Commission spéciale «Passé colonial» : Elikia M’bokolo, un choix controversé et décrié !

Le Parlement belge a décidé, le 17 juillet 2020, d’instituer une commission spéciale dénommée «Passé colonial» pour faire le bilan de la colonisation, partant de l’Etat Indépendant du Congo (1885-1908), en passant par la colonisation belge au Congo (1908-1960), mais aussi la colonisation au Rwanda et au Burundi (1919-1962). Il s’agit d’évaluer toutes les conséquences de cette colonisation et les suites qu’il convient d’y réserver.

En effet, tout est parti avec les manifestations par un groupe activiste de la diaspora d’origine africaine dans le sillage de l’assassinat du noir américain George Floyd aux USA. Ce groupe a placé haut à l’agenda politique la situation de racisme dont les diasporas sont encore victimes en Belgique. Et pour manifester leur ras-le-bol, les manifestants ont commis des actes de vandalisme multiples dans plusieurs villes belges dans les espaces publics où des statues et des monuments érigés à la gloire de personnalités accusées d’avoir contribué à l’histoire coloniale belge au Congo. Les manifestants ont ainsi focalisé particulièrement leur attention sur le rôle du roi Léopold II dans l’exploitation de l’Etat Indépendant du Congo (EIC) et les abus voire crimes qui s’y sont produits. Voilà qui a poussé le Parlement belge à instituer cette commission spéciale «Passé colonial».

Six missions sont confiées à cette commission spéciale : primo, faire la clarté sur l’EIC et sur le passé colonial belge au Congo, au Rwanda et au Burundi pendant les périodes indiquées ci-haut et d’en tirer des enseignements pour l’avenir ; Secundo, examiner le rôle et l’impact structurel que l’Etat belge, les autorités belges et les acteurs non étatiques (comme par exemple la monarchie, l’Eglise, les exploitants des économies coloniales…) au sens large, ont eu sur l’EIC, le Congo belge, le Rwanda et le Burundi ; Tertio, examiner l’impact économique de la colonisation sur la Belgique et les pays colonisés, y compris notamment les matières dont les profits de l’exploitation du Congo ont été transférés à la Belgique, et les personnes, entreprises et institutions qui en ont été les bénéficiaires ; Quarto, formuler des recommandations sur la manière d’aborder le passé dans l’EIC et le passé colonial belge au Congo, au Rwanda et au Burundi ; Quinto, élaborer des propositions pour la réconciliation entre les Belges (y compris les Belges d’origine congolaise, rwandaise et burundaise), et optimaliser les relations entre les Belges et les Congolais, Rwandais et Burundais ; et Sexto, formuler des recommandations sur la manière de stimuler et de faciliter la recherche universitaire sur le colonialisme, le post-colonialisme et la période coloniale belge, notamment en ce qui concerne l’ouverture et l’accessibilité d’archives en Belgique, au Congo, au Rwanda et au Burundi et l’inventorisation de ces archives, et de développer des propositions concrètes pour sauver et conserver leur histoire collective en protégeant mieux les archives sur la colonisation.

Le choix du professeur Elikia M’bokolo controversé…

Pour effectuer ce travail, le Parlement belge l’a confié à 17 experts dont le professeur historien Elikia M’bokolo. Non seulement que le fait que le Parlement belge n’ait pas associé le Gouvernement congolais inquiète les autorités actuelles de l’ex-EIC et Congo belge, mais aussi le choix sur le professeur Elikia M’bokolo est décrié. D’abord, ce professeur qui s’est compromis au soir de sa vie en se ralliant au Front Commun pour le Congo (FCC) en juillet 2018 en pleine crise en RDC, en faisant évidemment allégeance au président sortant Joseph Kabila, n’est plus crédible dans le monde scientifique.

Ensuite, ce qui rend ce professeur attrayant pour les décolonisateurs, c’est son approche idéologique qui écornerait l’image de la Belgique. Il est en effet reproché à Elikia M’bokolo la légèreté avec laquelle il manie, dans ses déclarations successives, les concepts de génocide selon son vouloir. «Il parle donc non pas en ‘’historien’’ mais s’auto-promeut également au rang d’expert en ‘’génocide’’ mieux placé que les juristes experts de l’ONU en 1948 qui ont défini très rigoureusement les critères d’un génocide», le critique un analyste qui se fonde sur son interview accordée au journal Ensemble (http://www.asbl.-csce.be/journal/Ensemble%2096_colonie72).

Et à l’analyste d’enchaîner pour crucifier le prof. : «Alors que des pratiques barbares sont documentées sur la période pré-léopoldienne, ces pratiques sont mentionnées au conditionnel par M’bokolo, tandis qu’elles sont citées comme reprises par le régime léopoldien, mais évidemment en pire comme s’il disposait des instruments de mesure de l’intensité des pratiques barbares».   

Ce n’est pas tout, toujours dans cette interview de Ensemble de décembre 2016 à sa page 74, le professeur Elikia M’bokolo est critiqué pour la légèreté de ses assertions qui minimisent le rôle crucial positif joué par les missions dans le développement intégral des communautés de base, jusqu’aux régions éloignées, et surtout encore le rôle fondamental pro-peuple sous les dictatures, kleptocraties et répressions post-coloniales. L’analyste estime que le professeur M’bokolo a d’emblée assassiné le travail des missionnaires en le globalisant sous le label «crimes coloniaux».

Autant d’autres critiques sont formulées contre le professeur historien à tel point que son profil ne semble pas convaincre pour être expert dans cette commission spéciale qui a besoin beaucoup plus des juristes que d’historiens. Aussi, le Parlement belge ferait-il mieux d’associer dans sa démarche les Gouvernements concernés, particulièrement congolais surtout quant au choix des experts de la partie congolaise.

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