En pleine tourmente sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a livré, ce mercredi 23 juillet 2025, une allocution forte et stratégique à l’Université de Kinshasa (UNIKIN). Face à un auditoire composé de professeurs, chercheurs et étudiants, le ministre a défendu une vision de la paix ancrée dans l’éveil patriotique et la reconquête du récit national.
Une crise prolongée et une guerre hybride imposée
Dès les premières minutes, le ton est donné : la crise sécuritaire qui déchire l’Est du pays n’est ni spontanée ni isolée. Pour Muyaya, son origine remonte à l’afflux massif de réfugiés rwandais en 1994, point de bascule vers une instabilité chronique. Il accuse ouvertement le régime de Kigali de mener une guerre d’agression à visée économique, principalement pour l’exploitation illégale des ressources congolaises. « L’économie rwandaise repose sur le sang versé en RDC. L’or volé représente plus de 40 % du budget du Rwanda », a-t-il lancé, se référant à un rapport conjoint avec le ministère des Mines.
Mais au-delà des confrontations armées, la guerre prend une forme hybride, où la manipulation de l’information, les récits biaisés et les campagnes de désinformation deviennent des armes tout aussi puissantes que les kalachnikovs.
Le récit comme instrument de souveraineté
Dans cette guerre de l’ombre, Patrick Muyaya propose un front inédit : celui du récit congolais souverain. Selon lui, il ne suffit plus de signer des accords ; il faut reconstruire un imaginaire collectif basé sur la vérité congolaise.
C’est pourquoi son discours à l’UNIKIN visait autant à instruire qu’à mobiliser. Il appelle la jeunesse, fer de lance de cette bataille narrative, à devenir les gardiens de la mémoire nationale, à déconstruire les récits importés et à défendre l’honneur congolais sur tous les fronts – universitaires, médiatiques et diplomatiques. « Dans une guerre hybride, la parole est une arme. Celui qui contrôle le récit influence les décisions, les perceptions, et même l’histoire », a-t-il martelé.
Doha – Washington : diplomatie active et responsabilités partagées
Le ministre a également détaillé l’architecture diplomatique en cours, notamment les processus engagés à Doha et Washington. À Doha, la rencontre entre les présidents Tshisekedi et Kagame aurait, selon lui, amorcé une reconnaissance implicite du rôle du Rwanda dans la crise. À Washington, les négociations ont produit des documents structurants : La Déclaration de Doha (18 mars) ; Le Communiqué avec le M23 (23 avril) ; La Déclaration de Washington (25 avril) ; L’Accord bilatéral du 27 juin ; Et la Déclaration de principes du 19 juillet, en prélude à un accord de paix formel attendu d’ici le 20 août.
Muyaya insiste toutefois : il ne s’agit pas encore d’un traité de paix, mais d’un cadre stratégique, intégrant des questions de traçabilité des ressources, de transparence régionale et de restauration de la souveraineté congolaise.
Contre la confusion : éveil et rigueur citoyenne
Face aux manipulations et lectures tronquées, Muyaya appelle les Congolais à une appropriation rigoureuse des textes signés. Il invite les citoyens, notamment les intellectuels, à se plonger dans les documents officiels pour comprendre la logique des processus en cours et en devenir les relais lucides. « L’intégration économique ne pourra se faire sans la paix. La géographie des États ne change pas. Il nous faut des solutions durables et acceptées ».
Dialogue national, mais sans compromission
Sur le plan intérieur, le ministre n’exclut pas l’ouverture d’un dialogue national, à condition qu’il repose sur des principes non négociables : respect de l’intégrité territoriale, condamnation des agressions extérieures, et exigence de justice.
Sans le nommer explicitement, il a dénoncé les complices internes des forces hostiles, accusant certains Congolais d’agir comme relais des intérêts étrangers. « Même s’il n’est pas écrit, le besoin de justice est dans l’esprit de chaque accord. La volonté populaire exprimée en 2023 doit être respectée », a-t-il déclaré, soulignant le lien entre souveraineté politique et paix durable.
Diplomatie intérieure et reconstruction narrative
A travers cette offensive narrative, Patrick Muyaya incarne une nouvelle génération de responsables, qui conçoit la communication comme un outil stratégique de cohésion, d’influence et de sécurité. Il mise sur une diplomatie intérieure fondée sur la parole, la conscience collective et l’éveil citoyen. « La jeunesse est notre meilleure arme, à condition qu’elle soit instruite, consciente et mobilisée ».
Une paix durable passe par la reconquête du récit
Depuis le cœur académique du pays, le ministre n’a pas simplement livré un exposé technique : il a lancé un appel à la clarté, à l’unité et à la responsabilité. Pour lui, la RDC n’est pas seulement une victime : c’est une puissance de solution appelée à transformer sa souffrance en levier de stabilité régionale.
Dans un monde où les récits façonnent la réalité, Muyaya trace une voie nouvelle : réarmer les esprits, réhabiliter la parole nationale, et pacifier le territoire par la souveraineté discursive.


