Rubaya : La colline de coltan, un mouroir !

Par Claude Baguma.

Elle nourrit, mais elle tue aussi la mine de coltan de Ruabya dans le Masisi. En effet, tôt ce matin de samedi 07 mars, un éboulement de terre a enseveli plusieurs puits d’exploitation artisanale sur le site minier de Gakombe, détruisant également des habitations du sous-village de Gatabi, selon des sources locales.

Le glissement de terrain serait survenu alors que de nombreux creuseurs travaillaient déjà dans les galeries souterraines. Plusieurs d’entre eux auraient été pris au piège sous les tonnes de terre et de roches qui se sont brutalement effondrées.

« La terre s’est ouverte d’un coup. Les puits ont disparu et plusieurs maisons ont été emportées. Beaucoup de creuseurs sont encore sous les décombres », témoigne un habitant de Rubaya joint au téléphone par notre rédaction.

La catastrophe s’est produite dans une zone actuellement sous contrôle du mouvement AFC-M23, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le bilan exact reste encore incertain, mais les opérations de recherche improvisées par les habitants laissent craindre de nouvelles pertes humaines.

Une série noire dans les mines de Rubaya

Le drame de ce 7 mars 2026 s’inscrit dans une série d’accidents meurtriers enregistrés ces derniers jours dans cette région minière stratégique de l’est de la RDC.

Le 3 mars 2026, un violent glissement de terrain avait déjà provoqué l’effondrement de plusieurs galeries sur le même site minier. Selon le ministère congolais des Mines, plus de 200 personnes avaient perdu la vie, parmi lesquelles de nombreux mineurs artisanaux travaillant dans des conditions extrêmement précaires.

Quelques semaines auparavant, le 28 janvier 2026, un autre effondrement massif avait enseveli plusieurs centaines de creuseurs dans les puits artisanaux de Rubaya. Le bilan provisoire évoquait plus de 200 morts et disparus, certains acteurs locaux avançant même un chiffre proche de 400 victimes.

« Rubaya est devenue une fosse commune pour les creuseurs artisanaux », déplore un acteur de la société civile locale.

La catastrophe de janvier faisait elle-même écho à un précédent drame survenu en juin 2025, lorsqu’un glissement de terrain avait provoqué l’effondrement de plusieurs puits d’exploitation sur le site de Bibatama, causant déjà la mort de centaines de mineurs artisanaux.

Une exploitation minière incontrôlée

Malgré ces tragédies répétées, l’activité minière se poursuit à grande échelle dans cette zone pourtant classée « zone rouge » par les autorités congolaises, un statut qui interdit officiellement toute exploitation en raison des risques sécuritaires et environnementaux.

Dans les collines de Rubaya, des milliers de creuseurs artisanaux travaillent chaque jour dans des galeries creusées à la main, souvent sans équipement de sécurité ni encadrement technique.

« Les tunnels sont instables et parfois creusés les uns au-dessus des autres. À la moindre pluie, tout peut s’effondrer », explique un observateur local du secteur minier.

La saison des pluies aggrave considérablement les risques d’éboulement. Les collines, fragilisées par des excavations intensives, se transforment en terrains instables où chaque précipitation peut déclencher une nouvelle catastrophe.

Au cœur de l’économie mondiale du coltan

Rubaya est pourtant l’un des principaux centres mondiaux d’extraction du coltan, un minerai stratégique utilisé dans la fabrication de composants électroniques.

Le coltan permet de produire le tantale, un métal indispensable à la fabrication des smartphones, ordinateurs et équipements industriels. Selon plusieurs estimations, la zone de Rubaya fournirait une part significative de l’approvisionnement mondial.

Pour de nombreux observateurs, les drames à répétition illustrent les conséquences de l’exploitation minière incontrôlée dans les zones de conflit.

« Des milliers de jeunes viennent creuser ici parce qu’il n’y a pas d’autre travail. Mais ils descendent dans ces puits en sachant qu’ils peuvent ne jamais remonter », confie un habitant de Rubaya.

À Rubaya, les collines transformées en réseaux de puits et de galeries fragilisées constituent aujourd’hui un paysage minier aussi lucratif que dangereux, un territoire où chaque pluie peut annoncer une nouvelle tragédie.

À ne pas rater

À la une