Lundi 20 octobre 2025, le téléphone du DG de Scoop RDC sonne à 15:57’. Il décroche et c’est une voix féminine au bout du fil.
- C’est Scoop RDC ?
- Oui c’est Scoop RDC, madame.
- Je suis Natacha, nous avons un droit de réponse que nous voulons vous envoyer, pouvez-vous m’envoyer votre adresse mail pour que je vous l’envoie ?
- Volontiers, madame.
L’adresse mail personnelle du DG de Scoop RDC lui est communiquée à 16h00’. Et 19 minutes plus tard un mail tombe dans la boite du DG Innocent Olenga, ainsi libellé :
Cher ScoopRDC,
Global Witness est une organisation non-gouvernementale britannique qui mène des enquêtes et des campagnes en faveur de la justice climatique et de la protection des libertés civiques.
Global Witness s’apprête à publier un rapport sur une campagne de désinformation menée par un réseau de comptes automatisés de type « bot » sur X, ainsi que dans les médias congolais. L’opération semble coordonnée et viserait à redorer l’image de Dan Gertler, tout en réclamant la levée des sanctions imposées par les Etats-Unis en 2017 pour son implication présumée dans une affaire de corruption grave dans le secteur minier en République Démocratique du Congo (RDC).
Dans le cadre de ce rapport, Global Witness a l’intention de signaler qu’un article publié sur votre site web à l’adresse <https://scooprdc.net/2025/07/14/rdc-longtemps-et-beaucoup-diabolise-enfin-dan-gertler-angelise/ >, sous le titre « RDC : Longtemps et beaucoup diabolisé, enfin Dan Gertler angélisé !’ », ne constitue pas un travail journalistique indépendant, et s’inscrit au contraire dans le cadre de cette campagne.
Global Witness estime qu’il existe un intérêt public majeur à rendre compte de cette campagne, car elle vise à blanchir les activités de Dan Gertler en RDC et à discréditer le travail d’organisations de la société civile comme Congo N’est Pas A Vendre (CNPAV), qui cherchent à le tenir responsable de ses actes.
Le rapport entend rendre compte des éléments suivants :
- Une décision arbitrale israélienne a été rendue en avril 2024 dans le cadre d’une action civile intentée par les frères Moises et Mendi Gertner contre M. Gertler. Dans son témoignage au cours de cette procédure, M. Gertler a évoqué sa relation avec Augustin Katumba (un proche collaborateur de Joseph Kabila, ancien président de la RDC), et notamment des paiements qu’il aurait effectués à ce dernier.
- Le 14 juillet 2025, Bloomberg a mentionné la décision arbitrale israélienne et le témoignage de M. Gertler dans un article intitulé « Gertler, a ‘King’ in Congo, Describes Mine Payments in Arbitration Testimony ». L’article contenait la déclaration suivante : « L’arbitre dans ce litige civil de 14 ans tenu en Israël a précisé dans sa décision que l’affaire n’avait pas pour but d’établir la légalité des transactions, et qu’aucune preuve convaincante ne lui avait été présentée [ni par Gertler, ni par les frères Gertner] concernant des pots-de-vin ou des paiements injustes ou inappropriés. ».
- Dès la publication de l’article de Bloomberg, une dizaine de médias congolais ont relayé, pendant deux jours, des informations trompeuses laissant entendre que la décision arbitrale israélienne avait blanchit Dan Gertler de toute accusation de corruption. Ces articles affirmaient que l’arbitrage avait conclu que Gertler n’avait versé aucun pot-de-vin à des responsables locaux, que les accusations de corruption à son encontre étaient infondées, et qu’il avait été « catégoriquement établi » que Katumba n’avait pas occupé de poste officiel au nom de l’État entre 2006 et 2008. Une lecture largement déformée, aussi bien de la décision arbitrale que du reportage de Bloomberg.
- En réalité :
- La décision arbitrale ne se prononçait pas sur la légalité des transactions, tout en soulignant qu’aucune preuve de pots-de-vin ou de paiements illégaux n’avait été apportée.
- D’après plusieurs médias, Katumba a bien occupé des fonctions officielles en RDC entre 2006 et 2008 : il a élu député en 2006, puis est devenu secrétaire exécutif du parti au pouvoir en 2007. Dans un livre posthume, Katumba raconte avoir négocié, entre 2007 et 2008, « l’affaire du siècle » entre la Sicomines et la RDC.
