Ibalanky au M23 : Quand la faim devient excuse, c’est une anatomie d’une trahison politique

Par Robert Tanzey/Analyste politique

La sortie médiatique d’Ibalanky, ancien collaborateur proche du président Tshisekedi, passé sans scrupule dans les rangs de la rébellion du M23, mérite mieux qu’un simple commentaire de circonstance. Elle appelle une mise au point morale. Car la justification avancée selon laquelle « là où on ne veut pas que je mange, je ne vais pas mourir de faim pour prouver ma loyauté », concentre à elle seule une somme de valeurs négatives qui gangrènent une frange de la classe politique congolaise : la cupidité, la vénalité et la banalisation de la trahison.

Depuis quand la loyauté à une nation se négocie-t-elle à l’aune de l’assiette ? Depuis quand l’engagement politique est-il conditionné par la capacité immédiate à “manger” ? En invoquant la faim pour justifier un ralliement à une rébellion armée responsable de morts, de déplacements massifs et de la déstabilisation de l’Est du pays, Ibalanky ne plaide pas sa survie, il plaide son opportunisme.

Cette déclaration est révélatrice d’une mentalité profondément enracinée, celle d’une élite politique pour qui l’État n’est pas un projet collectif, mais un guichet ; la politique, non pas un service, mais un marché ; et la loyauté, une marchandise à durée limitée. On sert tant que ça rapporte, on trahit dès que le robinet se ferme.

Le plus grave n’est pas l’acte individuel d’autant plus que des transfuges, l’histoire congolaise en a connus, mais la normalisation du raisonnement. Dire publiquement que l’on peut rejoindre une rébellion parce qu’on n’a plus accès aux avantages du pouvoir, c’est légitimer l’idée que la République n’est qu’un terrain de prédation et que la guerre elle-même peut devenir une option de carrière.

Cette logique est dangereuse. Elle explique en partie pourquoi certaines crises persistent : parce qu’il existe toujours des hommes prêts à vendre leur conscience, leur passé et parfois le sang des innocents, au plus offrant. Aujourd’hui M23, hier pouvoir central, demain autre chose : l’idéologie importe peu, seul compte le gain.

Le Congo ne souffre pas seulement de ses ennemis extérieurs. Il souffre aussi de cette classe politique caméléon, sans colonne vertébrale, qui confond ambition personnelle et destin national. Tant que la trahison sera présentée comme une réponse légitime à une frustration matérielle, tant que la cupidité sera maquillée en “réalisme”, la République restera fragile.

Il est temps de le dire clairement : on ne trahit pas un pays parce qu’on a cessé de “manger”. On trahit parce qu’on n’a jamais cru aux valeurs qu’on prétendait défendre. Et cela, aucune faim ne peut l’excuser. Pour cette adhésion à une rébellion meurtrière pour raison de la faim, personne au Grand Bandundu ne peut applaudir Claude Ibalanky.

À ne pas rater

À la une