RDC sur ces dernières années laisse transparaître, pour peu d’illuminés, des choix contestables qui ont porté un coup sévère à l’objectif de la prospérité économique.

En dépit du scandale abominable du parc agroindustriel de Bukanga Lonzo ayant englouti plus de 280 millions USD détournés par l’ancien premier ministre Matata Ponyo suivant la Cour constitutionnelle, la période de 2012 à 2015, ainsi que celle de 2019 à 2021, ont été des périodes de stabilité du cadre macroéconomique qui ont été le socle de toutes les politiques publiques structurelles ayant permis à la RDC de réaliser des avancées, tandis que 2016 à 2020 ainsi que 2021 à 2024 ont été les périodes d’une instabilité macroéconomique sans pareil dont les conséquences sont visibles à ce jour.

Ces périodes sont caractérisées par une inflation galopante et une forte dépréciation de la monnaie, au point que ce qui est parfois présenté comme des réalisations extraordinaires ne sont souvent qu’un château de cartes, une maison bâtie sur du sable mouvant qu’un simple vent finit par emporter.

Pour ne prendre que l’exemple de la période économique de 2021 à 2024, la hausse mécanique des cours des minerais ayant entraîné un triplement des recettes de la RDC est souvent présentée par certains comme une réalisation d’un économiste des plus sérieux, alors que ceci est une action conjoncturelle qui n’a rien à voir avec une quelconque action qui aurait été mise en œuvre par un acteur politique. Grâce à ces recettes additionnelles issues de la mécanique des cours internationaux, certains objectifs politiques ont été atteints laissant croire que tout se passe bien, alors que la finalité a été tout autre. Suivant le rapport du FMI, les recettes additionnelles représentant 2 % du PIB dégagées en 2022 ont été consommées par des dépenses que seul l’astre des Finances connaissait la magie qui était derrière.

Tenez, dans la quête effrénée d’un enrichissement sans pareil, ces dépenses consécutives aux recettes additionnelles dégagées en 2022, en lieu et place de servir à la mise en œuvre des politiques publiques structurelles et transformatrices ont donné lieu à des dépenses qui ont été utilisées pour un enrichissement illicite. Plus de 520 millions USD engloutis dans trois immeubles abritant les ministères du Budget et des Finances. Un demi-milliard de dollars américains dans le soft power nous vantions-nous hier. 350 millions USD dans les infrastructures en carton des Jeux de la Francophonie avec une passation des marchés à la méthode des anciens. Plus de 300 autres millions USD dans les projets connexes sans enjeux sur les infrastructures structurantes. Bref, plus de 1 milliard USD dépensé vaille que vaille pour un objectif magique.

Au final, des millions USD sont cachés dans les comptes bancaires à l’étranger alors que le peuple congolais et les fonctionnaires pour lesquels la bande de pompiers-pyromanes essaie de plaider la cause aujourd’hui face aux défis conjoncturels de l’aggravation de la situation sécuritaire à l’Est, ont été laissés pour compte pour des intérêts personnels.

Pendant cette période de 2021 à 2024, une instabilité macroéconomique sans pareil a été le partage des Congolais. Si avec 2000 CDF on pouvait acheter 1 USD en avril 2024, lorsque le rideau se ferme en juin 2024, le dollar est à 2847 CDF à l’indicatif pour 1 USD. 23 % d’inflation et 24 % de dépréciation fin décembre 2023. Les prix ont tellement augmenté, certes dans un environnement économique international d’accélération du rythme de formation des prix intérieurs, mais aggravé par la mauvaise gouvernance des finances publiques.

Le ministère des Finances s’était transformé en cambiste. Il payait en francs congolais même pour les dépenses des équipements à acheter en dollars américains à l’étranger. Objectif : faire les opérations de change avec les banques commerciales et se partager le spread. Et toutes ces sommes en CDF payées se retrouvaient le soir au château ou chez mère double. Ainsi, l’opération était répétée autant de fois, sans conscience ni foi. Un ancien conseiller de la trésorerie du ministère des Finances devenu donneur de leçons était le rédacteur de tous les courriers qui ont permis de commettre ces crimes économiques ayant appauvri les Congolais.

La dette intérieure était l’autre axe de la mafia. Plus de 400 millions USD de dettes intérieures, dont 120 millions USD de dettes intérieures non certifiées, ont été payées en 2023 selon un rapport de l’IGF. C’est la dette que le service de l’État en charge de la dette publique ne reconnaît pas. Derrière ces paiements des opérations d’achat et rachat de la dette intérieure à 40 ou 50 % de rétrocommissions n’étaient plus à cacher. Toute la ville en parlait. Ce robinet de la mafia ayant été fermé, les chantiers tournent au ralenti et les articles de presse sont commandés pour réclamer le retour de l’Al Capone en chef. Comme un retour au pays interdit, RIP, les Congolais assistent impuissants à une bataille rangée pour des intérêts égoïstes, alors que personne n’est en mesure d’aller reprendre les millions de dollars cachés dans les comptes à l’étranger. Comme le Président Félix Tshisekedi a toujours prêché, les ténèbres ne pourront régner à jamais.

