Démocratie africaine et élections locales : lecture croisée de Regis Marzin et de Moutiou Adjibi Nourrou

Jean Chrysostome Vahamwiti Mukesyayira
Jean Chrysostome Vahamwiti Mukesyayira. Député et Ministre Honoraire, Master en planification électorale ( Efeac- Kinshasa) et Économiste de développement.

Tribune de Jean Chrysostome VAHAMWITI MUKESYAYIRA (Master en Planification Electorale, Economiste de Développement, Député Honoraire)

Dans plus d’un pays africain, le respect du cycle électoral dans le temps et dans la réalisation de tous les scrutins prévus pose problème. Il est même établi que sept pays africains n’ont jamais tenu des élections locales depuis 1990, soit 30 ans. Le Togo vient à peine de se tirer de cette liste après le report des élections locales pendant 27 ans. Il s’agit des pays suivants : Liberia, Seychelles, République Centrafricaine, Guinée Bissau, Soudan du Sud, Angola et la République Démocratique du Congo. Cette situation pose la question de la problématique du binôme démocratie et élections locales.

Epiloguant sur les élections locales en Afrique, Regis MARZIN (2017) classe les Etats en trois régimes : (1) la démocratie ; (2) la transition démocratique, complexe, intermédiaire et indéterminée (TCII) ; et (3) la dictature stable.

Moutiou ADJIBI NOUROU de Economist Intelligence Unit dans le classement 2019 des pays africains les plus démocratiques dégage, quant à lui, un classement en 4 régimes : (1) pleine démocratie ; (2) démocratie imparfaite ; (3) démocratie hybride ; (4) régime autoritaire. Ce classement est dicté par un groupe de 5 critères : le processus électoral et pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du Gouvernement, la participation politique et la culture politique.

Ainsi, dans l’ambition de comprendre s’il existe une corrélation positive entre le développement démocratique et le nombre d’élections locales, nous avons croisé les 3 types de régimes démocratiques de Regis MARZIN et le classement des Etats africains suivant leur rang démocratique selon Moutiou NOUROU.

CLASSEMENT DEMOCRATIQUE ET FREQUENCE DES ELECTIONS LOCALES

RANG AFRICAINRANG MONDIALPAYSINDICE (10/10)NOMBRE D’ELECTIONS LOCALES DE 1990 à 2020 (30 ans)
118Ile Maurice8,226
229Botswana7,816
330Cap Vert7,787
440Afrique du Sud7,245
553Tunisie6,726
655Ghana6,637
760Lesotho6,543
865Namibie6,536
982Sénégal5,814
1085Madagascar5,646

Notre analyse se limite aux dix premières démocraties africaines sur les 50 telles que classifiées par Moutiou dans son classement 2019.

De cette lecture croisée, il apparaît qu’il y a une forte corrélation entre le développement démocratique et la fréquence régulière des élections locales car les fréquences les plus élevées reviennent au top 10 de démocraties africaines. Cependant, certains pays africains organisant régulièrement les élections de 1990 à 2020 ne sont pas dans le top 10 des démocraties africaines (Kenya/6 locales, Madagascar/6 locales, Cameroun/4 locales, Gabon/4 locales, Rwanda/4 locales, Côte d’Ivoire/5 locales, Algérie/5 locales, Ethiopie/5 locales, Ouganda/5 locales, Mauritanie/5 locales, Tanzanie/6 locales). Dans ce cas de figure, les élections locales n’ont pour fonction que la légitimation de la dictature sans véritables enjeux locaux.

Regis MARZIN classe la plupart de ces pays dans la catégorie des « dictatures stables ». Donc, malgré la corrélation forte entre démocratie et fréquence des élections locales, plusieurs dictatures organisent régulièrement des élections locales. Le calendrier des élections locales en Afrique en 2018 nous renseigne qu’il y avait autant d’élections locales prévues en régime démocratie qu’en régime dictature stable.

Enfin, si l’Île Maurice est la première démocratie africaine, où est la RDC dans cette lecture croisée ? Classée en Transition Démocratique, complexe, intermédiaire et indéterminée (TCII) par Regis MARZIN, elle est classée 50e démocratie africaine par Moutiou ADJIBI. Et de conclure, dans le cycle électoral qui commence, faudra-t-il commencer par les élections locales ? Seuls les avantages et les inconvénients d’une telle option détermineront la séquence par les planificateurs des élections attendues en 2023.