UDPS : Quand la gestion interne freine l’élan du chef de l’État

Par Maurice Mukendi/Économiste financier et stratège

Parti historique, parti de masse, parti au pouvoir : l’UDPS porte en lui un capital politique inestimable. Malheureusement, sa gestion actuelle peine à transformer ce potentiel en véritable force des propositions. Entre inertie, absence de réflexion stratégique et manque d’anticipation, le parti donne l’impression de tourner en rond alors qu’il devrait être le laboratoire d’idées et le bras intellectuel du chef de l’État.

Des limites qui coûtent cher

Le problème de l’UDPS aujourd’hui n’est pas celui de la légitimité ni de la loyauté. Sur ces deux terrains, le parti a fait ses preuves. Le problème réside dans la gestion elle-même : trop souvent réduite à l’animation politique et à l’organisation de manifestations symboliques, sans véritable vision structurée.

Un parti au pouvoir ne peut pas se contenter d’applaudir les décisions présidentielles. Il doit préparer, anticiper et nourrir ces décisions par des analyses, des propositions et des projets. C’est en cela qu’il devient une force d’appoint et de consolidation du leadership national. En négligeant ce rôle, la gestion actuelle prive le chef de l’État d’un appui politique et intellectuel de premier plan.

L’État de droit : un credo sans incarnation

Le paradoxe est frappant. L’UDPS a toujours fait de l’État de droit son credo fondateur. Curieusement, face aux faiblesses criantes du système judiciaire, reconnues publiquement par le président de la République lui-même, le parti reste étrangement silencieux.

On attendrait d’un tel parti qu’il organise des forums, produise des réflexions, publie des tribunes et exerce une pression constructive pour accompagner le chantier de la réforme judiciaire. Mais au lieu de cela, on observe un vide. Le parti reste figé, comme paralysé, alors même que l’un de ses principaux slogans est remis en question par la réalité nationale.

Des atouts immenses, mais sous-exploités

Il serait pourtant injuste de dire que l’UDPS n’a pas les moyens de jouer ce rôle. Bien au contraire. Sa légitimité historique, son implantation nationale, ses réseaux de militants et sympathisants lui confèrent une force sociale et politique considérable.

Un tel parti pourrait aisément mobiliser ses cadres, ses intellectuels, ses experts et ses sympathisants pour alimenter la réflexion nationale et proposer des solutions dans tous les secteurs : économie, justice, gouvernance, sécurité, environnement. Mais faute d’une volonté claire de la direction, ces richesses restent en jachère. Le parti s’appuie sur ses atouts pour survivre, mais pas pour innover.

La nécessité d’un virage stratégique

La direction du parti devrait comprendre que la gestion politique moderne exige de l’ouverture et de la méthode. Un leader ne gouverne jamais seul : il s’entoure, il consulte, il se nourrit des contributions diverses.

C’est pourquoi l’UDPS gagnerait à structurer un réseau de réflexion et de stratégie comprenant :

– des stratèges internes capables de produire des analyses et propositions concrètes ;

– des sympathisants (intellectuels, jeunes cadres, experts) qui n’attendent qu’une reconnaissance pour contribuer ;

– des cabinets spécialisés, mobilisés lorsque les ressources internes montrent leurs limites, afin d’apporter des expertises pointues dans des domaines complexes.

Refuser cette ouverture, c’est s’enfermer dans une gestion centralisée et limitée, qui condamne le parti à l’improvisation.

Une responsabilité historique

Il ne faut pas l’oublier : l’UDPS n’est pas un parti comme les autres. Elle incarne un combat, une histoire, un héritage. Sa responsabilité est donc plus grande. Si elle se contente de gérer l’immédiat, elle trahira non seulement son rôle historique, mais aussi l’attente immense de ceux qui, depuis des décennies, ont cru en son message.

L’histoire jugera sévèrement un parti au pouvoir qui aura manqué l’occasion de transformer son poids en réformes concrètes et en idées structurantes. Mais il n’est pas trop tard.

Conclusion : ouvrir le jeu ou stagner

L’UDPS est à la croisée des chemins. Soit elle continue dans la voie de l’improvisation, de l’animation et de la gestion fermée, et alors elle s’exposera à l’usure, au désenchantement et à la perte de son rôle moteur. Soit elle choisit d’ouvrir le jeu : mobiliser ses talents internes, donner la parole à ses sympathisants, recourir à des cabinets spécialisés, et redevenir le parti visionnaire qu’il prétend être. Le destin de l’UDPS – et en partie celui du pays – dépend de ce choix.

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