Assemblée nationale ou Tour de Babel ? Les élus soucieux du peuple appelés à redorer l’image de cette institution

Par James Mpunga Yende / CP

« Je viens du front… Le peuple qui nous regarde, pense que nous sommes des inconscients ». » Cette vérité crachée par le député national Justin Bitakwira a soulevé des vagues dans l’hémicycle du Palais du Peuple. Il s’y tenait, ce mercredi 17 septembre 2025, la séance plénière  consacrée à la mise en place de la Commission spéciale devant statuer sur les pétitions visant 5 membres du Bureau de l’Assemblée nationale. 

Cette plénière un peu tendue était présidée par le 1er Vice-président Jean-Claude Tshilumbayi, assisté du 2ème vice-président Christophe Mboso, tous deux ayant échappé au courroux des pétitionnaires. Le professeur Tshilumbayi est décidé à appliquer le Règlement intérieur à la lettre, en toute impartialité. 

48 heures auparavant, le lundi 15 septembre, dans l’agitation la plus totale, un groupe des députés nationaux avec à sa tête Crispin Mbindule et Caroline Bemba avait déposé ces pétitions au même moment où le Speaker Vital Kamerhe avait décrété le huis clos dans l’hémicycle. 

Cette journée était consacrée à la rentrée parlementaire pour une session budgétaire. A cet effet, la Première Ministre Judith Suminwa et quatre membres  de son gouvernement avaient déposé le projet de loi des finances 2026. En fin d’après-midi, les pétitionnaires ont envahi le bureau du Chef de Cabinet du Premier Vice-président Jean-Claude Tshilumbayi, se faisant accompagner d’un huissier de justice. 

Membres du Bureau visés : Vital Kamerhe (262 signatures), le président de l’Assemblée nationale, le rapporteur Jacques Djoli, la questeure Chimène Poli Poli, le rapporteur adjoint Dominique Munongo et la questeure adjointe Grâce Neema. 

Règlement des comptes politiques ? 

Coup de théâtre avant la tenue de cette séance plénière convoquée par Tshilumbayi ! Dans les réseaux sociaux et plusieurs médias en ligne, la population était stupéfait en découvrant cette alerte lancée par quelques pétionnaires : « Ils veulent sacrifier le Professeur Isaac Jean-Claude Tshilumbayi, la fierté de l’UDPS pour étancher leur soif politique. .. Les Honorables Christophe Mboso et Augustin Kabuya ont misé une enveloppe de 1.500.000$ pour sacrifier la tête du premier vice-président de l’Assemblée nationale, à quitter son poste…  » 

Dans un post du journaliste Siméon Isako, un député 2ATDC proche de Tshilumbayi, visiblement déterminé, a lâché cette mise en garde : « Notre pétition contre Christophe Mboso est déjà ficelée. A la seconde où les partisans de Mboso tenteront de dégainer contre Tshilumbayi, nous déposerons la nôtre sans attendre. Tout est prêt. Nous sommes dans la salle, la plénière a débuté mais on observe leur mouvement. « 

Tshilumbayi et Mboso étaient côte-à-côte mais, en réalité, se regardaient  en chiens de faience. Dans la foulée, une audio attribuée au député national André Mushongo a divisé davantage les pétitionnaires. Ce politicien regrette que l’objet de leur pétition ait été détourné à cause des intérêts mesquins et partisans, des calculs politiques. 

Selon cet élu, Mboso ne reviendra plus au Perchoir. Si les intrigues et plans machiavéliques continuent, mieux vaut garder le Bureau Kamerhe dans sa configuration actuelle. Décidément, le Palais du Peuple se transforme en Tour de Babel, ou encore en un marché noir. 

Par ailleurs, d’autres analystes sont convaincus que le Speaker Vital Kamerhe est en train de faire les frais de la course au dauphinat : 2028 profile à l’horizon. Jean-Pierre Bemba et son allié Guy Loando s’emploieraient à disqualifier ou écarter de la course celui qu’on appelle affectueusement « le Pacificateur »,  » Mwalimu « . L’engagement très remarquable de la soeur du leader du MLC lors du dépôt de la pétition corrobore cette opinion, autrement dit, cette bataille autour de la succession de Félix Tshisekedi. Le ministre des Relations avec le Parlement et Autorité de référence du parti AREP, quant à lui, s’en défend. Sa cellule de communication multiplie des démentis à ce propos. 

