Par Félix Ilunga
La province du Kasaï oriental traverse une zone de fortes turbulences politiques et institutionnelles. À la base, une série d’accusations de détournement de fonds et de mauvaise gestion qui ravivent les tensions déjà persistantes entre l’exécutif provincial et l’Organe délibérant.
Selon des sources internes à l’administration, le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa, de retour de Kinshasa où il répondait face à la justice après sa mise en accusation par l’Assemblée provinciale, aurait trouvé à son arrivée seulement 200 dollars dans la caisse provinciale. Une situation qui alimente les soupçons de mauvaise gouvernance au sein de l’exécutif.
Les mêmes sources indiquent qu’un prêt bancaire de 100.000 dollars aurait été contracté auprès d’une institution financière locale par le vice-gouverneur pendant son intérim, des fonds qui auraient servi, selon les allégations, à « sécuriser la loyauté » de certains députés provinciaux.
Cette affaire survient alors que le climat entre l’exécutif et le législatif s’est nettement détérioré. Un groupe de députés provinciaux a récemment déposé une motion de défiance contre le gouverneur, l’accusant d’une gestion opaque de 3 millions de dollars alloués à la province par le gouvernement central. En riposte, un autre député membre de l’UDPS, le parti présidentiel auquel appartient le gouverneur, a initié une motion de retrait de confiance contre quatre des cinq membres du bureau de l’Assemblée provinciale. Cette escalade de motions traduit la profondeur de la fracture politique et la lutte d’influence qui secoue les institutions provinciales.
Face à la gravité de la situation, les principaux protagonistes; le gouverneur, son adjoint et les membres du bureau de l’Assemblée provinciale, ont été convoqués à Kinshasa par le vice-ministre de l’Intérieur. Ils doivent participer, du 5 au 6 novembre, à une réunion axée sur la stabilisation des institutions provinciales. Cette initiative du pouvoir central témoigne de la volonté d’éviter une paralysie institutionnelle susceptible d’affecter la gouvernance locale et la mise en œuvre des programmes de développement.
Au-delà des querelles politiques, cette crise met en lumière les défis structurels de la gouvernance provinciale : manque de transparence dans la gestion des fonds publics, rivalités partisanes exacerbées et absence de mécanismes de contrôle efficaces. Le dénouement de cette affaire pourrait donc constituer un test crucial pour la crédibilité des institutions provinciales du Kasaï Oriental, mais aussi pour la politique nationale de décentralisation que le gouvernement central entend consolider.


