Interdiction des chansons « Nini to sali te » et « Lettre à ya Tshitshi » : L’avocat général Bernardin Mayindombe désavoué par tous !

Par Junior-Gradel IKA.

Avocat général près le Conseil d’Etat, Bernardin Mayindombe a pris une décision, à travers une correspondance adressée, ce mardi 09 novembre 2021, aux directeurs des chaînes de télévision et aux directeurs des stations de radio de Kinshasa, interdisant toute diffusion dans leurs médias des  chansons  « Nini Tosali te », entendez « qu’avons-nous pas fait » du Groupe MPR et « Lettre à Ya Tshitshi » de Bob Elvis.

Alors qu’il pensait plaire au régime Tshisekedi sans se rendre compte qu’il faisait le lit à ses adversaires politiques qui ont vite crier à la dérive dictatoriale, le cas de Martin Fayulu, Bernardin a été rabroué par tous, y compris le parti présidentiel l’UDPS et le Gouvernement.

« C’est une décision impopulaire et antidémocratique », a régi Augustin Kabuya ; secrétaire général du l’UDPS qui estime que le président de la République, en bon dirigeant, n’a pas besoin d’éloges flatteurs, mais plutôt des critiques objectives et positives pour améliorer sa gouvernance.

Même réaction du côté du gouvernement où son porte-parole, Patrick Muyaya se dit « surpris » par cette décision. « La décision portant censure des chansons n’émane pas du Gouvernement. Dans le changement de narratif que nous prônons, tout citoyen est libre d’exprimer son opinion sous réserve des dispositions légales », écrit-il sur son Twitter, en affirmant aux journalistes européens dans une conférence de presse qu’il a même partagé le clip « Nini tosali te » avec le premier ministre Sama Lukonde qui est aussi jeune.

Un cadre de l’UDPS qui a échangé avec Scooprdc.net, reproche à l’avocat général Bernardin Mayindombe les veilles habitudes nostalgiques d’une autre époque, caractérisées par des prises de mesures pour flatter l’autorité. « Fatshi n’a pas besoin de flatterie. D’ailleurs, si vieux Tshitshi était encore en vie, il serait opposant à son propre fils », dit-il en soutenant la chanson « Lettre à ya Tshitshi » qui peint la réalité de la vie congolaise après la mort du Sphinx de Limete. « Je me pose la question de savoir si vraiment l’AG a bien suivi les deux chansons ? Contiennent-elles des immoralités ? », s’interroge ce cadre de l’UDPS en soutenant que l’AG Mayindombe a agi dans la précipitation et manifestement sous pression.

Non sans raison, dans les ampliations sa correspondance aux directeurs de chaînes de télévisions et directeurs des stations de radio de Kinshasa, comme si ces chansons ne se jouaient seulement à Kinshasa, l’AG Mayindombe reprend  deux fois le procureur général près la cour d’appel de Kinshasa/Gombe, il parle du ministre de la Culture et des Arts alors qu’il s’agit de la ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine. Aussi, le premier ministre, le ministre de la communication et médias ont la formule de « Son excellence », mais la ministre de la Culture, des Arts et patrimoine n’en bénéficie pas. Précipitation.

Un juriste, juge de surcroit, qui a aussi échangé avec Scooprdc.net propose que l’AG Mayindombe soit interpellé par le Conseil supérieur de la Magistrature pour qu’il s’explique devant ses supérieurs hiérarchiques, qu’il donne les motivations qui l’ont poussé à prendre cette décision indélicate susceptible à lui infliger une sanction disciplinaire.

Décryptages des chansons incriminées

Les deux chansons sorties la semaine dernière ont touché leur cible qui n’est autre, à première vue, que les gouvernants. Les auteurs de ces deux chansons ont un dénominateur commun : le vécu quotidien des congolais. Ils  déplorent la détérioration du  tissu social des Congolais.

Dans la chanson « Nini to sali te » les artistes du groupe MPR (Musique Populaire pour la Révolution) dénoncent la mauvaise gestion du pays depuis l’époque de Mobutu jusqu’à ce jour. Zozo et Yuma, les deux compères de ce groupe musical de rap venu de MATETE, une des 24 communes de Kinshasa,  font voir noir sur blanc aux autorités que le peuple congolais a fait tout ce qu’il pouvait pour espérer  à une amélioration des conditions de son vécu, mais sans succès. : Les études suivies à la lettre, la détermination pour s’en sortir, les jeûnes et prières n’ont pas suffi pour redonner le sourire aux Congolais qui croupissent toujours dans la misère découlant d’un taux de chômage indescriptible, chantent ces artistes. Le clip de la chanson dit tout car les séquences font voir comment il est dur pour un Congolais de réaliser son rêve d’enfant, comment il est difficile d’être embauché dans une  entreprise et comment il est difficile de subvenir aux besoins de sa petite famille faute des moyens.

Bob Elvis, auteur de « Lettre à ya Tshitshi » va dans le même. C’est un message à titre posthume qu’il envoie à Étienne Tshisekedi, père biologique de Félix Tshisekedi, actuel chef de l’État.

Il décrie la situation sociale  vécue par les Congolais après la mort du sphinx de Limete dont le combat reposait  sur le slogan « le peuple d’abord » visant  à mettre la population au centre de toute action gouvernementale.

Ce qui tourmente l’artiste, c’est bien le fait de constater que tout ceci se passe pendant que l’UDPS parti d’Étienne Tshisekedi est au pouvoir. Comme pour dire, ceux  qui ont côtoyé Étienne Tshisekedi n’ont pas su intérioriser sa vision.

Interdites sur les chaînes de télé et radio, les deux chansons continuent d’être écoutées et  adulées  sur les différentes plateformes de téléchargement et réseaux sociaux. Sont-elles vraiment interdites à l’heure où les TIC ont pris de l’ascendant sur les médias traditionnels ? La commission de censure n’a  pas pris la bonne décision. Par contre, elle a fait la promotion de ces deux chansons. Et la décision de l’AG Mayindombe est aux antipodes des valeurs incarnées par l’État de droit prôné par le chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, qu’il sert très mal.

  • Bendélé Ekweya té

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