Encore une Africaine à la tête de la Monusco : du bonnet blanc, blanc bonnet ?

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a annoncé, jeudi 14 janvier 2021, la nomination de Mme Bintou Keita, de Guinée, au poste de Représentante spéciale en République Démocratique du Congo et Chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). Mme Keita succède à Mme Leila Zerrougui de l’Algérie, qui achèvera sa mission le mois prochain après trois ans full de mandat. 

L’on vante Mme Keita d’apporter à ce poste plus de 30 ans d’expérience dans les domaines de la paix, de la sécurité, du développement, de l’humanitaire et des droits de l’homme, travaillant dans des environnements de conflit et d’après conflit. Depuis janvier 2019, elle était Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique, dans les Départements des affaires politiques et de consolidation de la paix et des opérations de paix et avait été Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix de novembre 2017 à décembre 2018. 

Entre 2015 et 2017, Mme Keita a servi les Nations Unies en tant que Représentante spéciale conjointe adjointe pour l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD). Elle avait précédemment dirigé les efforts des Nations Unies pour lutter contre la maladie à virus Ebola en tant que gestionnaire de crise Ebola pour la Sierra Leone entre février et novembre 2015. De 2007 à 2010, elle a également été Représentante exécutive adjointe du Secrétaire général pour le Bureau intégré des Nations Unies au Burundi. 

Mme Keita est entrée aux Nations Unies en 1989, où elle a également occupé plusieurs fonctions de direction au sein du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Tchad, en République du Congo, à Madagascar, au Cap-Vert, au Rwanda, au Burundi et au Siège. 

Mme Keita est titulaire d’une maîtrise en économie sociale de l’Université de Paris II, France, et d’un diplôme d’études supérieures en administration et gestion des entreprises de l’Université de Paris IX, France. 

Mais tous ces éloges sur papier ne peuvent nullement éblouir ni les habitants de Beni, au Nord-Kivu, ni les staff nationaux de la MONUSCO. Personne ne peut naïvement l’acclamer. Non sans raison, tous ces derniers temps, les habitants de Beni ne réclament et ne jurent que sur le départ de la MONUSCO qui, d’après eux et avec raison, ne fait rien pour protéger efficacement les populations civiles, objectif pourtant premier de tous ses mandats renouvelés. Récemment, un député provincial Alain Siwako, pas le moindre, rapporteur de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, a, dans un audio qui a circulé sur les réseaux sociaux, accusé la MONUSCO d’alimenter les ADF en armes et d’entretenir la guerre dans le Nord-Kivu, en réclamant à haute voix son départ.

Aussi, un bilan dressé de la MONUC, puis de la MONUSCO depuis plus de 20 ans de présence en RDC, est très mitigé. Malgré les milliards de USD engloutis, les équipements militaires sophistiqués et le nombre de casques bleus (d’abord 20 mille, puis plus17 mille et aujourd’hui autour de 14 mille), la MONUC-MONUSCO n’a pas pu anéantir les effets néfastes de groupes armés. Au lieu de voir le nombre de ces derniers se réduire, c’est tout le contraire. D’une dizaine en 1999, ils sont plus d’une centaine en 2021.

Du côté staff de la MONUSCO, l’on estime que les mandats des africains représentants du SG de l’ONU en RDC, hormis celui d’Amos Namanga Ngongi, ont été au rabais (Kamel Morjan, Maman Sidikou et Leila Zerrougoui). En effet, les mandats phares, jusqu’à preuve du contraire, sont ceux de William Swing, Alan Doss et Martin Kobler. L’Américain Roger Meece est plongé dans le même panier que les Africains qui ont fait beaucoup d’allégeance au président honoraire Joseph Kabila jusqu’à vendre leur dignité.

Mme Bintou Keita apportera-t-elle un souffle nouveau quand on sait que le mandat de sa prédécesseur n’a été marqué que des abolitions de contrats des staffs nationaux et détérioration des conditions de travail, sans une intervention efficace de sa part comme le personnel Radio Okapi l’avait constaté en 2011 avec Kevin Kennedy, à l’époque directeur de l’Information Publique de la MONUSCO (PID) qui, par ses entrées à New-York, avait arraché 67 contrats pour les journalistes sous contrat Fondation Hirondelle pour les reverser à la MONUSCO ! Un exploit que le Burkinabé Charles Bambara, au même poste n’a pas pu faire. Bintou Kéita va-t-elle apporter du sourire aux populations de l’Est, particulièrement de Beni ? Va-t-elle améliorer les conditions de vie et de travail des staffs nationaux ? Attendons voir si ce ne sera comme certains observateurs le prédisent déjà, du bonnet blanc, blanc bonnet avec Leila Zerrougui !

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