Entre-temps, la dépréciation monétaire et l’inflation ont causé des conséquences majeures auprès des fonctionnaires de l’État. Cet état des choses a conduit à des tensions sociales et aux revendications des bancs syndicaux pour une augmentation des salaires des fonctionnaires afin de faire face à la perte du pouvoir d’achat. L’auteur de la situation ayant touché son butin, le Gouvernement Suminwa arrive en juin 2024 et fait face à la colère des fonctionnaires.

Pour préserver la situation chaotique, le Gouvernement n’a d’autres choix que d’ajouter tantôt 50.000 CDF aux enseignants, tantôt 200.000 CDF à d’autres catégories ou 25.000 CDF à tous les fonctionnaires du régime général. Et aujourd’hui les Congolais se demandent d’où les difficultés de paiement de salaire car la masse salariale de 840 milliards CDF en juin 2024 à aujourd’hui à 1 300 milliards CDF, une première réponse est là.

La forte dépréciation de la monnaie et l’inflation galopante de l’année 2023, ont entraîné la perte du pouvoir d’achat des fonctionnaires de l’État, suscité des revendications farouches des fonctionnaires et obligé le Gouvernement Sumwina à prendre des mesures d’ajustement d’urgence pour contenir la pression sociale.

L’auteur du chao est bien connu, c’est le pompier pyromane, l’Al Capone en chef.

Il est l’artisan de l’instabilité du cadre macroéconomique entre 2021 et 2024 ayant entraîné la perte du pouvoir d’achat des fonctionnaires. Aujourd’hui, dans un imaginaire similaire à celui d’un cirque de bonobo, la bande ayant bénéficié du butin de l’impôt forcé que payaient les Congolais suite à l’inflation et la dépréciation pense les Congolais amnésiques. Cette bande pense que personne ne posera des questions, tout le monde a déjà oublié. Fort malheureusement pour eux, le maître de l’alchimie peut rêver tromper tout le monde, mais pas sa conscience.

Le Gouvernement Suminwa a relevé le défi de la stabilité du cadre macroéconomique, une stabilité de la monnaie sans pareil de juin 2024 à septembre 2025 avant une forte appréciation grâce à l’action de la BCC en octobre 2025. Une inflation trouvée à 22,8 en juin 2024 et aujourd’hui à 2 % grâce à une meilleure coordination des politiques conjoncturelles entre le Gouvernement et la BCC. La Fondation posée, le Gouvernement a lancé de vastes programmes de voirie urbaine pour la mobilité et la croissance économique. Des emplois sont créés dans les villes de Kinshasa, Kananga, Buta, Mbandaka, Boende, Bandundu Ville, Kikwit, Kisangani, Isiro, Bunia, Mbuji-Mayi.

Kinshasa abandonnée entre 2021 et 2024, se reconstruit. MATETE, KITAMBO, sont en cours de transformation.

Et maintenant, le Gouvernement structure des financements pour l’achèvement des projets structurels lancés. Le barrage de Katende abandonné a été relancé, l’aéroport de Ndjili et Luano sont en cours de construction. Les routes nationales RN1 et autres sont en cours de modernisation grâce à la renégociation du contrat chinois, grâce à l’implication de l’IGF.

Après cette belle fondation, une première entrée de la RDC sur les marchés des capitaux est projetée en juin 2026. Voilà que ceux qui ont détruit l’économie hier avec des actions sporadiques sans cohérence économique sont en train de vouloir rentrer dans l’arène, comme pour achever encore le peuple congolais avec des pratiques honteuses d’enrichissement illicite. Personne n’est dupe, les Congolais attendent le retour des millions de dollars cachés à l’étranger d’abord.

Tôt ou tard, la justice nationale ou internationale s’occupera de tous ces crimes.

Après ces éléments, y a-t-il un Congolais sérieux qui peut réclamer le retour de l’« Al Capone » ? Le président de la République, dont nous connaissons l’attachement aux valeurs, ne saurait jeter un discrédit sur son action ni envoyer aux partenaires un message de complaisance face aux crimes économiques.

D’autant plus que les autorités américaines enquêtent actuellement sur l’enrichissement illicite de certaines personnalités congolaises, notamment un économiste de Marien Ngouabi, père de la mafia et non père de famille.

Les vendeurs de la dette intérieure, eux, oui, car leurs immeubles sont à l’arrêt. »

Derrière cette tribune, c’est une interpellation claire qui transparaît : celle de ne pas voir ressurgir des méthodes que beaucoup considèrent comme ayant fragilisé l’économie nationale. Si le débat reste ouvert, une ligne semble se dessiner dans l’opinion : le retour en arrière n’est pas une option pour les Congolais. Des articles commandés ne vont rien le changer. Car pour un pays engagé dans une quête de stabilité et de redressement, certaines pages, une fois tournées, ne sauraient être réécrites sans risque. Affaire à suivre…

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