Eglise catholique : Essai de compréhension de la lettre de l’abbé Nicolas Yamba Mutombo à Mgr Kasanda

Par Rigobert Mukendi/ Catholique attentif.

L’espace ecclésial en République démocratique du Congo est actuellement le théâtre d’une tension épistolaire majeure. D’un côté, l’intervention de Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, Évêque de Mbujimayi, intitulée « Au nom de la vérité de l’Évangile » (23 février 2026), et de l’autre, la réponse de l’Abbé Nicolas Yamba Mutombo (3 mars 2026). Cette confrontation soulève des questions fondamentales sur la transparence, la collégialité et l’influence politique au sein de la CENCO.

I. Rappel des griefs et recommandations de Mgr Kasanda

Pour bien saisir l’enjeu, il faut rappeler que Mgr Kasanda a fondé son introspection sur un « effet miroir », pointant trois dérives internes qu’il juge alarmantes pour la crédibilité de l’Église :

1. La parole dévoyée : Des prises de parole jugées sélectives, politisées (notamment sur WhatsApp) et paradoxalement silencieuses sur certaines tragédies dans l’Est.

2. Le tribalisme institutionnel : Une interrogation sur la représentativité géographique du personnel au sein des structures nationales (UCC, Caritas) et le blocage de rapports d’identification.

3. L’intégrité électorale : La dénonciation d’anomalies lors de l’élection du Bureau de la CENCO, évoquant des soupçons de fraude et de « bourrage des urnes » internes.

En conclusion, il recommandait une professionnalisation de la communication, une transparence totale et un retour à une véritable collégialité avant toute prise de position publique.

II. Analyse de la réponse de l’Abbé Nicolas Yamba : Entre droit canonique et zones d’ombre

1. La rupture de la collégialité : Qui a ouvert la boîte de Pandore ?

L’Abbé Yamba reproche vivement à Mgr Kasanda d’avoir porté des différends internes sur la place publique. Pourtant, le document de l’Évêque est explicitement destiné à un huis-clos.

• Question critique : Qui a réellement fait fuiter ce document ? Si l’on observe la méthode – une publication initiale par certains journalistes bien introduits – on peut y voir un procédé similaire à celui subi par d’autres acteurs politiques ou sociaux, notamment Noël Tshiani avec sa loi sur la nationalité congolaise. Dès lors, la rupture de la collégialité ne vient-elle pas de ceux qui ont instrumentalisé un document confidentiel pour exposer l’Évêque ?

• Contradiction : Mgr Kasanda demande justement de renforcer la collégialité pour éviter que des prises de parole individuelles n’engagent abusivement toute l’institution.

2. Le « prophétisme de la cour » : Un argument à double tranchant

L’Abbé Yamba accuse Mgr Kasanda de complaisance envers le pouvoir et de silence sur le sort des Swahiliphones. Cette accusation soulève plusieurs interrogations :

• Le silence sélectif : L’Abbé omet de mentionner que les populations de Goma ou Bukavu sont, elles-mêmes, Swahiliphones et victimes de massacres que Mgr Kasanda a justement regretté de ne pas voir condamnés assez fermement.

• La géographie de la lettre : L’Abbé se réclame du diocèse de Kongolo, mais signe sa lettre à Lubumbashi, siège de Mgr Fulgence Muteba. Sachant que ce dernier est originaire du même territoire (Kongolo) que l’Abbé (et serait son oncle), la question se pose : qui est réellement dans le « prophétisme de la cour » ? En s’attaquant à Mgr Kasanda tout en protégeant la ligne dure de trois prélats influents, l’Abbé ne défend-il pas, lui aussi, son propre camp ?

3. La mémoire pastorale et l’éthique de la vérité

L’Abbé invoque l’inconstance de Mgr Kasanda par rapport au régime précédent.

• Le paradoxe du silence : Si l’Abbé et sa hiérarchie locale sont restés discrets durant 18 ans pour ne s’exprimer qu’aujourd’hui, qu’est-ce qui justifie ce changement ? J’essaie de comprendre.

• L’exactitude des faits : L’Abbé reproche à l’Évêque de « scier l’arbre » de la CENCO. Cependant, la vérité ne devrait-elle pas primer sur la survie de l’institution ? Est-il plus dommageable pour l’Église de dénoncer des erreurs internes (comme des chiffres erronés sur la précarité, estimée à 80% des Congolais dans plusieurs contrées du pays, sur la durée de l’accord de Washington ou des élections opaques) ou de les couvrir par un silence corporatiste ?

III. Conclusion : La nécessité de prouver le « faux » avant d’exiger le pardon

L’Abbé Yamba conclut en exigeant que Mgr Kasanda demande pardon. Or, dans toute démarche de justice ou de « correction fraternelle », l’exigence d’excuses présuppose que l’accusé est dans l’erreur.

• Le défi de la preuve : L’Abbé n’apporte aucun élément concret pour démonter les arguments de Mgr Kasanda sur la représentativité du personnel ou les anomalies électorales. Il se contente d’attaques ad hominem.

• Le précédent kinois : Cette situation rappelle les tensions de juillet 2024 dans l’Archidiocèse de Kinshasa, où une partie du clergé avait dénoncé des problèmes de gouvernance. Là aussi, la question était : faut-il se taire pour l’unité, ou parler pour la vérité ?

En définitive, la réplique de l’Abbé Nicolas Yamba Mutombo échoue à convaincre, car elle s’apparente davantage à une manœuvre de protection institutionnelle qu’à une véritable réfutation factuelle. En évitant soigneusement d’aborder le fond des problèmes soulevés – notamment le tribalisme et les fraudes internes – et en privilégiant les attaques ad hominem contre Mgr Kasanda et l’Abbé Blaise Kanda, l’auteur valide indirectement l’urgence de l’introspection demandée. Cette réaction ressemble fort à une tentative désespérée de protéger un système de cooptation partisane au détriment d’une vérité évangélique pourtant simple : l’Église ne peut crédiblement dénoncer les tares de la société si elle les pratique en son propre sein. Mgr Kasanda a eu le courage de tirer la sonnette d’alarme ; la réponse de l’Abbé Yamba n’a fait qu’en confirmer la nécessité.

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