« Au nom de la vérité de l’évangile » : Une « bombe » de Mgr Kasanda larguée sur la CENCO

« Pas de leçon de morale si l’on n’est pas soi-même moral. Pas correct d’exiger à autrui de balayer devant sa cour si celui qui l’exige ne l’a pas fait chez lui. La charité bien ordonnée commence par soi-moi ou encore avant d’enlever la paille dans l’œil de ton voisin, retire d’abord la poutre qui est dans le tien », tous ces adages résument l’interpellation en 4 pages de monseigneur Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbujimayi, faite à ses collègues de la Conférence nationale épiscopale du Congo (CENCO).

De la prise de parole intempestive, de l’accusation de tribalisme à celle de la fraude électorale, Taatu Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbujimayi et mukulu-wa-bantu dit s’être permis de faire une triple introspection sur ces trois thématiques dont l’éclairage lui vient de la parole de Dieu et l’inspiration de la notion psychologique d’« effet miroir ».

S’agissant de la prise de parole publique par les dirigeants de la CENCO (NDLR : notamment par Mgr Fulgence Muteba et Mgr Donatien Nshole), l’évêque de Mbujimayi estime qu’à force de trop parler, on ne se fait plus entendre.

« Je reste persuadé qu’‘’il y a un temps pour ne rien dire, il y a un temps pour parler, mais il n’y a pas un temps pour tout dire’’. Nos prises de parole sont devenues sélectives, intempestives et tendancieuses. Elles fragilisent notre mission prophétique et décrédibilisent l’Église comme Institution. Les gens s’habituent vite à cette parole, mais ils la banalisent aussi de la même manière, tant il est vrai qu’« un homme qui parle trop se fait souvent moins entendre qu’un autre qui ne parle pas assez », fait-il remarquer en martelant : « nous sommes [devenus] la risée des voisins, la fable et le jouet de l’entourage ».

Concernant le tribalisme reproché aux gouvernants du pays par les dirigeants de la CENCO, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda a envie d’enlever la toge.   

« …qu’en est-il de nous-mêmes ? Sommes-nous différents de ceux que nous pointons du doigt ? Nos structures échappent-elles à cette antivaleur tant et si décriée ? Je ne veux pas multiplier les exemples. Je vous convie seulement à faire un tour dans nos structures ou à visiter le fichier de nos employés : nos travailleurs, d’où sont-ils pour la plupart ? À quelle Province Ecclésiastique appartiennent-ils pour une Institution nationale ? À titre de rappel, où en sommes-nous avec le travail d’identification commandé par l’Assemblée Plénière des Évêques concernant le personnel engagé dans nos structures (entre autres, l’UCC, la Caritas, I’Ifod, le Centre Interdiocésain…) ? Qu’est-ce qui bloque la parution de ce rapport s’il n’y a rien à cacher ? Est-ce que nous échappons au tribalisme ? », questionne-t-il (NDLR : Fulgence Muteba et Donatien Nshole).

Quant à la fraude électorale imputée au président de la République Félix Tshisekedi, l’évêque de Mbujimayi soutient que c’est pareil avec l’actuel président de la CENCO, Mgr Fulgence Muteba.

« …nous ne sommes pas loin des antivaleurs que nous décrions en société. L’élection à la présidence pour le mandat en cours donne à penser. Elle me questionne », écrit-il dans sa correspondance en démontrant que le président et le vice-président de la CENCO actuellement en fonction ne sont pas passés par une bonne élection épiscopalement démocratique.

En conclusion, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda estime que « devant des situations de contre-témoignage dans lesquelles nous tendons à nous enliser, il serait mieux d’avoir le courage de tirer la sonnette d’alarme, en rappelant le sens de responsabilité et l’attachement aux valeurs ».

« Il n’est pas permis de s’emporter contre la vérité. Soyons vrais ! Soyons justes ! Soyons les modèles du troupeau », conseille-t-il dans sa « bombe » larguée sur la CENCO.

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