Décision du TAS sur la reprise du championnat de la Linafoot : Résultat d’un désordre systémique, selon Me Herbert Kadiediem

Le verdict du Tribunal arbitral du sport (TAS) dans l’affaire opposant le TP Mazembe aux instances sportives de la RDC continue de faire trembler l’édifice du football congolais. Saisi par le club lushois après avoir épuisé toutes les voies de recours internes, le TAS a ordonné la reprise immédiate du championnat, dans un délai de douze jours.

Au cœur de cette décision retentissante, Me Herbert Kadiediem, juriste spécialisé en droit du sport, revient sur une procédure stricte, juridiquement contraignante, qui met à nu les défaillances profondes de la gouvernance sportive nationale.

Une décision exécutoire, sans appel sur le fond 

« Même si un recours est envisagé devant le Tribunal fédéral suisse, il ne suspend pas la décision. On n’est pas dans le droit commun », précise Me Herbert Kadiediem.

Contrairement aux juridictions ordinaires, les sentences du TAS sont opposables à tous (erga omnes) et immédiatement exécutoires, sauf en cas très rare de violation manifeste des droits fondamentaux ou d’incompétence du tribunal.

En clair, la RDC est juridiquement obligée d’appliquer cette décision, peu importe les désagréments logistiques, politiques ou organisationnels. 

« Ce qui aurait pu être évité avec une gestion rigoureuse devient aujourd’hui une contrainte internationale », ajoute-t-il.

Un désordre institutionnalisé mis à nu 

Pour Me Herbert Kadiediem, l’affaire Mazembe est un révélateur brutal d’un mal plus profond :« Ce n’est pas la FECOFA ou la Linafoot qui ont déclenché cette procédure. C’est Mazembe qui a exercé un droit légitime. Ce que le TAS révèle, c’est notre propre désordre ».

Il dénonce un système gouverné par l’arbitraire : « Des gens se réunissent à quatre ou cinq pour arrêter un championnat sans aucune base réglementaire. Ce sont ces décisions improvisées qui provoquent des crises évitables ».

Une jurisprudence malheureuse, certes, mais qui marque peut-être le début d’une prise de conscience nécessaire : le sport congolais ne peut plus fonctionner sans règles, ni responsabilités.

Un retour à la compétition : une illusion ?

Théoriquement, le championnat doit reprendre dans les douze jours suivant la décision du TAS. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.

« La plupart des clubs sont à l’arrêt, les joueurs en vacances… Même s’ils revenaient, dans quelle forme physique joueraient-ils ? », s’interroge Me Herbert Kadiediem.

Avec une logistique inexistante, des finances incertaines, et des acteurs démobilisés, la reprise semble utopique.

Une gouvernance à réformer en urgence

Pour Me Herbert Kadiediem, ce jugement ne doit pas être perçu comme un simple revers, mais comme un électrochoc salutaire : « On ne peut plus diriger le football national comme un cercle privé sans en assumer les conséquences juridiques ».

Le droit a parlé, de manière ferme, impartiale et sans appel. Et pour une fois, la sanction ne vient pas de l’intérieur, mais d’une juridiction internationale.

Le message est clair : plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.

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