Par Gilbert Muhika/Analyste indépendant
Les États-Unis viennent d’accorder un important prêt à l’Angola pour moderniser sa partie du corridor de Lobito, cette grande voie ferroviaire reliant le port atlantique de Lobito à l’intérieur de l’Afrique australe. L’objectif est clair : faciliter le transport des minerais stratégiques, réduire les coûts logistiques et renforcer les échanges commerciaux régionaux.
Mais une question cruciale se pose pour nous, Congolais : « et la RDC dans tout cela ? »
Le corridor de Lobito, c’est d’abord la RDC
Il faut le dire simplement que les richesses qui justifient le corridor de Lobito se trouvent majoritairement en RDC, notamment dans le Haut-Katanga et le Lualaba. Cuivre, cobalt et autres minerais stratégiques sont extraits sur notre sol.
Sans la RDC, le corridor n’a pas de sens économique. Sans infrastructures modernes côté congolais, le corridor restera une route performante… qui commence ailleurs et profite d’abord aux autres.
Pourquoi le financement concerne surtout l’Angola pour l’instant ?
Les partenaires internationaux financent des projets clairs, structurés et prêts à être exécutés. Et l’Angola a présenté des projets techniques bien définis, un cadre juridique stable, une vision claire de son tronçon ferroviaire. Résultat : les financements sont arrivés.
La RDC n’est pas exclue, mais elle doit faire le même travail de préparation. Et le vrai risque pour la RDC si rien n’est fait rapidement : – nos minerais continueront à quitter le pays sans transformation locale ; – nous resterons un simple pays de transit et d’extraction ; – les emplois, les services logistiques et la valeur ajoutée se créeront ailleurs. En clair, le train passera… sans s’arrêter durablement chez nous.
Que doit faire concrètement la RDC ?
1. Affirmer une volonté politique claire
La RDC doit dire officiellement : « le corridor de Lobito est une priorité nationale ».
Cela passe par son inscription explicite dans les plans nationaux d’infrastructures et par une position ferme de l’État auprès des partenaires internationaux.
2. Préparer des projets crédibles et finançables
Les bailleurs ne financent pas des discours, mais des projets.
La RDC doit lancer des études techniques sur ses lignes ferroviaires intérieures ; chiffrer les travaux nécessaires ; proposer des modèles clairs de partenariat public-privé.
3. Sécuriser le cadre juridique
Les investisseurs ont besoin de règles claires.
Il faut clarifier les concessions ferroviaires et logistiques ; harmoniser les règles douanières avec l’Angola et la Zambie ; garantir la sécurité des investissements.
4. Négocier l’extension des financements existants
Les États-Unis, l’Union européenne et les banques de développement sont déjà engagés dans le corridor.
La RDC doit demander formellement l’extension des financements à son territoire ; proposer des mécanismes de cofinancement ; parler d’une seule voix.
5. Créer de la valeur pour les Congolais
Un corridor ne doit pas seulement exporter des minerais bruts.
La RDC doit développer des zones industrielles le long du corridor ; encourager la transformation locale ; créer des emplois et des compétences nationales.
Un corridor pour le développement, pas pour la dépendance
Le corridor de Lobito peut devenir un outil d’industrialisation, un levier de souveraineté économique, un moteur de développement régional. Mais seulement si la RDC agit maintenant, avec méthode et ambition.
Enfin, il faut noter que le moment est décisif : L’investissement américain en Angola est une opportunité, pas une menace. Il montre que le monde est prêt à financer les infrastructures africaines lorsque les projets sont sérieux et structurés.
À la RDC de monter dans le train, non pas comme simple passager, mais comme acteur central de son propre développement.