- Quelques jours après la publication des articles trompeurs congolais, un groupe de comptes automatisés de type « bot » sur la plateforme X a commencé à relayer de manière répétée la même désinformation que celle diffusée par les médias congolais en juillet, tout en appelant à la levée des sanctions américaines imposées à M. Gertler. Le 16 juillet par exemple, quarante comptes X distincts, tous créés en février 2025, ont répondu de façon quasi identique à un message publié par un certain Carbone Beni, fervent défenseur de la levée des sanctions américaines contre Gertler Ces mêmes comptes ont également réagi à un post de Jimmy Kande, directeur de la Plateforme pour la Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), s’attaquant à son intégrité tout en soutenant M. Gertler. Tout au long du mois de juillet 2025, ces comptes ont mené des attaques répétées contre CNPAV. Aucun de ces comptes ne présente de propriétaire identifiable et tous ont publié leurs contenus aux mêmes dates.
- La nature coordonnée et trompeuse de cette couverture médiatique, tant dans les médias congolais que sur la plateforme X, laisse penser qu’il ne s’agissait ni de journalisme indépendant, ni d’utilisateurs authentiques de X. On peut au contraire supposer que ces publications ont été diffusées au bénéfice de M. Gertler en réaction à l’article de Bloomberg.
- Plus précisément, il apparaît que M. Kasongo et Divo coordonnent la communication et la stratégie médiatique de M. Gertler. M. Kasongo a lui-même bénéficié d’une couverture médiatique favorable dans les mêmes médias congolais. Certains comptes X très suivis, ayant relayé la désinformation et publié des messages attaquant CNPAV, présentent des liens avec M. Kasongo et le groupe Divo ; ces comptes ont notamment promu les contenus et événements de ce dernier, défendu le groupe face à des accusations d’irrégularités financières, et même, à une occasion, souhaité publiquement un joyeux anniversaire à M. Kasongo. Le rapport indiquera qu’il existe des éléments justifiant d’enquêter pour déterminer si M. Kasongo ou Divo a joué un rôle dans la coordination de la campagne de désinformation décrite plus haut et menée au bénéfice de M. Gertler — ou s’ils avaient connaissance d’une telle campagne.
Nous vous invitons à réagir aux éléments exposés ci-dessus d’ici le 27 octobre. Nous souhaiterions tout particulièrement obtenir des éclaircissements sur les points suivants :
- Comment avez-vous obtenu l’information rapportée dans l’article mentionné ci-dessus ?
- Quelles procédures ont été suivies pour vérifier de manière indépendante les informations rapportées ?
- Avez-vous des relations ou des accords avec Deo Kasongo ou le groupe Divo ?
Merci d’adresser votre réponse à Natasha Ion nion@globalwitness.org et Clare Hammond chammond@globalwitness.org.
Si vous n’êtes pas en mesure de répondre dans ce délai, merci de nous en informer. À défaut de réponse de votre part d’ici cette date, nous considérerons que vous ne souhaitez pas faire de commentaire.
Cordialement,
| Natasha Ion Tel: +44 7562954869 Email: nion@globalwitness.org |
La réponse réactive du DG de Scoop RDC :
Madame Natasha Ion,
J’ai lu avec beaucoup d’attention ton courriel que tu m’as adressé. Mais je suis curieusement étonné de t’entendre parler du droit de réponse. Est-ce que notre média Scoop RDC a cité Global Witness dans son article ? A ce que je sache : NON. Pas même CNPAV dont tu te fais ou vous vous faites (ensemble avec Global Witness) avocat. Donc, ton prétendu droit de réponse n’en est pas un.
Aussi, voulais-je savoir : de quel droit te mets-tu à me poser des questions sur un ton paternaliste m’obligeant des réponses dans une échéance par toi fixée ? Rêves-tu encore du néo-colonialisme ? Un média indépendant comme le nôtre, tu te permets de nous questionner et nous donner un délai pour te répondre. Vous croyez-vous (toi et Global Witness) avoir tous les droits et même plus de droits que tout le monde ?
Dans ton e-mail, tu affirmes des choses sans preuves, des accusations à peine voilées. Au nom de quoi ? Qui es-tu pour distribuer la carte du bien et du mal, surtout si, vos (toi et Global Witness) intérêts et vos poulains CNPAV sont attrapés en plein mensonge ?
Ne t’hasarde plus à nous écrire ce genre de mails. A combien de médias européens as-tu adressé des pareils courriels paternalistes presque policiers ?
Que Global Witness et toi-même se jouent de CNPAV que vous financez pour justifier les fonds que vous recevez des concurrents et détracteurs de Dan Gertler pour le diaboliser, pas nous. O.k. ?


