Réaction Ntumba Wa Mukendi Nshimba, le Citoyen, natif de la commune de Lingwala à Kinshasa
La presse congolaise, notamment Scoop RDC, vient de relayer un acte de générosité posé par Monsieur Eddy Iyeli, actuel vice-gouverneur de la ville de Kinshasa, dans sa province natale de l’Équateur. En séjour à Mbandaka, il a offert 25 véhicules et 2 corbillards, en expliquant ce geste par son attachement à son terroir d’origine.
A première vue, il s’agit d’un acte noble. Tout responsable public est aussi un fils d’une communauté et il est naturel de conserver un lien affectif avec ses racines. Mais derrière ce geste, une contradiction majeure se dégage, Eddy Iyeli n’est pas vice-gouverneur de Mbandaka, mais bien vice-gouverneur de Kinshasa. Son premier devoir politique, moral et institutionnel est donc d’œuvrer pour la capitale et de répondre aux besoins criants de ses habitants.
Kinshasa est aujourd’hui une métropole de plus de 15 millions d’habitants confrontée à des problèmes immenses : une crise aiguë de transport urbain, où les Kinois s’entassent chaque jour dans des bus délabrés ou se contentent de motos-taxis improvisées ; Une absence criante de corbillards dignes, obligeant parfois les familles à recourir à des moyens de fortune pour accompagner leurs défunts ; Une insalubrité généralisée, une voirie en ruine et une gouvernance locale en perte de repères.
Dans ce contexte, il est politiquement paradoxal de voir un vice-gouverneur de Kinshasa poser un acte aussi fort ailleurs qu’à Kinshasa. Certes, Mbandaka bénéficie de ce geste, mais Kinshasa, sa juridiction actuelle, reste abandonnée à ses difficultés quotidiennes.
Ce paradoxe relance un débat de fond, les postes de gouverneur et de vice-gouverneur de Kinshasa doivent-ils être attribués seulement à des natifs ou des ressortissants de Kinshasa ? Car au-delà de la compétence technique, il existe une dimension identitaire et affective dans la gestion d’une ville. Un natif de Kinshasa ou un ressortissant enraciné y ressent plus directement la douleur des Kinois et s’engage à y répondre prioritairement.
En choisissant de privilégier son terroir d’origine, Monsieur Iyeli envoie un signal trouble celui d’un dirigeant qui ne s’identifie pas pleinement à la ville qu’il administre. Or, la logique de mandat impose le contraire, servir d’abord et avant tout la population qui vous a confié autorité.
En définitive, si le don d’Eddy Iyeli a fait jubiler Mbandaka, il laisse Kinshasa dans l’amertume. Les Kinois ont besoin de solutions concrètes à Limete, Masina, Selembao, Kimbanseke ou Ngaliema, pas de gestes spectaculaires ailleurs. Être vice-gouverneur de Kinshasa, ce n’est pas porter un titre honorifique, mais une mission claire, servir Kinshasa avant toute autre considération.