De leur côté, des élus de la partie Est du pays en proie à la guerre semblent regretté d’avoir sacrifié un digne fils du Grand Kivu, grand anomal politique, pour dérouler le tapis rouge à Mboso. Eux qui, pourtant, représentent quasiment la moitié de cette Chambre basse du Parlement, sont persuadés d’avoir été roulés dans la farine. D’où la sonnette d’alarme tirée par le député national André Mushongo, l’un des pétitionnaires swahilophones. 

Et le peuple dans tout ça ? Résigné, il est simple spectateur de ce spectacle désolant produit par des gens gracieusement payés, les « enfants gâtés de la République. » « Que demande le peuple!?  » a chanté l’artiste Félix Wazekwa. Les Congolais attendent, avec impatience, des belles routes, l’eau potable, l’électricité permanente, des hôpitaux modernes et bien équipés, des écoles dignes de ce nom, et non pas des jeeps des députés, ni l’augmentation de leurs émoluments. Le peuple congolais veut la paix, la sécurité, la fin de la guerre à l’Est. C’était, pourtant, la feuille de route établie par le Président de la République lors de la dernière réunion interinstitutionnellle.

Qu’en serait-il quand les enseignants, les médecins, les magistrats et autres se mettront à revendiquer leurs avantages sociaux ? 

Seuls devant leurs consciences

C’est le regretté Maréchal Mobutu Sese Seko qui employa la tournure « Seul devant ma conscience » un certain 24 avril 1990 à la pagode de la N’Sele. Le jour de la présentation du rapport de la Commission spéciale en plénière, un débat sera engagé avant de connaître le sort de chacun et chacune des membres du Bureau après le vote à bulletin secret. 

L’opinion est convaincue que si, ce jour-là, le Procureur Général près la Cour de Cassation place son fauteuil devant l’hémicycle, cela va dissuader les potentiels corrupteurs. Les billets verts peuvent servir au développement du pays. Ainsi, le  » marché noir » prendra fin pour donner place à une Assemblée nationale véritablement au service du peuple et digne de ce nom. Les pétitions seront systématiquement rejetées par l’Assemblée plénière. Histoire de redorer l’image de cette institution s’étant transformée en « Bal des chauves ». Ce feuilleton parlementaire a considérablement terni l’image du pays de Lumumba même si, cyniquement, certains parlent d’une  » vitalité démocratique ». L’agresseur rwandais se frotte les mains lorsque les institutions sont déstabilisées au Congo. 

Rien n’est gagné d’avance, prévient l’acteur et analyste politique Mike Mukebayi : « Le nombre de signatures ne garantit rien. Ceux qui ont apposé leur nom par Loyauté de façade peuvent très bien voter autrement dans l’isoloir. La solidarité swahilophone qui avait permis à Vital Kamerhe d’acceder au Perchoir pourait encore jouer en sa faveur, …  » Combatifs, Kamerhe, Djoli, Poli Poli, Munongo et Neema sont déterminés d’aller jusqu’au bout pour confondre leurs détracteurs. 

Le garant du bon fonctionnement des institutions et Autorité de référence de la majorité parlementaire, le Président Félix Tshisekedi, est appelé à vite intervenir pour mettre fin à ce spectacle désolant, à cette politique de  » Ôte-toi de là que je m’y mette « , avant son départ pour New-York où il va prononcer son discours devant les grands de ce monde. 

Les élus soucieux du bien-être de la population, ne prêtez donc pas le flanc au ridicule, et surtout pas aux ennemis de la République. Beaucoup semblent oublié que l’Assemblée nationale du Rwanda avait pondu, tout récemment, un communiqué contre le Speaker Vital Kamerhe. Les Congolais oublient vite. 

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