100 ans du Kimbanguisme : Nkamba, terre sainte, mais…

Un siècle, c’est 100 ans d’existence. Et l’église kimbaguiste a atteint cet âge difficile a atteindre par les humains sur la terre. Un vrai motif pour que cela soit fêté, soit célébré. Et les fidèles kimbaguistes venus du monde entier l’ont fêté mardi 6 avril 2021 à Nkamba, localité située à 69 Kms de la cité de Mbanza-Ngungu où avait vu le jour le prophète Simon Kimbangu, père fondateur de cette église. Beaucoup d’officiels y compris le président de la République, ont rehaussé de leur présence la manifestation.

Pour le grand éditorialiste du journal Forum des As, José Nawej, qui s’est comme d’autres journalistes, penché sur cet événement,  « au-delà du rituel et du cultuel, l’église Kimbanguiste devrait être bien plus qu’une simple confession religieuse. Elle devrait constituer l’un des éléments du soft power rd congolais. En termes moins techniques, le kimbanguisme devrait participer du prestige, de la puissance du Congo-Zaïre sur l’échiquier international ».

Non sans raison, pour le fait que le Kimbanguisme soit une religion dont le fondateur est reconnu comme prophète chez soi et ailleurs, le journaliste regrette que les dirigeants zaïro-congolais n’aient pas cherché à tirer parti de cette aura à des fins d’attractivité et de rayonnement du pays. « Sans faire du prosélytisme, encore moins sans déroger au caractère laïc de l’Etat, il y a quand même là une fenêtre d’opportunité géopolitique -au sens noble du terme- que le Congo officiel tarde à saisir depuis l’indépendance. Comment peut-on abriter sur son sol une confession religieuse tentaculaire sans chercher à en faire un instrument de puissance? », s’inquiète-t-il.

Bien que son article ait vite suscité, bien sûr avec raison, une réaction du politicien Moïse Moni Della qui, lui est musulman, estimant que toutes les églises sont placées à la même enseigne d’autant plus que la RDC est un pays laïc, beaucoup de Congolais soutiennent l’argument du journaliste José Nawej qui donne l’exemple de l’Arabie saoudite qui, outre sa prospérité grâce à la manne pétrolière, tire aussi ses revenus provenant du tourisme en des lieux saints de l’Islam, notamment la Mecque et Médine que, non seulement tout musulman a le devoir de visiter au moins une fois dans sa vie, mais aussi les touristes non musulmans visitent par dizaines de milliers.

« Les autorités saoudiennes n’arrêtent pas de capitaliser cette donne en construisant tout un écosystème culturel, politique, diplomatique, touristique et donc économique autour de ces deux villes saintes. Même l’Etat du Vatican sacrifie au rite du soft power en se servant du message du christianisme catholique comme arme diplomatique », écrit l’éditorialiste José Nawej, en prévenant que sa démarche n’est pas de « kimbanguiser », mais plutôt dans la capacité à capter le potentiel géopolitique de cette église et à en faire un élément d’attraction du pays et de son rayonnement à l’international en voyant par exemple l’Etat aider à moderniser Nkamba et les autres places-fortes du kimbanguisme pour en faire des sites touristiques à forte valeur ajoutée, à l’instar de Lourde au Portugal où selon la tradition catholique, la vierge Marie aurait apparu aux bergères portugaises de ce village.

Triste réalité sur terrain…

Terre sainte, Nkamba l’est, mais pour y arriver, c’est un véritable parcours de combattant, mieux véritable chemin de la croix, s’il faut parler le langage des Chrétiens catholiques. C’est tout au plus 70 Kms à parcourir lorsque l’on quitte l’asphalte de la route nationale n° 1 à partir de la cité de Mbanza-Ngungu. Seulement, ce sont des bourbiers à plusieurs endroits surtout que la terre est argileuse. Même les gros cylindrés 4×4 patinent et parfois s’embourbent lorsqu’il a plu. Gare aux véhicules sans traction. Et sur cette route, y sont érigés des petits ponts de fortune. 

Pour contourner ces bourbiers, la délégation du gouverneur du Congo central dans laquelle faisait partie les journalistes dont le reporter de Scooprdc.net, a dû, pour éviter les bourbiers, emprunter la brousse et se faufiler entre les habitations des villages. Aussi, le président de la République annoncé par route, a dû prendre un avion pour atterrir à 17Kms de Nkamba. Scooprdc.net a même appris que le sénateur Loando qui devait affronter cette route a dû rebrousser chemin le 5 avril alors qu’il était arrivé à Mbanza-Ngungu-cité pour finalement prendre l’avion le matin du 6 avril.

 Même si certains kimbaguistes racontent que pour voir Dieu, le chemin n’est pas facile, il faut peiner, Nkamba dite «Nouvelle Jérusalem» ne mérite pas cette route au XXIième siècle, le temps extra-moderne oblige.

Sur place à Nkamba, on peut bien se féliciter du boom immobilier en expansion, mais beaucoup reste à faire, notamment les routes cahoteuses et boueuses qui arpentent la colline sainte et lui donnent un visage moyenâgeux, la carence d’eau par absence d’une station de captage capable d’alimenter les fidèles résidents et les pèlerins, pourtant il y a du courant électrique en permanence.

Nécessité d’investir pour la modernisation de Nkamba

S’il est vrai que la colline de Nkamba reste une terre sainte, il n’en est pas moins elle présente beaucoup d’opportunités économiques et touristiques susceptibles de générer des recettes considérables en termes de millions de USD surtout avec l’inauguration ce 6 avril 2021 du musée Simon Kimbangu.

La route de Nkamba, si elle est asphaltée, elle produira des recettes de péage parce qu’elle ne se limite pas seulement à Nkamba, mais dessert également d’autres contrées du territoire de Mbanza-Ngungu et du Kongo central en produits manufacturés. Pour ce faire, l’État congolais devra l’asphalter par une entreprise privée capable de préfinancer les travaux dans un partenariat public-privé gagnant-gagnant.

Au cas où le gouvernement ne se montre pas actif, beaucoup d’invités de l’église kimbaguiste à Nkamba pour le centenaire ont estimé que les dirigeants de l’œuvre de Simon Kimbangu devront se montrer aussi entreprenants d’autant plus que la crédibilité de l’église ne souffre d’aucun doute auprès de tous les banquiers. Avec un projet bancable de modernisation de la cité notamment par l’asphaltage de toutes les artères, l’adduction d’eau et l’installation du réseau de distribution, la construction de bungalows et autres ouvrages, même 100 millions de crédit sortiront de n’importe quelle banque sans difficulté. C’est question d’oser.

Il faudra souligner qu’outre le musée qui vient d’être inauguré, et qui va abriter les bureaux du personnel et la bibliothèque et loger les effets du prophète Simon Kimbangu, entre autres des habits, la camionnette Chevrolet qui avait ramené la dépouille de Simon Kimbangu en 1959 après son exhumation du cimetière Sapin de Lubumbashi, la voiture qu’Etienne Tshisekedi, à l’époque ministre de l’intérieur sous Mobutu, avait remise en 1966 à Papa Diangenda Kuntima, représentant légal de l’église kimbanguiste à l’occasion de l’inauguration du temple de Kinshasa-Matete, le revolver braqué sur Simon Kimbangu, les manuscrits de Simon Kimbangu, etc., Nkamba a comme autres endroits touristiques sa rivière mystérieuse, le temple, la place où Simon Kimbangu guérissait les malades, la place où il avait disparu lorsque l’on voulait l’arrêter, l’endroit où était érigée sa maison, le mausolée…

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