Prêtre congolais de l’église catholique romaine du diocèse de Mweka dans la province du Kasaï, présentement doctorant en Droit pénal canonique à l’université de Fribourg en Suisse, Sylvain Tembwe Miana s’est invité au débat sur le maintien ou pas des filles qui tombent enceintes à l’école.
Cet ancien curé de Paray-Vieille-Poste, d’Athis-Mons et Juvisy-sur-Orge en France réagit par rapport à la position prise sur cette question par la hiérarchie de son église en RDC. En effet, en réaction à la note circulaire du 14 juillet dernier du secrétaire général a.i à l’Education nationale et nouvelle citoyenneté, Alexis Yoka, instruisant toutes les écoles de ne plus exclure les filles qui tombent enceintes pendant le système éducatif et ceci par respect des engagements nationaux et internationaux en faveur de l’éducation inclusive et de l’égalité de Genre, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) s’est, par l’entremise de son secrétaire de la Commission épiscopale pour l’éducation chrétienne, Abbé Emmanuel Bashiki, opposée à la note circulaire du SG Alexis Yoka
« …si un cas de grossesse arrive à une élève, veuillez charitablement l’orienter vers les écoles des gestionnaires auxquels monsieur le secrétaire général s’adresse et auxquels je souhaite une prestation idoine, espérant de voir ne pas advenir des cas de grossesse des filles à l’école, afin de garantir un maintien éthique dans le système éducatif », peut-on lire dans cette lettre de l’abbé Emmanuel Bashiki adressée aux coordinateurs provinciaux, diocésains et conseillers résidents des écoles conventionnées catholiques.
« Je ne suis pas d’accord avec cette prise de position. Encore une fois de plus l’église catholique en RDC est passée à côté de la plaque comme pour les questions politiques de l’heure ! Je ne partage pas du tout l’avis de ma hiérarchie. Par contre je préconise et soutiens des réformes profondes sur le système éducatif ! Notamment sur l’enseignement ou l’éducation sexuelle, civique et morale dans les écoles catholiques en R.D.Congo. J’ai l’impression qu’on s’attaque aux effets alors qu’il faut identifier les causes, les prévenir ! », déclare Sylvain Tembwe Miana depuis Fribourg en Suisse.
Pour lui, une fille qui tombe enceinte dans une école catholique, ce qu’il y a aussi et surtout faille de la part de ceux à qui les milliers des parents ont confié l’éducation des enfants. « Nous connaissons des cas d’abus sexuels sur des élèves même par certains prêtres. Et donc, le mal est profond il ne faut pas l’aborder de manière assez superficielle », préconise le prêtre du diocèse de Mweka.
Et de faire remarquer : « L’église fait tout le temps des reproches aux autres soi-disant que c’est son rôle prophétique, mais ceux qui prennent la parole au nom de l’église ou des autres doivent savoir qu’ils doivent prêcher par le bon exemple ! Si c’est le cas poussons la logique jusqu’au bout. Il n’y a pas longtemps, l’église catholique s’est opposée aux autorités politiques congolaises sur la gratuité de l’enseignement de base ! Alors que c’est une décision salvifique pour des milliers d’enfants de retrouver le chemin de l’école. Nous avons finalement découvert que c’était un manque à gagner pour l’église catholique à qui les parents préfèrent donner leurs enfants pour la bonne éducation ! Et maintenant la vraie question consisterait à se demander pourquoi, comment et pourquoi une fille peut-elle tomber enceinte alors qu’elle est inscrite dans une école catholique ? On dit : une fille qui tombe enceinte doit être renvoyée de l’école ? Et le garçon qui est à l’école et rend une fille enceinte, on en fait quoi ? La prévention est ce que nous préconisons, mais au cas où cela arrive, nous préconisons l’accompagnement par des cellules spécialisées et psychologiques pour la réintégration que de se contenter du renvoie ! ».
Rappelons que sur ce sujet de l’exclusion scolaire des élèves enceintes, le gouvernement congolais, par la bouche de son porte-parole Patrick Muyaya, a recadré l’église catholique : « Faut-il priver une élève enceinte de son droit à l’éducation, au risque d’aggraver sa marginalisation et de compromettre son avenir ? On ne peut pas exclure ou punir doublement une jeune fille parce qu’elle est grosse. Ce n’est pas de l’encouragement, mais ce sont ses droits que l’on fait respecter ».
A travers ses mots, Patrick Muyaya a posé une question de fond : la grossesse précoce doit-elle être une cause d’exclusion ou un appel à plus de responsabilité collective ?
Un débat sensible mais nécessaire
Dans plusieurs régions de la RDC, les cas de grossesses en milieu scolaire sont en hausse, notamment dans les zones rurales et périurbaines, où les conditions sociales fragiles et le manque d’information exposent davantage les adolescentes. Trop souvent, ces jeunes filles subissent une double peine : tomber enceinte puis être exclues du système éducatif, les éloignant définitivement de toute perspective d’avenir.
Patrick Muyaya rejette cette logique punitive. Pour lui, il ne s’agit pas de cautionner les grossesses précoces, mais de reconnaître et protéger les droits fondamentaux de l’élève, quelle que soit sa situation. En clair, la grossesse ne doit pas devenir une sentence d’exclusion.
L’école comme espace de réinsertion, non d’exclusion
Les propos du ministre rejoignent les principes fondamentaux de la Convention relative aux droits de l’enfant et ceux de l’UNESCO, qui promeuvent le droit à une éducation inclusive pour tous. Exclure une élève enceinte, c’est non seulement la marginaliser davantage, mais aussi compromettre ses chances de briser le cycle de pauvreté et de vulnérabilité.
Le ministre appelle donc à un changement de regard et de politiques. Pour lui, l’école doit demeurer un lieu de protection, de résilience et de seconde chance, et non un instrument de stigmatisation.
Un cadre légal à renforcer
En RDC, aucune loi n’interdit officiellement aux filles enceintes de continuer leur scolarité, mais dans la pratique, de nombreux établissements les écartent discrètement, par pression sociale ou par manque de protocoles d’accompagnement. L’intervention de Patrick Muyaya remet en lumière l’urgence de clarifier et renforcer le cadre légal et éducatif, pour assurer un suivi adapté à ces élèves, notamment par des dispositifs d’appui psychologique, médical et académique.
Une responsabilité partagée
Le ministre a également souligné que cette problématique ne relève pas seulement de l’école, mais de l’ensemble de la société : parents, enseignants, autorités locales, leaders religieux, médias… Tous ont un rôle à jouer pour déconstruire les préjugés et mettre en place des mécanismes de prévention et de réinsertion.
Plutôt que d’exclure, Patrick Muyaya plaide pour un encadrement renforcé, une éducation à la sexualité adaptée, et une politique de tolérance zéro contre les violences sexuelles en milieu scolaire.
Un appel à la dignité et à l’humanité
Par cette déclaration, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya a mis les mots sur une réalité souvent tue. Son message est clair : respecter les droits d’une élève enceinte, ce n’est pas encourager l’irresponsabilité, c’est défendre la justice et l’égalité des chances. Dans un pays où l’éducation reste l’un des seuls leviers d’ascension sociale, chaque enfant, quel que soit son parcours, mérite de pouvoir apprendre, s’élever et espérer. C’est le même point de vue soutenu par l’abbé Sylvain Tembwe qui n’est pas à confondre avec la rébellion contre sa hiérarchie de l’église.


