Chronique citoyenne : A Kananga, quand la foule se trompe de combat !

Par Gilbert Muhika/Analyste indépendant.

À Kananga, un homme présenté comme présumé braqueur a été violemment torturé, mercredi 07 janvier, par la population après une tentative de vol (photo en illustration).

Les images et récits qui circulent choquent. Mais au-delà de l’émotion, une question s’impose à nous, citoyens : « avons-nous encore confiance dans la justice au point de refuser de la remplacer par la violence ? »

Il faut le dire sans détour : la colère des populations n’est pas née du hasard. L’insécurité est réelle. Les vols se répètent. Les arrestations tardent. Les procédures semblent longues, parfois inefficaces. Face à cela, beaucoup ont le sentiment que l’État est absent, et que se taire ou attendre revient à accepter l’injustice.

Mais transformer cette colère en torture publique n’est pas une solution. C’est une impasse.

La justice populaire repose sur une idée dangereuse : celle selon laquelle la violence immédiate serait plus efficace que la loi. Or, une foule n’enquête pas, n’écoute pas la défense et ne vérifie pas les faits. Elle agit sous l’effet de la peur et de la rage. Aujourd’hui, la victime est un présumé voleur. Demain, ce pourrait être un innocent, accusé à tort, pris au mauvais endroit, au mauvais moment.

Quand nous frappons un suspect au lieu de le livrer à la police, nous ne combattons pas l’insécurité : nous la déplaçons et l’aggravons. Nous envoyons un message clair à nos enfants : la force prime sur le droit. Et dans une telle société, personne n’est réellement en sécurité.

Il faut aussi avoir le courage de dire ceci : la justice populaire est l’échec collectif de l’État et de la société. Échec de la prévention, échec de la réponse sécuritaire, échec de l’éducation civique. Mais cet échec ne doit pas nous conduire à renoncer à la loi ; il doit au contraire nous pousser à l’exiger avec plus de force.

Être citoyen, ce n’est pas seulement dénoncer le crime, c’est aussi refuser de devenir soi-même criminel au nom de la colère. Livrer un suspect aux autorités, exiger une enquête rapide, interpeller les responsables locaux, organiser la vigilance communautaire sans violence : voilà des actes de courage civique.

La justice populaire peut soulager une frustration d’un instant. Mais elle laisse derrière elle des morts, des traumatismes et une société plus violente encore.

La vraie bataille n’est pas contre un présumé voleur, elle est pour une justice qui fonctionne, protège et respecte la dignité humaine.

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