Face à l’aggravation continue de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu a dressé un constat sans détour : les accords diplomatiques en cours, notamment ceux de Washington et de Doha, n’ont pas permis de ramener la paix ni de protéger efficacement les populations civiles.
S’exprimant dimanche 14 décembre à l’issue de la 15ᵉ Assemblée plénière de l’Association des Conférences épiscopales de l’Afrique centrale (ACEAC), qui a réuni à Kinshasa les évêques de la RDC, du Burundi et du Rwanda, l’archevêque métropolitain de Kinshasa a insisté sur la nécessité d’un dialogue national inclusif comme seule voie crédible vers une paix durable.
À cet effet, le cardinal Ambongo a plaidé pour la mise en œuvre effective du Pacte social pour le bien-vivre ensemble, une initiative conjointe de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC).
Ce cadre vise à rassembler l’ensemble des forces vives de la nation, partis politiques, société civile, jeunes, femmes, communautés locales et confessions religieuses autour d’un dialogue franc et sans exclusive.
Dans son intervention, le prélat catholique a vivement critiqué les limites des accords internationaux, qu’il estime déconnectés des réalités du terrain.
« Comment comprendre qu’à moins d’une semaine de la ratification des accords de Washington, la ville d’Uvira tombe sous occupation ? », s’est-il interrogé, dénonçant des initiatives qui, selon lui, marginalisent les Congolais et tendent à normaliser le pillage systématique des ressources du pays.
Le cardinal Ambongo a également regretté que les appels répétés de la CENCO et de l’ECC, notamment après la prise de Bunagana, n’aient pas été suffisamment pris en compte.
« Combien de vies humaines auraient pu être épargnées ? », a-t-il lancé, déplorant « du temps perdu et des victimes que l’on pouvait éviter ».
Pour le prélat catholique, le Pacte social apparaît aujourd’hui comme « le chemin incontournable d’une paix désarmée et désarmante », fondée sur la vérité, la justice et le respect de la dignité humaine, loin des logiques de représailles, d’exclusion et de triomphalisme éphémère.
Cette prise de position intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu dans l’Est du pays.
La semaine dernière, les rebelles de l’AFC/M23 ont officialisé la prise de la ville d’Uvira, désormais chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, illustrant une fois de plus la fragilité des mécanismes diplomatiques en vigueur.


