Elections à la FEC : Qui pour succéder à l’inamovible Yuma ?

Par Gomez Maya Nzinga (correspondance particulière)


Sauf changement de calendrier, la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) tiendra son assemblée générale élective le 26 novembre prochain. Le patronat congolais procédera, soit au renouvellement de quelques membres qui méritent encore la confiance de leurs pairs, soit à la désignation de nouveaux animateurs du conseil d’administration.

L’énigme Yuma ou la politique de l’autruche ?

L’inconnu consiste à savoir si Albert Yuma Mulumbi, président de la FEC depuis plus de 15 ans, sera candidat à sa propre succession pour la énième fois ou pas. Si l’homme ne s’est pas encore officiellement prononcé, il a déjà commencé des grandes manœuvres selon nos investigations. Mais qui sont ses challengers ? Mystère ! étant donné que les candidatures sont adressées au président en fonction. Sur ce point, le président reste insondable. D’où, la question : « Qui pour succéder à l’inamovible Yuma ? ». Jamais dans l’histoire du patronat congolais, un président n’a connu une telle longévité. Albert Yuma a battu tous les records. Historique !

C’est sous son règne que les statuts régissant la FEC ont été amendés. Avant son arrivée à la tête de la FEC, le mandat était de trois ans, renouvelable une seule fois. Les statuts ont été révisés en mars 2011. Une simple coïncidence avec la révision constitutionnelle intervenue la même année ? Quelle était la motivation pour modifier le texte ? Un souci d’adaptation à certaines réalités ? Si oui, lesquelles ? A-t-il mieux travaillé que tous ses prédécesseurs ? Intention d’une dévolution monarchique à l’instar de ce qui se passe en politique dans plusieurs pays africains ? Seuls les initiés ont compris la démarche.

Le 26 novembre passera probablement inaperçu pour le commun des mortels. L’attention de la majorité des Congolais reste focalisée sur l’issue des consultations nationales convoquées par le président Tshisekedi, alors que le patronat prépare un grand événement. L’enjeu est de taille. Il est à la fois économique et hautement politique. Le choix du moment n’est pas anodin. Un grand coup et un grand enjeu. Dommage, la sous-information est un poison pour la République. Malheur à ceux qui sont distraits !

La FEC, un enjeu économique, stratégique et hautement politique

L’économie et la politique forment un couple inséparable. Tous les pays développés l’ont compris. Un exemple : Le MDF a toujours été le bras séculier du gouvernement français. Le secteur privé crée des richesses, des emplois et la prospérité. C’est l’âme de l’économie d’un pays. Mais, il fait et défait les gouvernements à travers le monde. Il dispose d’un vrai pouvoir. Ce n’est pas pour rien que Mobutu avait composé avec Jeannot Bemba Saolona. Les Kabila ont étroitement travaillé avec Albert Yuma Mulimbi. Et Tshisekedi ? Peut-être qu’il continuera avec ce dernier grâce à son « expérience et ses prouesses ». Mais, les résultats peuvent plaider pour ou contre ce patron «hyperactif».

Un profil plus que répugnant et incompatible avec l’exigence de la bonne moralité à la tête de la FEC

Si Albert Yuma est un homme suffisamment instruit avec plusieurs diplômes de meilleures universités occidentales, son action managériale est moins élogieuse, sombre voire lugubre. Il est un agent double qui œuvre pour l’Etat et pour le secteur privé. Président du Conseil d’administration de la société publique Gécamines, administrateur et président de la commission d’audit à la Banque centrale du Congo (BCC), administrateur de la société belge Texaf etc., il entretient un conflit d’intérêts permanent. On ne sait pas quand est-ce qu’il défend les intérêts de l’Etat et quand est-ce qu’il roule pour les privés. Ses frasques et ses fracas à la Gécamines nuisent au pays. Même s’il se défend en exploitant la fibre nationaliste tout en dénonçant l’impérialisme et l’ingérence occidentale dans les affaires internes de la RDC, il n’est pas un saint. Bien des griefs lui sont reprochés.

Yuma est sous sanctions américaines pour corruption et collision avec le bruyant homme d’affaires israélien, Dan Gertler. Il est éclaboussé par plusieurs rapports et enquêtes des ONG et des médias tant nationaux qu’internationaux. Son nom est cité dans de crasseux coups par Global Witness, la Fondation Carter, Congo Prospect, l’Association congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ), Bloomberg, Reuters, RFI et la BBC. Il a des démêlées avec la justice nationale dans le dossier dit « 200 millions de USD de Kamoto Copper Company ». Yuma a été épinglé par le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba dans une affaire de malversations financières à la BGFIBANK. L’Ir Raphaël Ngoy, un ancien cadre de la Gécamines, auteur du livre « Les défis de la Gécamines » et de l’étude « La Gécamines Yuma, une sangsue nationale », le qualifie de « combinard et de criminel économique » dont la place est en prison.

Un profond malaise à la FEC 

Un diplomate occidental basé à Kinshasa qui a requis l’anonymat, déclarait récemment ce qui suit : « Albert Yuma constitue un obstacle à la venue de vrais investisseurs en RDC. Il est un partenaire encombrant pour le gouvernement congolais. Sa présence dans les déplacements du chef de l’Etat à l’étranger, embarrasse et repousse les investisseurs. Il travaille pour un individu qui a fait de lui un intouchable potentat. Il a tissé des liens étroits avec assez de réseaux mafieux étrangers ».

Si les propos du diplomate sont discourtois ou déplacés, les résultats du management de Yuma les corroborent : la Gécamines n’est que l’ombre d’elle-même à ce jour ; la gestion de la BCC laisse à désirer ; la société textile Utexafrica, filiale de la compagnie belge Texaf, a disparu et la société immobilière dont il prétend être le patron n’est qu’une nébuleuse. La location de quelques entrepôts et le morcellement de la concession Utexafrica apportent un cinglant démenti à l’existence d’une société immobilière.

Poker menteur ?

Pour être élu président de la FEC, l’article 23 des statuts de la FEC détermine entre autres, les conditions ci-après : être de nationalité congolaise, être en règle de cotisation, être propriétaire ou actionnaire majoritaire d’une entreprise formelle, être de bonne moralité et n’avoir jamais été condamné pendant les cinq dernières années.

L’actuel président de la FEC exerce ses mandats au nom de Texaf, alors qu’il n’est qu’un administrateur et non un actionnaire représentatif. Face à tous les rapports accablants et des ennuis judiciaires, peut-on parler de la bonne moralité ? Il bénéficie certes de la présomption d’innocence car n’ayant pas été condamné par la justice. Et si…? On peut parler de l’acharnement ou de la jalousie contre ce patriote. Cependant, si patriotisme il y a, il est donc folklorique car rien pour la patrie. Les résultats du management sont indéniables.

Si le patron aime qu’on le surnomme « hyperactif », c’est parce qu’il est dans tout et partout. Comme bâtisseur ou comme iconoclaste ? Les résultats attestent l’échec ou la réussite d’un patron « hyperactif ». Beaucoup en ont marre mais, c’est le corps électoral qui a le dernier mot.

Dossier à suivre à la loupe.

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