UKRAINE – RDC, même agression, même devoir de diplomatie : Quand la parole d’un président devient un front de guerre !

Par Gilbert Muhika/Analyste indépendant.

On a vu le monde entier applaudir les déplacements du président ukrainien. On l’a vu parcourir les capitales, parler devant les parlements, serrer des mains, signer des accords, réclamer des sanctions et obtenir des soutiens. Personne ne lui a reproché de “voyager trop”. Au contraire : on a compris que c’était une nécessité de guerre.

Par contre, lorsque le président de la République Démocratique du Congo se déplace pour porter la voix du pays, pour parler de l’agression à l’Est, pour chercher des alliances, des pressions diplomatiques, des engagements sécuritaires, des appuis financiers et humanitaires, certains Congolais ironisent, doutent, critiquent… comme si l’immobilité était une preuve de patriotisme.

Il faut être clair : la RDC et l’Ukraine sont deux pays confrontés à une même logique : celle de l’agression par un voisin, directe ou indirecte, avec des objectifs évidents de domination et d’affaiblissement de l’État. Deux nations qui vivent la même douleur : des populations déplacées, des territoires déstabilisés, des économies perturbées, et une souveraineté testée.

La différence n’est donc pas dans la gravité du drame. La différence est dans le regard du monde… et parfois dans notre propre regard sur nous-mêmes.

Un président en temps de guerre a deux fronts

Dans une situation d’agression, un chef d’État ne gouverne pas comme en temps de paix. Il doit mener deux batailles simultanées : la bataille du terrain, assurée par les forces de défense et de sécurité ; et la bataille de la diplomatie, menée par l’État au plus haut niveau.

Car il faut dire une vérité simple : une guerre ne se gagne pas seulement avec des armes, elle se gagne avec une coalition. Une coalition d’États, d’institutions, de partenaires, de leviers politiques, économiques et stratégiques. Et cette coalition ne se construit pas à distance. Elle se construit par la présence, par la parole, par le plaidoyer, par la persuasion, par la négociation et par la pression internationale.

Zelensky n’a pas voyagé pour se distraire. Il a voyagé pour que l’Ukraine reste debout. De la même manière, Tshisekedi se déplace pour que le Congo ne soit pas condamné au silence.

Le Congo porte une guerre longue, complexe, et trop souvent banalisée

La RDC n’a pas commencé à souffrir hier. Cela fait près de trois décennies que l’Est du pays est le théâtre d’une violence entretenue, alimentée, recyclée, rebrandie, reconfigurée au fil des années. Les visages changent, les sigles changent, les discours changent… mais la matrice demeure : affaiblir l’État congolais et rendre sa souveraineté négociable.

Voilà pourquoi il est injuste de juger la diplomatie congolaise comme si elle répondait à une crise “normale”. Ce n’est pas une crise normale. C’est une crise enracinée, régionale, stratégique, géopolitique — et donc internationale.

Dans ce type de conflit, se taire ou rester immobile, c’est donner du terrain à l’agresseur, car l’agresseur prospère sur l’oubli. Il gagne lorsque la communauté internationale s’habitue. Il avance lorsque le monde se lasse. Il s’installe lorsque l’indignation retombe.

Or, un chef d’État responsable ne permet pas que la guerre du Congo devienne un simple “bruit de fond” de l’actualité mondiale.

Le déplacement n’est pas le problème, le problème, c’est l’absence de résultats visibles.

Soyons honnêtes : si certains Congolais critiquent les missions à l’étranger, ce n’est pas parce qu’ils aiment l’injustice. C’est parce qu’ils souffrent. Ils veulent voir les résultats. Ils veulent sentir l’effet dans la vie réelle : sur la sécurité, sur la paix, sur les déplacés, sur le prix du marché, sur l’avenir des enfants. C’est humain.

Mais la conclusion doit être juste : On ne doit pas condamner le déplacement. On doit exiger qu’il produise des résultats clairs et assumés. Ce que le peuple attend, ce n’est pas un président immobile. C’est un président efficace.

Chaque mission doit pouvoir répondre à cinq questions simples : Pourquoi y est-il allé ? Qu’a-t-il obtenu ? Quels engagements ont été pris ? Quel impact cela aura sur l’Est ? Quelle est la suite et le suivi ?

Quand ces réponses deviennent systématiques, la critique s’éteint naturellement. Parce que l’opinion n’est pas contre la diplomatie : elle est contre le flou.

Le monde ne se mobilise que pour ce qui est porté avec force

En géopolitique, il faut apprendre une règle douloureuse : le droit seul ne suffit pas, il faut aussi le rapport de force diplomatique.

Le président ukrainien a multiplié les discours, les rencontres, les images, les alliances. Il a fait comprendre une chose : si l’Ukraine tombe, ce n’est pas seulement une perte pour l’Ukraine, c’est un danger pour l’équilibre régional et mondial.

La RDC doit faire porter le même message : si l’Est du Congo brûle, ce n’est pas un problème “local” : c’est une menace sur la stabilité des Grands Lacs, sur l’économie régionale, sur les minerais stratégiques, sur les mouvements migratoires, sur la sécurité de tout le continent.

Et cette vérité doit être répétée, expliquée, assumée, martelée. Le Congo n’a pas le droit de se taire.

Certains voudraient que le Congo souffre en silence. Que le Congo se batte seul. Que le Congo se contente de pleurer ses morts sans déranger les puissants. Mais un peuple digne refuse cela.

En temps d’agression, la présence du chef de l’État sur la scène internationale n’est pas un luxe : c’est une obligation. C’est un devoir de souveraineté. Car la souveraineté ne se défend pas seulement avec des uniformes et des armes. Elle se défend aussi avec des alliances, des résolutions, des pressions, des sanctions, des mécanismes de vérification, et un engagement international constant. Il faut retenir que la diplomatie est un champ de bataille.

Oui, la RDC a raison de porter sa voix dans le monde. Oui, le président a raison de se mouvoir, de convaincre, de parler, de mobiliser, de chercher des soutiens. Parce qu’une vérité demeure : En temps de guerre, un président ne voyage pas : il combat autrement. « Les soldats défendent le sol. Le président défend la cause ».

Et si nous voulons que le monde se lève pour le Congo, il faut que le Congo soit présent, audible et infatigable. Le Congo ne demande pas la charité. Il demande justice. Il demande la fin de l’impunité. Il demande la paix sur sa terre. Et pour cela, il faut gagner aussi la guerre du récit.

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