Cinq ans d’état de siège en Ituri : Les massacres continuent, les ONG parlent d’un échec sanglant”

Alors que l’état de siège était censé restaurer la paix dans l’Est de la RDC, un nouveau rapport accablant révèle son impuissance face aux massacres de civils en Ituri. Pire encore : selon les organisations des droits humains, cette mesure exceptionnelle aurait contribué à l’impunité et à l’effondrement des mécanismes de protection.

L’état de siège : de solution miracle à symbole d’impuissance

Instauré il y a près de cinq ans dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, l’état de siège devait marquer un tournant décisif dans la lutte contre l’insécurité chronique qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo. Aujourd’hui, il est au centre d’une vive controverse, accusé d’avoir échoué à protéger les populations civiles, en particulier en Ituri.

Cette remise en cause frontale ressort d’un rapport d’enquête humanitaire indépendante publié mardi 03 février dernier à Goma par un consortium d’organisations de défense des droits humains, notamment la Convention pour le respect des droits humains (CRDH), l’Action pour les droits humains (APDH), la Diaspora plurielle congolaise (DPC), le Collectif Gakondo USA et Isoko Diaspora.

Menée entre le 9 décembre 2024 et le 26 janvier 2026, l’enquête dresse un tableau sombre de la situation sécuritaire en Ituri. Selon le rapport, plus de 230 victimes civiles ont été identifiées nominativement : femmes, enfants et personnes âgées figurent parmi les principales cibles.

« Les massacres continuent, parfois même à proximité directe des forces censées protéger la population », a dénoncé Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi, coordonnateur de la CRDH, lors de la présentation officielle dudit rapport.

Les enquêteurs documentent des faits d’une extrême gravité : attaques répétées contre les sites de déplacés, exécutions publiques, enterrements de personnes encore vivantes, corps brûlés, assassinats délibérés d’enfants.

Un “échec” qui affaiblit l’État de droit

Au-delà des massacres, le rapport pointe les conséquences institutionnelles de l’état de siège. Selon les organisations signataires, cette mesure exceptionnelle n’a fait que : suspendre les mécanismes civils de contrôle ; affaiblir la justice ; concentrer le pouvoir sans redevabilité ; installer un climat d’impunité structurelle.

En clair, l’état de siège est qualifié sans détour d’« échec » dans la protection des civils.

Responsabilités partagées, silence international dénoncé

Le rapport attribue la responsabilité des violences à plusieurs acteurs : les groupes armés locaux et étrangers, notamment la CODECO, le FPIC, Zaïre/CRP et les ADF ; mais aussi l’État congolais, accusé d’incapacité à maîtriser la situation.

La communauté internationale est également sévèrement critiquée pour son silence et son inaction. Les mécanismes de protection des civils, pourtant déployés sur le terrain, sont jugés inefficaces face à l’ampleur des crimes documentés.

Un appel pressant à la justice

Face à ce qu’ils qualifient de tragédie humaine évitable, les membres du consortium lancent un appel clair au Gouvernement congolais, aux Nations Unies, à la Cour pénale internationale et à l’ensemble de la communauté internationale. Objectif : mettre fin aux massacres, protéger efficacement les civils et traduire en justice tous les responsables, quels qu’ils soient.

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