Secteur des infrastructures et travaux publics : Gilbert Muhika conseille à John Banza d’éviter l’amalgame 

Depuis sa nomination en août dernier, le ministre des Infrastructures et travaux publics se livre à un show médiatique sur les chantiers trouvés et en exécution. Aucun initié par lui et en réalisation voilà plus de quatre mois.

Le plus show médiatique de John Banza, c’est lors des dernières inondations causées par les pluies diluviennes où l’on a vu le natif du Tanganyika se présenter dans certains quartiers sinistrés de Kinshasa en tenue d’ouvrier, bottes plastiques jaunes aux pieds, dégageant un air très pensif sur le visage. Photo et vidéo fortement exploitées par les médias pour démontrer que le remplaçant d’Alexis Gisero est un homme de terrain et travaille plus. Ce qui n’est pas l’avis de Gilbert Muhika, ancien directeur de cabinet aux ITP sous Willy Ngoopos, dans le gouvernement Ilunkamba.  

« Le problème récurrent d’inondations à Kinshasa ne relève pas d’un seul ministère. Il révèle plutôt un défaut d’organisation globale du secteur des infrastructures urbaines, où les rôles sont mal partagés, mal coordonnés et parfois politisés », fait-il observer.

Pour Gilbert Muhika, le ministère des Infrastructures et travaux publics devrait structurer le secteur au lieu d’apparaître comme « le seul maître à bord ».

Il fait cependant les propositions suivantes à John Banza :  

1. Passer d’un ministère exécutant à un ministère stratège et régulateur

Le Ministère des Infrastructures ne doit plus être perçu comme celui qui « fait tout », mais comme celui qui définit la politique nationale des infrastructures, fixe les normes techniques, planifie et priorise les projets, contrôle la qualité, coordonne les acteurs, évalue les performances.

Il doit se positionner comme « chef d’orchestre du secteur, et non seul musicien ».

2. Clarifier les responsabilités de chaque acteur public

Aujourd’hui, tout se mélange : routes, caniveaux, eaux usées, urbanisme, environnement… Résultat : personne n’est réellement responsable.

Une réforme simple consiste à attribuer clairement les rôles à des ministères et au gouvernement provincial de Kinshasa. Au ministère des Infrastructures devra s’occuper essentiellement des routes nationales, des ouvrages structurants, des grands collecteurs d’eaux et des normes techniques nationales.

Quant au ministère de l’Urbanisme & Habitat, il devra se focaliser sur la planification urbaine, les lotissements légaux, le respect des servitudes hydrauliques et surveiller les zones rouges (non constructibles).

S’agissant du ministère de l’Environnement, il devra s’atteler sur la protection des lits naturels des rivières, le reboisement urbain, la lutte contre l’ensablement et les sanctions environnementales.

La budgétisation réelle des ouvrages hydrauliques, le paiement régulier des entreprises et le contrôle de l’exécution sont les charges qui incombent au ministère des finances et celui du Budget.

L’État doit dire clairement « Qui fait quoi, qui finance quoi, qui répond de quoi ».

Enfin, le Gouvernorat de Kinshasa devra forcement prendre en charge le curage des caniveaux, l’entretien urbain quotidien, la gestion de proximité et la police des constructions.

3. Créer une Autorité Métropolitaine de Drainage et d’Assainissement (AMDA)

Kinshasa a besoin d’une institution spécialisée, pas de bricolage permanent. Cette Agence publique doit cartographier les zones inondables, piloter les réseaux d’évacuation, contractualiser les entreprises, entretenir les ouvrages, coordonner toutes les interventions et rendre compte chaque semestre comme le font l’ONASH à Abidjan, la SANEPAR au Brésil et la SOGEAU à Dakar.

4. Mettre en place un comité interinstitutionnel permanent sur les inondations

Au lieu de réactions après catastrophe, il faut une gouvernance anticipative. Ce comité regroupe les Infrastructures, l’Urbanisme, l’Environnement, l’Intérieur, l’Energie, la Ville de Kinshasa, la Protection civile, les Universités et la Société civile.

Il doit produire chaque année : une cartographie des risques, un programme de curage, un plan d’investissement et un rapport public.

5. Redonner sa place au secteur privé et aux universités

Le ministère des ITP ne doit pas tout exécuter. Au contraire, il faut déléguer certains ouvrages, contractualiser le curage, intégrer ingénieurs locaux et chercheurs, certifier des entreprises spécialisées en drainage et ouvrir les marchés à la concurrence réelle.

6. Imposer la transparence totale des projets

Chaque projet d’assainissement doit être géolocalisé, budgétisé, signé par un responsable, suivi publiquement, audité.

Sans transparence, l’argent disparaît, les travaux sont bâclés et les inondations reviennent.

Kinshasa est sous l’eau non pas par manque d’argent, mais par absence de gouvernance sectorielle intelligente.

« Le ministère des ITP doit devenir un régulateur fort, un planificateur technique, un coordinateur national, et non un acteur isolé prétendant tout résoudre seul », préconise Gilbert Muhika qui conclut que « sans structuration du secteur, les inondations continueront, quel que soit le budget ».

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