Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo : C’est encore possible, selon une enquête de quatre journalistes congolais

Israël Mutala, Eric Tshikuma, Rachel Kitsita et Bibak, sont les quatre journalistes professionnels congolais qui ont décidé de mener une enquête sur la débâcle du projet agro-industriel de Bukanga Lonzo. Un genre journalistique auquel beaucoup de médias congolais ne s’adonnent souvent pas, surtout la multitude des médias en ligne devenus relayeurs des communiqués des partis politiques et des tweets des hommes politiques. Donc, coup de chapeau à ces quatre journalistes pour leur étude qui apporte un plus aux décideurs du pays sur ce grand projet agro-industriel qui a pataugé.

En effet, dans cette enquête exclusive de 42 pages menée pendant quatre mois, intitulée «Débâcle du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo : causes, responsabilités et perspectives», ces journalistes congolais qui l’ont présentée ce lundi 25 janvier 2021, ont voulu comprendre les vraies raisons de la débâcle du projet agro-industriel de Bukanga Lonzo, en dégager les responsabilités et esquisser des perspectives.  

«Il semble évident que le projet ne s’est pas écroulé à cause de prétendus détournements ou à cause de la supposée mauvaise qualité de sol, mais l’arrêt brusque de son financement en est la cause principale. Ceci ne veut pas dire que la gestion du PAIBL était exempte de tout reproche. Si la faute de gestion i y a dans le management du PAIBL, celle-ci n’est pas de nature à provoquer son écroulement», lit-on dans cette enquête.

Pour les journalistes enquêteurs, il est anormal qu’un projet d’un coût d’investissement de 520 millions USD dont 153 millions décaissés pour l’achat des matériels et aménagement du site, étalé sur dix ans, période prévue pour sa maturité, puisse s’arrêter brusquement après deux ans de son lancement. Ils sont d’avis que le fiasco qu’a connu ce projet n’est pas irréversible.

«Si le Gouvernement décide de le relancer, l’investissement déjà consenti, près de 153 millions USD, sera récupéré et rentabilisé à moindre frais», notent les journalistes enquêteurs qui préconisent qu’un audit international soit diligenté avec la relance du PAIBL pour améliorer sa gouvernance.

Cet audit international est recommandé parce que les journalistes ont trouvé une divergence entre le rapport de l’Inspection Générale de Finances (IGF) et le rapport d’audit de Ernst and Young (EY), l’un de plus grands cabinets d’audit au monde. Aussi, les enquêteurs n’épargnent-ils pas AFRICOM, le gestionnaire technique et financier du PAIBL, le comité de pilotage constitué des quatre ministères (Agriculture, Industrie, Portefeuille et Finances), mais aussi les chefs de gouvernements qui ont succédé à Matata Ponyo.

Pour ce faire, ils prient le président de la République Félix Tshisekedi, lui qui prône la revanche du sol sur le sous-sol afin de lutter contre la famine qui touche plus de 21 millions de ses compatriotes, de s’approprier le projet du PAIBL. «Cela permettrait de donner le ton à la matérialisation de sa vision en partant de cet investissement colossal à l’abandon et dont une partie de l’outil moderne a été cannibalisé», exhortent Israël Mutala, Eric Tshikuma, Rachel Kitsita et Bibak en rappelant que cela permettra à la RDC de recouvrer sa souveraineté alimentaire et soulager ainsi sa balance de paiement des importations évaluée à 2 milliards USD chaque année.

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