Tribune de Gilbert Muhika/Analyste des politiques publiques et citoyen engagé.
« La Poste comme levier d’unité nationale, d’inclusion financière et de souveraineté numérique »
La dynamique engagée par le ministre José Mpanda dans le secteur des Postes, télécommunications et nouvelles technologies de l’information et de la communication mérite d’être soutenue, approfondie et surtout inscrite dans une vision nationale de transformation durable.
Au-delà des actes visibles de redynamisation administrative, une question fondamentale se pose : « et si la renaissance de la Poste constituait l’un des piliers les plus crédibles pour lutter contre la fracture numérique et financière en République démocratique du Congo ? »
La Poste est pourtant, à mon avis, un outil d’État trop longtemps sous-estimé ; alors que, dans un pays aux dimensions continentales comme la République démocratique du Congo, la Poste n’est pas un service ordinaire. Historiquement, elle a été : – un relai de l’État dans les territoires les plus éloignés ; – un point de contact administratif et social ; – un symbole de présence républicaine.
La marginalisation progressive de la Poste n’a pas seulement affaibli une entreprise publique : elle a creusé des inégalités territoriales, laissé des millions de citoyens hors des circuits financiers modernes et aggravé la fracture numérique.
Relancer la Banque postale constitue une urgence sociale et économique. Il y a lieu de noter que la Banque postale n’est pas une nostalgie institutionnelle. C’est une solution pragmatique à un problème congolais.
Des millions de Congolais vivent loin des banques commerciales, mais la Poste, elle, a historiquement irrigué l’ensemble du territoire. La relancer sous une forme moderne permettrait :
– l’accès à des services financiers de base (épargne, paiements, transferts),
– la sécurisation des revenus des agents publics, des agriculteurs et des petits entrepreneurs,
– la mise en œuvre plus efficace des programmes sociaux de l’État,
– la mobilisation de l’épargne locale au profit du développement national.
La Banque postale peut redevenir la banque du citoyen ordinaire, là où les modèles classiques échouent.
Quant à la fracture numérique, elle est une menace silencieuse pour la cohésion nationale dès lors qu’elle ne relève pas seulement de la technologie. Elle est :
– territoriale (zones urbaines surconnectées, zones rurales oubliées),
– économique (coûts élevés, faible qualité de service),
– sociale (exclusion de l’éducation numérique, des services en ligne et de l’économie moderne).
Une nation ne peut se construire durablement avec deux vitesses numériques.
Il est mieux de faire de la Poste un pont numérique national. Il est important de souligner que la véritable révolution doit consister à repositionner la Poste au cœur de l’écosystème numérique : – comme point d’accès communautaire aux services numériques, – comme support logistique pour l’administration électronique, – comme relais des services éducatifs, sociaux et financiers digitaux, – comme partenaire stratégique des opérateurs télécoms là où le marché seul n’investit pas.
Ainsi pensée, la Poste devient un outil de souveraineté numérique et d’équité territoriale.
Il est nécessaire d’investir intelligemment pour connecter tout le pays. Soutenir l’action du ministre, c’est aussi appeler à une nouvelle philosophie d’investissement :
– encourager les opérateurs à couvrir les zones non rentables par des incitations ciblées,
– mutualiser certaines infrastructures,
– intégrer les réseaux postaux dans les stratégies nationales de connectivité,
– associer les provinces et les communautés locales à la gestion des services.
La connectivité n’est pas un luxe, c’est un service public stratégique, au même titre que l’eau ou l’électricité.
Les initiatives actuelles du ministère doivent être consolidées par :
– une vision claire de la Poste du XXIᵉ siècle,
– des réformes institutionnelles courageuses,
– un dialogue structuré avec le secteur privé,
– et une priorité assumée à l’inclusion numérique et financière.
Poste, Banque postale et télécommunications ne doivent plus être traitées séparément, mais comme un seul écosystème au service du citoyen.
D’où, à mon humble avis, il est indispensable de soutenir une réforme qui touche à l’essentiel surtout qu’en le faisant, ce n’est pas soutenir une personne. C’est soutenir une orientation stratégique juste.
Le défi actuellement consiste à réinventer la Poste pour :
– rapprocher l’État de ses citoyens,
– réduire les inégalités territoriales,
– renforcer la cohésion nationale,
– préparer la RDC à l’économie numérique de demain.
Si cette vision est pleinement assumée et portée au plus haut niveau, la Poste congolaise peut redevenir le fil invisible qui relie tous les Congolais, du centre de Kinshasa aux territoires les plus enclavés.


